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jeudi 16 octobre 2014

Circulez … il n’y a rien à voir ! La chronique de Omar Benbekhti

Liberté et démocratie, sont toujours arrachées, et aucun dictateur n’accepte de perdre ses privilèges, sinon après des conflits meurtriers. Le délire qui se perpétue depuis des décennies dans les discours logorrhéiques des clans, stérilise la pratique rationnelle au profit de la thaumaturgie. Le seul discours audible se fonde sur l’incantation, ou l’anathème, et rares sont ceux qui s’efforcent de penser à partir de la Raison.
La marche des policiers vers le siège de la Présidence, aussi soudaine qu’imprévisible, en plus de son caractère unique dans les annales du pays, est véritablement le signe d’un délitement institutionnel puisque les responsables en charge de ce corps sont outrepassés et reconnus incapables d’apporter des réponses aux revendications. Leur départ est même réclamé. Quand l’Etat n’arrive pas à assurer une mission régalienne de base, c’est aussi la manifestation de la perte totale d’autorité de ceux-là même censés le représenter. Et cela renvoie de nouveau à la gouvernance. Chaque gouvernant se forge un héroïsme à interdire la parole raisonnée, à la bâillonner, l’embastiller, parfois à l’assassiner tant elle dérange le conformisme d’une parole médiocre portée par une autocratie indigente. La routine d’une vie prêtée aux autres, à ceux qui décident, finit par interdire toute créativité.
Lorsqu’on aborde la question de la gouvernance en Algérie, on entend souvent dire qu’il n’y a guère de visibilité. Et l’on évoque aussitôt le « flou politique » qui caractérise ce pays. Pour parler de flou politique encore faut-il qu’il y ait quelque chose à voir. Or, c’est bien cela qui fait défaut : il n’y a rien à voir ! Les nombreux plans qui ont parsemé l’exercice du pouvoir depuis plus de dix ans demeurent illisibles. Et ceci pour une raison évidente : l’Algérie ne fonctionne pas au système de l’évaluation de ses politiques publiques. Ce n’est pas dans la culture de ce pouvoir. Celui-ci dépense sans compter et sans s’inquiéter du résultat. L’échec des politiques de développement et la corruption ont fini par laminer un système autoritaire qui a produit régression et exclusion, achetant la paix sociale à coups de crédits et de subventions. Et de ce fait, la corruption du pouvoir, l’incompétence de ses agents et son incapacité à promouvoir le développement, font qu’ils sont nombreux à transformer ces institutions en zones de non-droit.
Qu’est-ce qui entrave une vie institutionnelle normalisée dans le pays ?
Comment mettre fin à la « crise » du pays qui subit un pouvoir en déficit de légitimité ?
Lorsque l’allégeance est au fondement du fonctionnement des institutions, et la corruption érigée en dogme, se développent alors presque partout des situations de rupture. Les institutions sont déstabilisées par une corruption généralisée et un populisme de bas étage érigé en mode de gouvernance et d’ascension politique. Le peu de culture d’Etat qui subsistait, après quatre mandats de pouvoir absolu, est réduit à néant. Tout est fait dans l’improvisation, la précipitation et le mépris afin d’imposer un scénario improbable aux conséquences improbables, voire inconnues.
La déroute actuelle de la politique et son corollaire le système autocrate, qui prévaut avec son lot d’incompétences et de régressions fondent l’immobilisme du régime et la perte de repères de la société. L’exclusion, le mépris et l’arbitraire sont érigés en mode de gestion et n’ont pas été déménagés des sphères d’influence qui président aux destinées du pays. La défalcation de la pensée créatrice est maintenue au bénéfice du maintien de la paresse intellectuelle, du refus de penser, du déni d’intelligence et de la persistance de l’obscurantisme dans lequel sont plongées des générations entières.
Ce quatrième mandat est éloquent en termes de béances déroutantes pour l’édification de l’Etat. A aucun moment n’est avancé le projet politique ambitionné, on ne sait rien de la vision du développement adoptée, ni encore moins des ambitions économiques pour préserver l’avenir de cette société. Ce fonctionnement du pouvoir contraint tout le monde à naviguer à vue, personne n’est en mesure de s’engager dans un projet dont on ne connait ni l’agenda, ni le contenu, ni la finalité recherchée. De fait, nous assistons à une gestion par l’absence. Rumeurs, supputations et incertitudes sont le menu de l’actualité, plongeant notre énergie dans l’analyse du néant tandis que gaspillage et corruption s’installent en mode de gouvernance. Avec cette absence de légitimité qui s’accentue, la citoyenneté n’est pas inscrite à l’ordre du jour, aggravant jour après jour le déficit chronique de démocratie, ne tolérant aucune remise en cause de son exercice ni son imputabilité devant les populations. Le pays est gouverné par un système ne respectant aucune règle de gouvernance, aux pratiques autoritaires, encourageant l’informel et l’opacité des décisions. Les Algériens restent des sujets incontinents. La question qu’il faut régler, c’est la reconnaissance de la citoyenneté.
leBloggers

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