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mardi 18 mars 2014

«Partage !» «Dégage!»

En langage de printemps « arabe », le cas algérien se résume à la formule de « partage ! » au lieu du célèbre « dégage ! ». Et tout est dans ces deux mots pour ceux qui ne comprennent pas le cas algérien. Dans le « Dégage ! » une foule se lève et dit à un dictateur, son épouse, son frère, son ministre de l'Intérieur et ses hommes d'affaires « Dégage ! ». Parce que c'est trop, parce que c'est abusif et parce que le mal subi par les pauvres est le même que celui subi par les classes moyennes.

Dans le cas algérien, la révolte par émeutes n'aboutit pas à la révolution parce que le cri des 11.000 émeutes par an est « partage ! ». Le pétrole, son argent, le lot, le toit et l'argent gratuit. « Je ne veux pas être un Bouazizi, je veux juste un logement » avait expliqué un immolé algérois en 2011. Et comme chacun le sait, dans une révolution, tout est dans le cri et le poumon. Si cela est tiède dans le larynx, cela n'aboutira pas.

Et tout l'effort du régime a été de barrer la route au « dégage ! » en le transformant en « partage ! ». Le premier slogan est accusé de vouloir le désordre et le second est présenté comme la paix, la justice, la stabilité et la vie heureuse de l'algerian dream. Il en naquit un peuple qui s'accommode de l'équation actuelle et ne veut pas qu'elle bouge parce qu'elle remplit le ventre sans épuiser le bras.

Sauf que le « partage ! » est une illusion. Le régime donne au pauvre moins que ce qu'il donne à la fille d'un ministre qui habite à Londres depuis des années. Le régime en courtier entre le ventre et le pétrole, prend plus que ce que prend le client et le propriétaire des puits. C'est ce qui fait que ce régime se défend avec hargne et attaque avec violence ceux qui dénoncent le deal. Allez dans un marché de voitures d'occasion et essayez de piétiner les jardins d'un courtier et vous verrez de quoi il est capable pour défendre son territoire.

Le « partage ! » est aussi une illusion, car il ne durera pas. Quand le gâteau sera épuisé, le bon peuple finira pauvre et le courtier prendra un avion et s'en ira riche, intelligent et rassuré. Le « partage ! » n'est pas une vraie justice sociale, ce n'est pas une économie solide et ce n'est pas un avenir. Sauf que le peuple populaire y est habitué et il est invité à casser le dos de ceux qui crient « dégage ! » au nom du vraie « partage ! ». Les classes moyennes algériennes sont les vraies victimes de cette alliance rusée et bête entre le lumpen et le régime.

Donc, le meilleur moyen d'avoir un vrai « partage ! » c'est de travailler à un calme et solide « dégage ! ». Comment ? On ne sait pas, ou on préfère ne pas y penser. Le régime est fort et mange bien et on lui obéit et le peuple préfère un « plan de Constantine » qu'un plan d'avenir pour ses enfants. Le sens filial algérien a été détruit, depuis longtemps, par le sens patriarcal ; on préfère nourrir ses ancêtres et manger ses enfants.

Tout l'art est chez celui qui trouvera la formule qui permettra de transformer le « partage ! » en « dégage ! » sans casser le pays ni le faire tomber dans le chaos. Tout l'art est d'expliquer aux gens qu'il vaut mieux partager avec les enfants à venir qu'avec le régime. Parce qu'avec les enfants à venir, le partage sera fécond, juste et béni. 


Par: Kamel Daoud
leBloggers

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