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lundi 12 décembre 2016

Algérie : mort d’un journaliste condamné à deux ans de prison pour « outrage » au président

C'est la première fois depuis l'indépendance du pays qu'un journaliste meurt en détention. Les associations de défense des droits de l'homme, qui condamnent le traitement du dossier, réclament également l'ouverture d'une enquête.



En grève de la faim depuis le 27 juin et dans le coma depuis la fin du mois d’août, le journaliste algérien Mohamed Tamalt, condamné pour « outrage » au président et aux institutions publiques est décédé ce dimanche.
Selon la direction algérienne des Prisons, le détenu, d’abord incarcéré à la prison d’El Harrach (banlieue est d’Alger) puis à celle d’El Koléa (à l’ouest de la capitale), se trouvait sous surveillance médicale et psychologique quotidienne.
« Des psychologues et le juge d’application des peines ont tenté de le convaincre d’arrêter sa grève », précise le communiqué.
Bachir Mechri et Amine Sidhoum, ses avocats, avaient déclaré que le 17 août, « lors d’une visite, le prévenu nous a été présenté sur une chaise roulante. Il était comme un tas de chair enveloppé dans des habits en raison de la détérioration de son état de santé. Il était inconscient et n’a pu nous reconnaître qu’après un long moment. »
Le 20 août, Mohamed Tamalt, diabétique, avait été transféré à l’hôpital de Koléa où « des analyses et un scanner n’avaient rien montré ». Au service réanimation de l’hôpital Maillot (Alger) où un accident vasculaire cérébral a été diagnostiqué, il a été placé sous assistance respiratoire. Son état se serait ensuite amélioré : « Le journaliste a parlé avec ses médecins, mangé normalement mais dix jours plus tard, le personnel soignant a découvert des inflammations aux poumons. »
En septembre, la Ligue algérienne pour la Défense des droits de l’homme, avait diffusé un communiqué pour « s’inquiéter » de l’état de santé de Mohamed Tamalt.
« Lors de son transfert à l’hôpital, Mohamed Tamalt était dans un état lamentable suite à une grève de la faim. Sa famille signale des points de suture au niveau du crane de Mohamed Tamalt et son frère n’arrive toujours pas à lui rendre visite à l’hôpital de Bab El Oued comme d’ailleurs ses deux avocats dont les demandes de permis de communiquer auprès du parquet général d’Alger sont restés sans suite », écrivait l’association.
Dépénalisation du délit de presse
Depuis 1962, c’est la première fois qu’un journaliste décède en prison en Algérie. « Les autorités algériennes doivent ouvrir une enquête indépendante, approfondie et transparente sur les circonstances de [sa] mort », a réclamé Amnesty International, qui avait déjà exhorté les autorités algériennes « à le libérer immédiatement et sans condition et à veiller à ce que sa condamnation soit annulée. »
En ce qui concerne les infractions au Code pénal dont il avait été déclaré coupable, Amnesty International estime que les actions en justice visant à protéger la réputation de personnalités publiques ou d’inconnus doivent relever d’une procédure civile et non pénale.
La nouvelle Constitution, adoptée en février dernier, avait pourtant dépénalisé le délit de presse. « Une avancée extraordinaire », s’était félicité à l’époque le ministre de la Communication en insistant : « Quel que soit le motif, l’outrance, l’insulte, la diffamation, l’attaque… le journaliste, désormais, n’ira plus en prison. »
Malgré le texte, le 11 juillet dernier, Mohamed Tamalt, connu pour ses violentes sorties contre le président Abdelaziz Bouteflika et son frère Saïd, contre les ministres ou encore contre les militaires, a été condamné à deux ans d’emprisonnement et à une amende de 200 000 dinars (1 700 euros) par le tribunal de Sidi M’Hamed, à Alger, en vertu des articles 144, 144 bis et 146 du Code pénal pour les messages qu’il avait publiés sur Facebook.
L'ex-correspondant du quotidien El Khabar à Londres, arrêté en juin dernier à l'aéroport, vivait au Royaume-Uni depuis 2002. Il y avait créé le journal en ligne Assiyak Alarabi (Contexte arabe). « Critique à l’égard des autorités algériennes, le journaliste exprimait sur son blog ses opinions politiques et diffusait informations et commentaires à caractère provocateur », rappelle Reporters sans frontières (RSF) qui parle de « choc profond ».
« Un véritable coup de massue pour tous ceux qui défendent la liberté d’informer en Algérie »
Ses avocats avaient saisi la Cour de cassation, plus haute juridiction du pays, qui a le pouvoir d’annuler la condamnation, de la confirmer ou de faire rejuger l’affaire.
« Cette nouvelle est un véritable coup de massue pour tous ceux qui défendent la liberté d’informer en Algérie, a déclaré Yasmine Kacha, directrice du bureau Afrique du Nord de RSF. Le message envoyé par cet évènement tragique est terrifiant : comment expliquer qu’on ait laissé l’état de santé de Tamalt se détériorer sans rien faire ? Il est urgent de permettre aux avocats d’accéder au dossier médical du journaliste. Des excuses publiques devraient également être présentées à la famille du journaliste et une enquête doit être immédiatement ouverte pour faire toute la lumière sur cette affaire. »
Caricature du Hic (Facebook)
Human Rights Watch (HRW) a également réagi : « La liberté d’expression ne sera jamais garantie en Algérie tant qu’un poème mis en ligne sur Facebook risque de valoir deux ans de prison », a déclaré Sarah Leah Watson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « L’incarcération de personnes accusées d’avoir insulté ou offensé des personnalités publiques est injuste et constitue une menace pour tous ceux qui souhaitent s’exprimer sur les questions d’intérêt public ».

Middleeasteye


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