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jeudi 2 octobre 2014

Le ministère de la communication organise une exposition photo dédiée au président Bouteflika, rien que Bouteflika


La «grande» exposition photo retraçant «le parcours du moudjahid, homme de paix, de stabilité et de progrès, le président Abdelaziz Bouteflika», que s’apprête à organiser le ministre de la Communication pour fêter le 60e anniversaire du déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954, déchire la Toile.

De nombreux Algériens ont du mal à gober cette initiative gœbbelsienne difficilement justifiable, historiquement, politiquement mais surtout éthiquement. Le bon sens voudrait que l’on célèbre de grands hommes qui ont marqué positivement – par leurs réalisations – l’histoire de leur pays et qui ne sont plus en plein exercice de leurs fonctions.
C’est alors un hommage de la nation à un homme ou une femme d’exception qui aura illuminé par sa personnalité et ses œuvres l’Algérie.
On n’est pas vraiment dans ce schéma classique de témoignage de gratitude dans le cas de l’actuel Président.
On s’en doute, cette idée «lumineuse» n’émane pas du ministre de la Communication bien que son profil cadre parfaitement avec cette mission. Mais le fait de l’assumer avec un soupçon de jubilation, Hamid Grine lui donne un cachet officiel.
C’est donc le ministère de la Communication et non pas celui des Moudjahidine qui se propose de tailler un (ou des) portrait(s) géant(s) à Abdelaziz Bouteflika. L’entreprise frise le culte de la personnalité…
C’est là un détournement grave de la mission de ce département qui a mieux à faire que d’organiser des expositions laudatrices en l’honneur d’un Président en fonction…
Propagande et culte de la personnalité
Mais quelque part, cette contestable opération a le mérite de confirmer que ce ministère n’est qu’une annexe de la Présidence et que son responsable, même s’il parle beaucoup (trop même), n’est que la voix autorisée du cercle présidentiel.
Du coup, cette «exposition d’envergure» ne serait forcément qu’une entreprise d’autoglorification parce que décidée par «décret».
Aussi, d’un point de vue éthique, elle prend l’allure d’un scandale du fait qu’elle veuille imposer aux Algériens l’image de Bouteflika comme homme d’exception, n’en déplaise à ses détracteurs.
Le moins que l’on puisse dire est que cette volonté de porter au panthéon de l’histoire de l’Algérie l’actuel chef de l’Etat est sujette à polémique.
C’est surtout vrai, quand on jette un regard sur le bilan de sa gestion du pays depuis 1999.  S’agissant de son parcours durant la guerre de Libération nationale, de grands chefs de la Révolution de la taille de Abane, Ben Bouali, Boudiaf, Bouhired, Ben Boulaïd, Drif, Krim, Ben M’hidi et Didouche n’ont pas eu cet hommage pictural de la République. Feu Mohamed Mechati, l’un des «22» qui vient juste de nous quitter, a été enterré presque dans l’anonymat…
C’est dire que cette reconnaissance pompeuse et officielle du parcours de Bouteflika sent trop fort l’autopromotion.
Autoglorification
Enfant gâté du système, Abdelaziz Bouteflika entend forcer le destin pour inscrire (incruster plutôt) son nom dans le marbre de l’histoire nationale, comme celui de De Gaulle pour les Français. Mais lui et ses collaborateurs zélés s’y prennent manifestement très mal. On ne se construit pas en effet une stature en écrasant les autres. En l’occurrence, cette «grande exposition» dédiée à Bouteflika ne fera pas de lui, après le vernissage, ce qu’est Nelson Mandela pour les Sud-Africains ou Olof Palm pour les Suédois.
S’il a réussi le coup de force de s’offrir, contre vents et marées, un 4e mandat, s’il a imposé son portrait en quantité industrielle dans les manuels scolaires, n’est pas sûr en revanche qu’une centaine de toiles puissent graver son nom dans l’imaginaire collectif de beaucoup d’Algériens.Et comme il fallait s’y attendre, les réseaux sociaux se sont largement fait l’écho de cette curieuse célébration «médiatique» du 60e anniversaire de la Révolution de Hamid Grine qu’ils ont raillée à satiété. «Cette annonce de Grine en marge d’un séminaire sur la violence est une violence elle-même !» tonne Djamel Eddine T. «C’est un petit pas vers le bon chemin ; c’est-à-dire rendre la presse publique ‘‘plus agressive et instaurer la déontologie et l’éthique journalistiques’’», ironise Mahmoud B. Kamel B. glisse : «‘‘Mister photoshop’’ est déjà passé voir ces portraits. Ainsi, on aura droit à un Président tout jeune.» «Pauvre Algérie !», commente sombrement Farid Ikken.

Hassan Moali Elwatan
leBloggers

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