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lundi 6 octobre 2014

Nos politiques cultivent un goût immodéré pour l’immobilier français La France-Algérie explicitée par Saadani


La Mère patrie-bis. Adulée, décriée, encensée, défoncée, França, la république française de «Fafa» pour les initiés, n’en finit pas de faire tourner la tête des élites politiques — au pouvoir ou de l’opposition.

Nos dirigeants y cultivent un goût immodéré pour son immobilier parisien, ses appartements  haussmanniens, ses cartes de résidence, sa médecine et ses services publics performants, ses grandes écoles et universités parfaites pour assurer la reproduction de l’espèce. Face aux charmes exubérants et à la vie de bohême,  marques de fabrique de la capitale parisienne, les slogans et discours patriotards sonnent creux.
« L’olivier »… qui cache la forêt
De «El Djazaïr» à l’île de la Jatte (Neuilly-sur-Seine), 2 heures 10 de vol compressibles. Au bout de l’avenue Victor Hugo, l’Arc de Triomphe célébrant les victoires des armées napoléoniennes  et autour les 12 avenues, dont les Champs-Elysées, parmi les plus chics et blingbling de Paris. C’est dans cette île de Neuilly-sur-Seine,de 4000 habitants, dans le  très  bobo 16e arrondissement, que le patron du FLN, père et fils, disposerait d’un pied-à-terre. Un 4 pièces de 600 m2, ancienne propriété du président Sarkozy, acheté pour près de 800 000 euros via sa société civile immobilière familiale, la SCI l’Olivier. 
Le chef du FLN dément publiquement. Sur Mondafrique, Nicolas Beau persiste : «Par quel miracle aurait-il, sans compte en banque, acheté au moins un appartement à Neuilly-sur-Seine, financé les études de ses enfants en France et en Angleterre et réglé les frais d’un grand cabinet d’avocats parisien ?»
Café de la Paix. Juin. Face à l’opéra Garnier, le café-bar à l’élégance Second empire donne asile à Nicolas Beau, grand reporter devant l’Eternel (directeur du site d’information Mondafrique), poursuivi (en justice) par Amar Saadani pour avoir commis une série d’articles traitant des achats immobiliers du SG du FLN et de sa fameuse carte de résidence obtenue en circuit VIP à la préfecture de Nanterre (lire entretien). Beau attend, nerveux, son procès programmé pour septembre. Sa défense, c’est William Bourdon, l’avocat célèbre, fondateur de l’association Sherpa, qui s’en charge. Pour le journaliste, l’affaire Saadani introduit, de plain-pied, dans le vif de la «France-Algérie», identité génétiquement modifiée, produit de deux siècles retors d’histoire et de combines. «Entre les deux Etats, rappelle le journaliste, c’est aussi l’histoire de  ces petits arrangements, tellement anciens, tellement admis et reconduits aussi bien par les gouvernements de gauche que de droite et avec probablement des retombées pour les uns comme pour les autres. On est véritablement dans  la France-Algérie.» S’il est difficile, selon lui, d’établir que Saadani dispose réellement de 300 millions d’euros dans la première banque de France, il ne peut nier l’achat d’appartements à Paris ni l’existence de sa société immobilière l’Olivier, ni même d’avoir bénéficié de sa carte de résidence de 10 ans.
Dans les Landerneau médiatiques parisiens, les révélations du vieux briscard du journalisme d’investigation sont passées sous silence. L’omerta. Si la justice traîne les pieds et tarde à se saisir du dossier, c’est notamment à cause de l’absence d’un plaignant, explique Vincent Hugeux, grand reporter à L’Express. Pour ce fin connaisseur des réseaux et matrices de la Françafrique, la justice française n’est plus à l’heure des pressions, même si elle se montre «parfois sélective» avec les émirs du Golfe, par exemple. «Avant, les pressions politiques étaient la norme, affirme le journaliste. Mais depuis dix ans et sous la pressions d’ONG telles que Sherpa, Survie ou Transparency International,  elle s’est montrée indépendante.» Il en veut pour preuve les instructions judiciaires ouvertes dans les affaires des biens mal acquis par des dirigeants africains et leurs clans à l’image de Omar Bongo (Gabon), Sassou Nguesso (Congo), Paul Biya (Cameroun) et autres Obiang Nguema de Guinée équatoriale.
Rue de Rome. Siège de l’association Sherpa, fondée par le célèbre avocat William Bourdon. «C’est sur les biens mal acquis des dignitaires Algériens», cueille à l’interphone Sofia Lakhdar, la directrice de cette association française, en croisade perpétuelle contre les dirigeants africains, les Bongo et consorts, confondus de détournements et malversations. «Depuis peu, beaucoup de gens s’intéressent aux biens mal acquis des dignitaires algériens», ajoute-elle. Depuis le début de l’année, Sherpa a été destinataire de «vagues» dénonciations qui ne permettent pas, à ses dires, de saisir ou d’alerter la justice. «C’était juste après l’élection (présidentielle)», précise Sofia. «Des signalements anonymes, très peu précis pour qu’on y attache de l’importance. Et jusqu’à maintenant  nous n’avons reçu que quatre signalements du genre : il y a des gens autour du président Bouteflika, le frère, etc. qui sont corrompus et possèdent ceci et cela… mais sans pouvoir interagir avec le signalant.»
«L’Algérie, c’est spécial», explique Nicolas Sersiron, vice-président du CADTM France, (Collectif pour l’annulation de la dette des pays du Tiers-Monde). Implanté en Tunisie et au Maroc, le CADTM — qui exclut l’Algérie de sa sphère d’étude —, s’intéresse aux patrimoines constitués en France par les dignitaires du Sud. Les biens et les fortunes détenus par les hiérarques algériens relèvent, selon lui, des «questions tabou eu égard aux relations entre nos deux pays» et où  «l’omerta» est de mise.
Transparency International (TI), l’autre ONG d’envergure, très à cheval sur la corruption saignant les pays africains, ne fait pas meilleur usage du cas (pourtant d’école) algérien. «Nous n’avons pas de dossier Algérie», répond, sec, Daniel Lebègue, chargé de com à TI.
Les appartements parisiens de Khalifa
Tribunal de grande instance de Paris. Procès Khalifa, 16 juin. Trois semaines d’étalage intensif de linge sale. Banqueroute par détournement d’actifs, recel de banqueroute, abus de confiance, abus de bien sociaux, blanchiment… Onze prévenus au procès de la méga-«braderie Khalifa» répondent des délits commis avant et après la décision de mise sous liquidation judiciaire (le 10 juillet 2003) des filiales de Khalifa en France (  Khalifa Airways et Khalifa Rent a car). Ballet de charogne et cris de razzia. A la chute annoncée de l’empire succèdent un dépeçage savant et un pillage en règle des biens et des avoirs des filiales.
Avocate d’une des parties civiles, Nolwenn Loyer-Saad rappelle à la barre que Khalifa Airways (KA), son client,  est  la société la plus endettée  d’Algérie avec un passif de 632 millions d’euros. «L’établissement Khalifa Airways en France n’est pas une personne morale. Tous ses fonds viennent d’Algérie», plaide-t-elle.  Nolwenn réclame un dédommagement équivalent à l’addition des valeurs de tous les actifs détournés, «soit 18 millions d’euros» (sic !). La liste des biens détournés, donnée en lecture par le procureur de la République de Nanterre, Philippe Bourion, était pourtant loin d’être exhaustive : trois avions-taxi TBM d’une valeur de 7,5 millions de dollars, une douzaine de berlines et voitures sport dont sept Mercedes, une Jaguar, une Ferrari, deux Porsche (sur un total de 309 véhicules constituant le parc auto desdites filiales)  et un long chapelet de biens immobiliers, loués ou achetés par KA, offerts à une faune de bénéficiaires dont seulement quatre étaient appelés à la barre.
Des appartements achetés pour l’ex-épouse (deux) sis avenue de la Bourdonnais, Paris 7e ( 3,2 millions d’euros) et aux proches dirigeants et collaborateurs (dont le vice-président de KA, Smaïl Krim, propriétaire d’un appartement à avenue Kléber à Paris 16e, payé 940 000 euros par KA ;  Sakina Hedroug, directrice de crédit à KA propriétaire d’un appart à avenue Niel à Paris 17e acheté 1,2 million d’euros par KA... ; 13 appartements loués sis les grandes avenues (Kennedy, Voltaire…) ou résidence de rêve sur la côte d’Azur, à Cannes, comme pour la La Bagatelle, cet ensemble immobilier de trois somptueuses villas achetées pour 37 millions d’euros et revendues pour 16...
Un avocat de la défense s’interroge sur l’absence d’ «autres personnes à la barre, citées dans le dossier, qui sont exactement dans la même situation par rapport aux faits litigieux reprochés au reste des prévenus». Mercredi 4 juin. Le  président du tribunal questionnait à ce propos Smaïl Krim. «Une rumeur affirme que l’avocat Bouteflika, frère du Président algérien, aurait était bénéficiaire d’un appartement à Paris ?» «Nous avons bel et bien octroyé un appartement à Paris à Abdelghani Bouteflika en sa qualité de conseiller juridique», avait-il répondu du tac au tac. Au 183, Faubourg-Saint-Honoré, se trouve l’appartement qui avait été offert au frère du Président. Comme lui, nombreux sont les hiérarques a être passés au travers des mailles du filet. Dans la salle d’audience n°3, le procureur évoque un dossier «nauséabond», parle d’un «groupe Khalifa, plutôt l’Eurl Khalifa (…) dont l’existence juridique et économique se borne aux flux occultes», une société bâtie, d’après lui, suivant une «conception médiévale» régie par la règle de «qui donne ordonne !»
La SCI connection
Malakoff, dans les Hauts-de-Seine. Dans cette commune de proche banlieue, Anthony Robinet dirige L’Adresse, enseigne immobilière prospère, présente dans 25 villes françaises. Les Algériens qui investissent dans la pierre, c’est à peine 10% de la clientèle de la boîte. «Devant les Français, Asiatiques ou même Portugais, la clientèle algérienne ne représente vraiment pas grand-chose.» Les Algériens sont loin d’être les quatrièmes grands acquéreurs d’immobilier français, assure Anthony. Ses clients se situent dans le segment moyen. «Entre 200 et 250 000 euros payés soit sans crédit bancaire.» Au boulevard Gabriel Péri, les enseignes immobilières fleurissent, racolent.
Samir Hand et sa compagne Anne-Françoise Rabaud dirigent l’agence au nom très suggestif : «Chez nous Chez vous Immobilier». Implantée dans le quartier historique de Malakoff, l’agence se prévaut d’une clientèle algérienne nombreuse. Des industriels, des promoteurs, des commerçants, des artistes, des cadres, les clients de Hand viennent d’horizons divers. «Une clientèle portée davantage sur l’achat d’hôtels, immeubles, restaurants et autres fonds de commerce que sur l’immobilier résidentiel.» Les «gros clients» algériens préfèrent eux, ne pas acheter en nom propre mais via les SCI, les sociétés civiles immobilières, garantissant aussi bien un SMIG d’anonymat et offrant des avantages fiscaux, notamment lors de la succession et de la transmission du patrimoine. «L’arrivée de grosses fortunes bâties au noir a réellement boosté le marché immobilier», note l’agent immobilier. «Pour ceux qui ne possèdent pas de compte BNP et pour dépasser l’écueil des transferts de devises, ces gros acquéreurs font souvent appel à des associés en France ou rachètent des parts dans des SCI. C’est comme ça qu’ils blanchissent…»
Algériens de banlieue vs algériens des quartiers chics
La Goutte d’Or. Des tracts collés sur les murs décrépits du Barbès en quartier «requalifié» somment les immigrés de décamper : «Vous n’aimez pas ce pays : Quittez-le !» C’est dans ce 18e des couleurs que les membres du Collectif des femmes des quartiers populaires sont venus évoquer les 30 ans de la «Marche pour l’égalité et contre le racisme» du 2 décembre 1983 portée par le monde ouvrier issu de l’immigration et des bidonvilles de Nanterre. «Les Arabes à la Seine, les Arabes au four ! Sous les insultes. Entre deux haies de policiers et de cols blancs. Des milliers de travailleurs immigrés de Talbot Poissy (PSA) avaient été expulsés de l’usine Talbot (en 1983) après une longue grève», rappelle, non sans émotion, Kaissa Titous, infatigable militante syndicaliste.
«Aujourd’hui, dans les cités, j’ai l’impression de revenir au village», soupire-t-elle, tant dans les banlieues qu’elle sillonne, il ne fait point bon vivre l’insalubre, de parler d’égalité, de laïcité et où les questions de religion, de hidjab envahissent les débats et espaces. Autour de la couronne parisienne, les «cités» et barres HLM, misérables et sordides, servent de «réserves» à des centaines de milliers immigrés. L’Arc de Triomphe paraît bien loin.
Rue Cuvier. Dans le 5e arrondissement, le Muséum d’histoire naturelle de Paris arbore fièrement sa collection de 30 000 restes mortuaires, dont plusieurs dizaines de résistants algériens à la colonisation, dont Cheikh Bouziane (Zaâtchas), Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek alias Cherif «Boubaghla», Aïssa AlHamadi… et autres «têtes» d’Algériens accrochées au tableau de chasse de l’ancien empire colonial. Brahim Senouci, sociologue, professeur à l’université de Cergy Pontoise fait partie de ces intellectuels revendiquant le rapatriement des restes des résistants découverts par l’historien Farid Belkadi. La pétition, lancée en 2013, est diluée dans un bain de formol.
«Sans doute faudra-t-il aussi cultiver la mémoire, dit Senouci, arracher à l’oubli celles et ceux (…) de conviction qui sont morts pour l’Algérie et dont les voix nous manquent aujourd’hui. Pas à pas se reconstruira le lien, processus lent, duquel l’Algérie, renouera avec la fierté d’elle-même, un pays que ses jeunes enfants n’auront plus envie de fuir… »


Mohand Aziri Elwatan
leBloggers

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