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mercredi 10 décembre 2014

Là où l’Algérie paye publiquement des rançons

Ciel dégagé au-dessus de Madrid. Les couleurs sont uniques : froid et clarté. Des arbres font semblant de dormir et laissent tomber des feuilles. Ils reviendront. Rencontres avec les gens. Des gens. On vous pose alors, immanquablement, la question : vers où va votre pays ? Variante : que va-t-il se passer chez vous ? Variante : où allez-vous ? Que se passe-t-il chez vous ? Car c’est intenable comme position : le pays entier est debout sur une seule jambe et assit sur deux roues, à la fois.
Il va tomber, trébucher ou s’en aller ou se briser. L’un de nous va mourir : Lui ou toute la nation. Vu de loin, comme de près, on a ce spectacle d’un Régime dur mais mou à la tête, fermé, opaque, démodé, surannée et surréaliste. Le cas de ce pays sans Président est unique et fascine les étrangers. L’Algérie a fini par devenir visible, par son surréalisme. Cela va conduire au mur, quand on fait l’addition entre émeutes des gens et hospitalisations de ce Président. Est-ce que cela va exploser ou se réformer ? On ne sait pas.
Dans tous les cas, la peur. A lire que des chômeurs encerclent désormais les puits de pétrole et demandent des logements, des terrains et des salaires, on a peur. Là, on touche à la veine jugulaire. Là, c’est l’effet dominos garanti. Chacun va trouver un puits, une route, un rond-point, un barrage d’eau ou une station de dessalement et menacer, pour obtenir.
Il n’y a plus de pays, mais un bras de fer et une chaise qui roule. C’est sérieux, ce n’est pas une analyse sinistre, ni de l’exagération : ce pays risque de disparaître, sérieusement et de devenir un comptoir ou un jerrican vide. Ce président et les siens mènent la barque vers la semelle et vont détruire cette nation qui déjà ressemble à un compromis précaire entre tribus.
Le mot à dire est « otage. Le régime le dit : il ne paye pas de rançons quand on prend en otage des êtres humains. Il plaide cette position partout dans le monde. Elle est légitime. Mais le souci est qu’il paye des rançons quand on prend en otage un puits, une route, une école ou une entreprise. Il est l’otage de ses otages. Il est emprisonné par ceux qu’il emprisonne lui-même. Complexe. Comme expliquer ? Passons. Le ciel est si beau à Madrid.
Mais la terre initiale vous colle à la tête et à la semelle et au bout de la langue. Difficile d’expliquer ce qui arrive chez nous, aux autres. Qu’est-ce qui va se passer en Algérie à l’avenir ? Elle va continuer à payer des rançons à elle-même parce qu’elle s’est prise en otage seule dans son désert. Personne ne peut rien pour elle, sauf elle-même. C’est l’otage qui se prend en otage. Un cas unique dans le catalogue des rapts.

Par Kamel Daoud Impact24
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