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mercredi 30 avril 2014

Des textes de loi incomplets achèvent les enfants victimes d'agressions sexuelles


Elle s’appelle Noha et elle est  maman d’une enfant abusée sexuellement par une personne très proche, à savoir  le mari de Noha, père de ses enfants.


Elle a accepté de se confier à ElWatan.com. Ce n’était pas facile pour elle de le faire surtout que l’affaire remonte à quelques mois  à peine. Dur d’en parler, d’avoir une visibilité et surtout un recul face à ce « tsunami » familial qui est en train de dévaster le destin de toute une famille.

Le regard blasé, un habit ample de couleur  noir  lui couvre l’ensemble du corps, de son visage n’apparaissent  que les yeux. Elle a à peine 35 ans et semble en totale perte de repères.  Elle n’a pas encore surmonté cette dure  épreuve, ni ses enfants et encore moins sa fille abusée.

Profil d’un homme violent devenu incestueux :                                                                                                                                                              
Le mari était un homme violent et battait Noha, souvent pour des raisons futiles. L’épouse  a une seule fois osé porter plainte contre cet homme brutal  avec à l’appui un certificat  d’incapacité de 13 jours. « Mais il est venu me supplier, j’ai fini par pardonner rien que pour préserver mes enfants du mal : le divorce ! » argumente notre interlocutrice.
Femme battue depuis maintenant longtemps, Noha ne savait pas que le plus grand mal était à venir. « Jamais de ma vie, je n'ai pensé que cela allait m’arriver un jour ». Surtout que le mari avait cette apparence d’homme pieux qui fréquentait la mosquée, faisait la prière...nous raconte Noha.
Tant bien que mal, Noha parvient à poursuivre son récit non sans émotion: « mon ex mari n’aimait pas notre fille handicapée, il a très mal vécu le fait qu’elle soit née avec un handicap. Il trouvait  inutile que je lui achète des habits par exemple, il la malmenait souvent, la brusquait… », nous confie la maman.
Avant de poursuivre : « quand ma fille a atteint la puberté, c’est là où mon ex mari commençait à s’approcher d’elle, il jouait souvent avec elle et dépassait les limites parfois en la touchant mais je ne me suis jamais doutée de quelque chose, je lui faisais juste des remarques sur ses dépassements …» se rappelle-t-elle.
C’est sa fille de 4 ans à peine qui un jour a été témoin d’une scène où le père était en train de se livrer à des attouchements sexuels  sur sa sœur aînée, à peine 14 ans et trisomique de surcroît tout  en la brusquant. La fillette de 4 ans répète tout à sa maman qui était absente de la maison ce jour-là. «ma fille de 4 ans m’a avoué tout trois jours après l’agression… », se souvient la maman.
Tout en nous relatant son histoire, Noha tente de comprendre ce qui lui arrive, et surtout essayer de comprendre le comportement de son époux. Le regard de Noha se perd un peu avant qu'elle ne décide enfin de se ressaisir pour  lâcher amèrement ,cette fois  comme pour essayer de justifier le forfait de son ex mari : « je ne sais pas peut etre qu'en s’approchant ainsi d’elle, il se donnait peut être une raison de l’aimer …je pense. »
Au fur et à mesure, la mère  confirme l’abus  de son mari, cette fois auprès de sa fille de 14 ans qui désormais affichait une attitude de plus en plus hostile à l’égard  de son géniteur. Noha ne savait que faire. Elle était désaxée. « Je ne dormais plus et je n’ai pas osé affronter mon mari sur le coup… » poursuit-elle.

« Aucun avocat  ne m’a rassuré quant au devenir de l’affaire »                                                                                                                               
Un jour elle décide enfin de dire à l’agresseur qu’elle sait tout de ce qu’il a fait subir à l’aînée de ses filles. Son mari se défend.  Noha comprend qu’il a sous-estimé la capacité de discernement chez les deux filles : pour lui  l’une très jeune pour comprendre et l’autre est folle. Noha nous dit que son mari a pourtant fini par tout avoué et lui a dit que « Dieu va me pardonner… ».
C’est suite aux aveux du mari que  survient l’irréparable donc : l’éclatement de toute une famille. « Je voulais porter plainte contre lui…mais quand je suis partie consulter  des  avocats, aucun d’eux ne m’a rassuré quant au devenir de l’affaire, tous m’ont dit que sans un certificat du médecin légiste, il est difficile de poursuivre en justice l’agresseur et surtout l’éloigner des enfants ».  Un divorce à l’amiable s’ensuit. Sous la pression et de peur de se trouver traîné devant les tribunaux et surtout pour faire taire l’affaire, l’ex mari cède sa masure à son ex épouse et à ses enfants, il lui verse 12 000 da par mois pour les droits de la pension alimentaire.

Le fait que les agresseurs échappent à la justice inquiète sérieusement les algériens, notamment les défenseurs des droits des enfants mais pas que. Ainsi et pour ce qui est des insuffisances que recèlent les textes de loi, des internautes algériens s’interrogent, s’inquiètent et s’indignent. Sur un forum de discussion, un des posts publiés nous interpelle. Dans le post une internaute s’alarme sur le devenir d’une maman et ses enfants face à un géniteur qui a commis l’inceste et qui n’est pas inquiété par la justice faute de preuve matérielle.
Le post  en question :

Le silence comme unique bouclier :                                                                                                                                                                                 
En tout état de cause, Noha a préféré taire l’affaire sous la pression de la peur du regard des autres, sous la pression de son fils adolescent à son tour terrorisé à l’idée que l’affaire n’éclate  un jour . Noha ne saviat plus quoi faire surtout avec des avocats impuissants, car les textes de loi sont tellement incomplets. La jeune femme perdue comme dans un long tunnel sombre  a peur  pour ses enfants, a tellement peur qu’elle ne se confie à personne de son entourage, même pas à sa mère, ni sa sœur ou n’importe qui d’autre dans la famille ou la belle famille. Comme Noha, plusieurs familles préfèrent étouffer l’affaire  sous la bénédiction du silence.
L’agresseur s’est aujourd’hui remarié et Noha le croise parfois et cela l’accable à chaque fois…Elle voit en lui le bourreau qu’elle doit effacer coûte que coûte de sa mémoire, de son quotidien…Impuni, l’homme rend  pourtant visite aux enfants, car  rien ne le lui interdit.
Noha s’éloigne aujourd’hui de son ex mari comme elle peut  et  tente difficilement d’élever ses enfants seule. «  Et il n’est pas question que je me remarie sinon la justice m’enlèvera la garde de mes enfants… ils sont ma raison d’être » résume-t-elle. « Pour ce qui est de ma vie à moi, c’est bon, je l’enterre… », nous confie notre interlocutrice les larmes aux yeux qu’elle tente de retenir sans succès. Noha ainsi que ses quatre enfants  sont  depuis l’éclatement de l’affaire suivis par une psychologue.

90 % des abus sexuels sur enfants sont commis dans le milieu familial :                                                                                                             
Le nombre d’enfants agressés sexuellement en Algérie reste important en l’absence d’un dispositif efficace pour la protection des enfants. Il est important de relever que la majorité des cas connus (90 %) sont  commis dans le milieu familial, environnement qui favorise par excellence le silence sur les affaires d’abus.
Par  ailleurs, les chiffres exacts sur les agressions sexuelles sur mineurs n’existent pas. Toutefois les associations qui luttent pour les droits des enfants donnent chaque année des chiffres qui permettent de cerner l’ampleur du phénomène. Ainsi on a dénombré 13 000 enfants abusés en 2012. C’est le réseau Nada qui avait donné ce chiffre mais chaque année d’autres associations donnent des chiffres et ils sont tout aussi alarmants, sans oublier ceux avancés par les services de sécurité.

Nécessité d'aller vers des tribunaux pour enfants :
Dans un entretien a accordé à ElWatan.com en septembre 2013, Abderahmane Arrar président du réseau NADA s'alarme sur le sort reservé aux enfants agressés sexuellement. Pour lui, il faut que l'Algérie aille vers la formation de  tribunaux spécialisés dans les affaires des enfants et la formation des avocats spécialisés dans les affaires des enfants . Dans ce qui suit les proncipales insuffisances évoquées dans l'entretien :
-Lourdeur de procédure.
-Lourdeur d’enquête et cumul des affaires.                                          
-La loi donne le droit au juge de placer l’enfant en dehors de sa famille au cas où il y a eu violence mais on n’interdit pas aux parents de s’en approcher.
-On contraint l’enfant victime de violence à répéter ce qu’il a subi à toutes les étapes, enquête sociale, enquête médicale…c’est dur pour lui de ressasser ce qu’il a enduré.
-Sans preuve matérielle, la poursuite en justice est impossible

« Sans preuve matérielle la loi ne protège  malheureusement pas les victimes » :                                                                                            
Maître Zaïdi travaille au sein du réseau Nada, dans l’un des centres d’écoute du réseau qui a mis depuis quelques années, le numéro vert 30 33 au service des familles afin de leur permettre de  signaler tous les cas de maltraitances sur enfants.
D’après les explications de notre juriste, même si le  psychologue affirme le cas de viol grâce à une consultation, la poursuite en justice de l’agresseur reste  impossible. Le certificat du psychologue n’est pris en compte que lorsqu’il y a le certificat du médecin légiste.




Hamida Mechaï Elwatan
leBloggers

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