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lundi 11 août 2014

Rédigé par les économistes Jésus Castillo et Yasmine Osman : Un rapport de Natixis pointe les vulnérabilités de l’économie algérien

Le département de la recherche économique de Natixis a publié, en juillet dernier,  une note dans laquelle il détaille les faiblesses de l’économie Algérienne.

Les économistes Jésus Castillo et Yasmine Osman de Natixis, indiquent que  L’Algérie connaît depuis le début des années 2000 une croissance dynamique (+3,6% par an en moyenne entre 2000 et 2012), portée par une demande intérieure vigoureuse Les initiatives du gouvernement en matière d’investissement et l’augmentation des dépenses publiques courantes pour faire face à la contestation née du Printemps arabe ont soutenu la demande intérieure, tandis qu’une demande mondiale déprimée et la hausse du prix des denrées alimentaires pesaient un peu plus sur les exportations nettes.  La croissance algérienne devrait rester dynamique à court terme et même augmenter à 3,3% en 2013 (selon les prévisions du FMI) après une hausse de seulement 2,5% en 2012. A plus long terme, des doutes subsistent sur la capacité du pays à réduire sa dépendance au secteur des hydrocarbures.  La croissance algérienne est portée en grande partie par l’investissement public. Depuis 2001, le gouvernement algérien a mis en place trois plans quinquennaux successifs d’investissement public : 6,9 milliards de dollars entre  2001 et 2004, un programme Complémentaire de Soutien à la Croissance doté 155 milliards de dollars, entre 2005 et 2009  (25 milliards engagés; 130 reportés sur le prochain programme) et enfin un  programme d’Investissements Publics de 286 milliards de dollars entre   2010 et 2014.   En plus des dépenses de capital, le gouvernement algérien a accru au cours de ces dernières années les dépenses courantes, qui constituent une part grandissante du PIB. Comme pour les autres pays du Maghreb, pour répondre aux revendications sociales nées du Printemps arabe, le gouvernement a augmenté les rémunérations des employés du secteur public et le montant des subventions aux produits de base, dans un contexte d’augmentation des prix des matières premières. En dépit des recommandations du FMI et face à la colère potentielle que pourrait susciter une telle mesure, le gouvernement algérien continue de repousser, sans l’exclure, la mise en place d’une réforme du système de subventions. Il a récemment annoncé la mise en place d’une commission de réflexion sur les subventions des produits de base et l’introduction dans la prochaine loi de finances du montant des subventions implicites (sans les budgétiser pour autant). En attendant une telle réforme, l’effort en 2013 devrait porter avant tout sur les rémunérations des fonctionnaires (fin de l’impact de la hausse rétroactive des salaires de la fonction publique. L’augmentation de la part des dépenses courantes dans le PIB, conjuguée au recul de la part des recettes de gaz et de pétrole, s’est traduite par une accentuation du déficit public (-2,9% du PIB en 2012 contre seulement -0,4% en 2011). La réduction des dépenses publiques, prévue par la loi de finances 2013, devrait toutefois permettre une amélioration du solde budgétaire à -0,7% du PIB en 2013.
Dépendance des finances publiques aux recettes des hydrocarbures
Les finances publiques, comme le reste de l’économie algérienne, sont largement dépendantes du secteur des hydrocarbures. Le déficit public hors hydrocarbures s’élevait ainsi à 45,6% en 2012 contre 2,9% pour le déficit public global. La faiblesse des recettes fiscales hors hydrocarbures (30% seulement des recettes totales) et des dépenses publiques en hausse expliquent le niveau élevé du déficit hors hydrocarbures.  Pour réduire la vulnérabilité de ses finances publiques vis-à-vis du cours du pétrole, le gouvernement algérien a créé en 2000 le Fonds de Régulation des Recettes (FRR), alimenté chaque année par une partie des recettes pétrolières. En effet, les recettes fiscales liées au pétrole financent à la fois le budget de l’Etat et le FRR. La répartition est déterminée selon un prix seuil du baril fixé à 37 USD dans la LF 2013. Les recettes dégagées au-dessous de ce prix-seuil sont allouées au budget de l’Etat, tandis que le reste (différentiel entre le prix de marché et le seuil de 37 USD) est versé au FRR. Cette règle ne permettant pas toujours un équilibre des finances publiques, une partie des fonds initialement alloués au FRR est éventuellement reversée au budget (une partie du déficit peut également être couverte par une émission de dette publique). Un tel transfert pèse sur l’encours du FRR ; c’est pourquoi le FMI estime qu’un prix de 110,6 USD le baril en 2013 permettrait de générer des recettes budgétaires globales (budget et FRR) suffisantes pour assurer l’équilibre budgétaire et conserver l’encours du FRR constant. Depuis 2009, l’évolution du FRR révèle un recours accru des autorités au fonds pour financer leurs dépenses publiques.  Bien que l’encours du FRR (qui a atteint 5771 milliards de dinars, environ  78 milliards de dollars en 2012) soit en hausse, sa part dans le PIB est en baisse.  Les ponctions du fonds effectuées par les autorités n’ont par ailleurs pas empêché le déséquilibre des finances publiques. En effet, depuis 2009, le cours du pétrole a systématiquement été inférieur au prix qui en théorie permettrait d’assurer le double objectif équilibre des finances publiques et  maintien du niveau du FRR. L’écart entre les deux prix devrait néanmoins diminuer en 2013 sous l’effet de la baisse des dépenses publiques promises par l’Etat.
Vulnérabilité de la situation extérieure vis-à-vis des cours du gaz et du pétrole
La dépendance de l’Algérie au secteur des hydrocarbures se lit dans le budget de l’Etat mais aussi dans la structure des exportations. Les exportations de gaz et de pétrole représentent en effet la quasi-totalité des exportations de l’Algérie (98% en moyenne entre 2006 et 2013).  Grâce aux revenus engendrés par ces exportations, l’Algérie a pu éponger la dette extérieure, aujourd’hui très faible et accumuler d’importantes réserves de change (189 mds USD fin 2012) et alimenter une balance courante excédentaire. Cependant, le solde courant, bien que positif, s’est détérioré en 2012 (5,9% du PIB en 2012 contre 9,9% en 2011) du fait de la diminution des exportations algériennes en 2012 (-1,4%). Cette tendance devrait se poursuivre en 2013 (-0,6% selon FMI) avec la baisse des prix des hydrocarbures.  Ainsi, bien que solide, la situation extérieure algérienne est largement dépendante des revenus de ses exportations d’hydrocarbures et reste particulièrement vulnérable au cours du gaz et du pétrole  La vulnérabilité de l’Algérie vis-à-vis des cours du gaz et du pétrole est liée à la faible diversification de son économie. L’expansion de certains secteurs ne parvient pas à masquer les difficultés de l’industrie hors hydrocarbures. La faiblesse du secteur privé, pénalisé par un climat des affaires peu propice à l’investissement étranger, reste le problème majeur.   La structure de la valeur ajoutée révèle quelques fragilités. Le document cite,  dépendance à un secteur hydrocarbures qui représente plus de 47% de la valeur ajoutée totale,  Un secteur des services (transports et télécommunications, commerces et autres services) nettement moins important que dans les autres pays du Maghreb, qui ne représente que 26% de la valeur ajoutée totale et enfin une industrie hors hydrocarbures (principalement agroalimentaire, eau et énergie, matériaux de construction) insuffisamment développée. Néanmoins, dans le secteur hors hydrocarbures, deux branches se distinguent : les transports et communications et les bâtiments et travaux publics. Stimulées par les divers plans d’investissement de l’Etat, elles ont connu une très forte croissance depuis le début des années 2000.
Faible diversification de l’offre et place limitée du secteur privé
L’économie algérienne est caractérisée par l’importance du secteur public, qui génère plus de la moitié de la valeur ajoutée totale. Si les services restent majoritairement privés, l’industrie hors hydrocarbures est détenue à plus de 53% par le secteur public. La faible diversification de l’offre semble aller de pair avec la faiblesse du secteur privé. Ce dernier est plus particulièrement pénalisé par le manque d’investissements directs venus de l’étranger. Un climat des affaires peu propice à l’investissement étranger rend en effet l’Algérie moins attractive que ses voisins du Maghreb. En terme de climat des affaires, l’Algérie a été classée 152ème par la Banque Mondiale en 2013, loin derrière le Maroc (97ème) ou la Tunisie (50ème). La création d’entreprise semble plus difficile qu’ailleurs en raison d’un nombre élevé de procédures (14 contre 6 au Maroc et 10 en Tunisie), d’un délai plus long (25 jours contre 12 au Maroc et 11 en Tunisie) et d’un montant minimum de capital versé plus élevé (27% du revenu par habitant contre 0% en Tunisie ou au Maroc). Outre son impact en matière de croissance économique, le développement du secteur privé pourrait permettre de stimuler le taux d’emploi. Bien qu’il ait augmenté depuis le début des années 2000, le taux d’emploi en Algérie reste inférieur à celui des autres pays du Maghreb.  Le taux de chômage, bien que contenu en 2012, cache d’importantes disparités : le chômage des jeunes atteint 21,5% et celui des diplômés de l’enseignement supérieur 21,4%. « Si à court terme la croissance de l’Algérie devrait être soutenue, à long terme, la vulnérabilité de cette économie vis-à-vis des cours du gaz et du pétrole est un défi à relever » soulignent les rédacteurs du document

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