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mardi 8 juillet 2014

Plainte contre l’Algérie pour mauvais traitements Un ancien juge accuse Tayeb Belaïz d’avoir ordonné la torture

Le Comité onusien de lutte contre la torture vient de saisir le ministère des Affaires étrangères sur une plainte pour torture déposée
par un ex-juge algérien contre l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, et son inspecteur général, Ahmed Badaoui.

Des sources judiciaires parlent d’«allégations d’un juge poursuivi et condamné par contumace pour des faux qui ne reposent sur aucune preuve». Entre les deux avis, la vérité reste encore invisible…
Après les plaintes pour torture déposées contre d’anciens ministres de la Défense (le général à retraite Khaled Nezzar) et de la Solidarité (Aboudjerra Soltani) c’est au tour de l’ex-ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, actuellement ministre de l’Intérieur, d’être accusé par un ancien juge d’instruction de Souk Ahras près la cour de Guelma, Achi Lahbib, d’avoir ordonné «les mauvais traitements» qu’il dit avoir subis sur «ordre» de Tayeb Belaïz et de Ahmed Badaoui.
Achi Lahbib avait été suspendu de ses fonctions en 2011 et le décret relatif à sa suspension a été publié en novembre de la même année, après avoir été condamné à une peine de 20 ans de réclusion criminelle par contumace, peine prononcée par le tribunal criminel de Guelma dans une affaire de faux qu’il aurait commise dans l’exercice de ses fonctions.
Selon des sources au fait de l’affaire, en 2011, Achi «aurait été convoqué par la chancellerie pour être entendu sur une affaire de faux, de corruption et de dissipation de certains documents d’un dossier judiciaire dont il avait la charge». Mais lors de l’interrogatoire qui s’est déroulé au bureau de l’inspecteur général Ahmed Badaoui, il affirme avoir subi «un traitement inhumain et dégradant». L’ex-juge a fait état des détails des allégations de torture, citant par exemple le recours par «ses tortionnaires aux fils électriques ou encore aux bastonnades» qui feraient dresser les cheveux sur la tête des âmes les plus insensibles.
Les accusations de Achi, qui a exercé durant dix ans en tant que juge d’instruction, sont extrêmement lourdes. Si le Comité de lutte contre la torture de l’ONU, basé à Genève, a accepté sa plainte et saisi les autorités algériennes pour avoir des explications, c’est que le dossier du plaignant comporte des preuves accablantes.
Selon des sources diplomatiques, le ministère des Affaires étrangères algérien a été destinataire d’un courrier du Comité onusien de lutte contre la torture faisant état de la plainte de Achi ainsi que des détails de son contenu et demandant des réponses aux accusations. Ce courrier, nous dit-on, a été par la suite transmis au ministère de la Justice pour ouverture d’une enquête.
Après plusieurs sollicitations, le ministère de la Justice s’est refusé à tout commentaire sur le sujet, alors que des sources proches de ce département, sous couvert de l’anonymat, estiment que les «allégations» de Achi «ne sont pas crédibles. C’est un juge qui a commis une grave erreur professionnelle, dissipé des pièces d’un dossier judiciaire et dénoncé des faits de corruption. Il a été entendu sur ces accusations et lorsqu’il s’est rendu compte de la gravité des faits qui lui sont reprochés et avant même que la procédure de poursuites ne soit engagée à son encontre, il a préféré prendre la fuite en quittant le pays à destination de la France où sa belle-famille réside. Il a été jugé par contumace, condamné à la réclusion criminelle et un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui. Il savait que les faits qui lui sont reprochés étaient très lourds. Il a donc anticipé en prenant la fuite vers l’étranger. Ses accusations ne reposent sur aucun fait avéré. C’est dans ce sens que les réponses au Comité ont été faites. Mais ce dernier a demandé une enquête», révèle notre interlocuteur, qui regrette que l’affaire, qu’il juge «très banale» se retrouve sur la place publique alors que le plaignant «n’apporte aucune preuve de ce qu’il avance».
En tout état de cause, la plainte de Achi Lahbib intervient quelques semaines seulement après la décision du Comité onusien de lutte contre la torture de demander à l’Algérie d’ouvrir une enquête sur les allégations de torture avancées par Anouar Abdelmalek contre Aboudjerra Soltani, alors ministre de la Solidarité. Il est donc important que les autorités judiciaires ouvrent des enquêtes sérieuses pour établir la véracité ou non des faits rapportés par les plaignants.
Salima Tlemçani Elwatan
leBloggers

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