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mardi 6 janvier 2015

Mohad Kasmi, militant anti-gaz de schiste : « Sellal doit venir à In Salah »

Une vague de protestation a éclaté le 1er janvier dans la région d’In Salah pour dénoncer l’exploitation du gaz de schiste. Qu’en est-il de l’adhésion de la population ?
Le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur. Aujourd’hui (lundi), des milliers de personnes se sont rassemblées à In Salah. Elles sont venues des wilayas de Tamanrasset et d’Adrar, notamment d’Aoulef, de Tit et d’In Ghar. Il suffit de voir les photos publiées sur les réseaux sociaux pour constater l’ampleur de cette adhésion.
Pourquoi ce mouvement a-t-il prit forme aussi subitement ?
Faux, ce mouvement n’est pas récent. Personnellement, j’ai lancé la première manifestation contre l’exploitation de gaz de schiste dès l’adoption de la loi sur les Hydrocarbures en 2013. Il ne faut surtout pas croire que les habitants de la région ne se sont pas intéressés à cette problématique. Nous avons suivi, étape par étape, cette histoire de gaz de schiste. Depuis le premier jour où son exploitation a été évoquée en Conseil des Ministres jusqu’à l’adoption de la loi sur les Hydrocarbures. Un groupe de jeune a pris l’initiative de parler aux gens des dangers que représente cette industrie sur les hommes et la nature. Les gens du sud sont sages, mais ils ne sont pas dupes. Cette problématique a suscité un réel débat. Le mouvement est entré dans une phase de protestation car les autorités sont passées à l’acte avec ce premier forage réalisé à In Salah.
Quelle a été la réaction des autorités face à la protestation ?
Je pense que les responsables locaux n’ont pas très bien compris. Le premier jour, lorsque nous avions bloqué la Route nationale 1, ils ont tenté d’apaiser la situation en annonçant qu’une correspondance allait être adressée à Alger. Les manifestants ont bien fait comprendre au Chef de daïra qu’ils exigeaient l’arrêt immédiat du forage pilote. Puis il y a eu l’intervention musclée des gendarmes qui ont procédé à quelques arrestations. Mais il me semble que les autorités commencent à prendre conscience de la gravité de la situation puisque le wali de Tamanrasset est arrivé aujourd’hui à In Salah à bord d’un hélicoptère de l’armée. Cependant, les manifestants ont pris la décision de ne discuter qu’avec le Premier ministre. Il est hors de question que nous discutions avec un autre responsable qu’Abdelmalek Sellal.
Vous pensez avoir la force nécessaire pour imposer au gouvernement de mettre un terme à son programme d’exploitation de gaz de schiste ?
Nous sommes avant tout réalistes. Nous savons que le gouvernement va tout entreprendre pour mettre un terme au mouvement de protestation. Les responsables vont sûrement développer un discours populiste pour tenter de nous rassurer puis de nous amadouer. Encore une fois, nous exigeons l’interdiction de l’exploitation du gaz de schiste et cela doit être officialisé par un décret présidentiel.
Les députés et les sénateurs des wilayas du Sud ont voté pour la loi sur les Hydrocarbures qui autorise l’exploitation du gaz de schiste. Finalement, ces parlementaires sont allées contre la volonté des citoyens qui ont voté pour eux ?
Effectivement, je pense que les parlementaires sont dans une situation très embarrassante. Aujourd’hui, ils se contentent juste de dire que le gouvernement doit expliquer à la population quels sont les risques et les enjeux de l’exploitation des énergies non-conventionnelles. Ils reprochent au gouvernement son incapacité à communiquer.
Mais ces parlementaires ont adopté la loi sur les Hydrocarbures…
Parfaitement, ils sont piégés car ils ne peuvent pas dire aux habitants de la région qu’ils n’étaient pas au courant du programme d’exploitation. Voilà pourquoi ils sont rejetés par les protestataires.
Il faut reconnaître que ce mouvement est inédit. Peut-on dire que c’est un indicateur sur le degré de maturité citoyenne des habitants des wilayas du Sud ?
Je fais partie de ceux qui revendiquent depuis plusieurs années une plus grande représentativité des habitants de nos régions au niveau central. A Alger, les responsables doivent comprendre que les nouvelles technologies ont imposé une forme de démocratie. En termes de prise de conscience et de maturité politique et citoyenne, toutes les régions sont sur le même pied d’égalité. Il est vrai que les wilayas du Sud ont été tenues loin de toutes les formes d’idéologies politiques imposées au lendemain de l’indépendance et jusqu’aux années 90. Les habitants du Sud ont eu une forme de répit. Mais cela s’est fait au détriment de leurs droits de citoyens. Actuellement, nous sommes dans une phase de réappropriation de notre citoyenneté. Je pense que dans le Nord, il existe une réelle crise de confiance, les habitants sont incapables de se fédérer autour d’une initiative. C’est le résultat de crises multiples. Nous ne subissons pas ce phénomène car, notre engagement en tant que citoyen est récent, totalement vierge. Auparavant, les élus et les notables étaient les seules personnes reconnues par les autorités. La donne est en train de changer.
Vous pensez que les autorités sont surprises par ce sursaut ?
Certainement. Mais je pense que les responsables ne nous ont pas pris au sérieux. Voilà plus d’une année qu’ils sont au courant de nos intentions, de notre opposition à ce projet d’exploitation à hauts risques. Ils n’ont rien vu venir car, ils nous ont sous-estimés.

T.H.Impact24
leBloggers

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