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lundi 3 février 2014

UGTA : au nom de qui parle Sidi Saïd ?

Puisant ses mots dans le dictionnaire de la soumission, le patron de l'UGTA ne cesse d'appeler Bouteflika à briguer un quatrième mandat.
Abdelmadjid Sidi Saïd, qui dirige l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) depuis plus de 18 ans, reste sur la même ligne. Dans son soutien inconditionnel au pouvoir en place, il ne change pas, fait souvent montre d'excès de zèle, monte sur le pont plus rapidement que les autres. Abdelmadjid Sidi Saïd, qui a gardé le silence ces dernières années sur tous les grands conflits sociaux en Algérie, reprend le micro pour crier aussi haut que possible : «Nous réitérons notre appel au Président et moudjahid Abdelaziz Bouteflika pour qu'il présente sa candidature pour un quatrième mandat.» Le patron de l'ex-syndicat unique a répété cette déclaration au moins cinq fois ces dernières semaines. Il veut qu'on l'entende, lui dont la voix est restée faible depuis le jugement du premier dossier Khalifa, en 2007.

Scandale

L'opinion publique se rappelle que Sidi Saïd, ancien président du conseil d'administration (CA) de la Caisse nationale d'assurances sociales (CNAS), a reconnu devant le tribunal de Blida avoir décidé, le 12 février 2002, de déposer l'argent des assurés sociaux à Khalifa Bank. Sidi Saïd a même osé assumer son acte illégal, passible de poursuites pénales surtout qu'il n'avait même pas informé les membres du CA de sa décision de transférer les fonds de la CNAS à la banque de Abdelmoumen Khalifa. La conséquence de cet acte est dramatique : des milliards de dinars perdus à tout jamais. La juge avait, lors du procès, rappelé à Sidi Saïd qu'il était entendu en tant que... témoin. C'était suffisant pour que les commentateurs concluent à l'existence d'une couverture politique pour certains hauts responsables et personnalités impliqués jusqu'au cou dans le scandale Khalifa.

Archaïque

Aussi, le patron de l'UGTA n'a plus la liberté qu'il prétendait avoir. L'UGTA s'est totalement rangée du côté du gouvernement, défend toutes les décisions des différents Exécutifs nommés par Bouteflika ces dix dernières années, torpille l'action syndicale autonome et participe à ce qui est appelé «pacte économique et social». Un pacte dont la seule finalité est d'empêcher l'organisation de mouvements de grève dans le pays. Sur ce terrain, l'UGTA, syndicat bureaucratique, archaïque et vieillissant, a été complètement dépassé par les syndicats autonomes, très actifs, efficaces et crédibles. Des syndicats qui réussissent à arracher certains droits socioprofessionnels importants grâce à leurs mouvements de protestation, seul moyen de se faire entendre dans un pays où le Parlement n'est pas un contrepouvoir.
Sidi Saïd a donc mis entre parenthèses l'action revendicative de l'UGTA pour «gérer» sa propre carrière «politique». Et, bien entendu, le débat sur l'alternance à la direction du syndicat est banni à la Maison du peuple d'Alger où les principaux dirigeants se déplacent en voiture de luxe et voyagent en VIP !

Mandela

Sidi Saïd, qui défend donc un quatrième mandat pour Bouteflika, se joint à la chorale formée des deux Amar Saadani (FLN) et Ghoul (TAJ), de Amara Benyounès (MPA), de Abdelkader Bensalah (RND) et de Nouria Hafsi (UNFA). Pourtant, l'actuel chef d'Etat n'a absolument rien dit, pas exprimé sa volonté de rester au pouvoir !
Le plus grave est que Sidi Saïd s'exprime au nom de tous les travailleurs algériens. Qui lui a donné ce droit ? L'UGTA ne représente que ses adhérents, en nombre décroissant depuis des années. Donc Sidi Saïd, qui n'a pas été désigné porte-parole des salariés algériens, ne peut parler et prendre position qu'au nom de l'UGTA. Et même à ce niveau-là, il n'est pas évident que tous les responsables et militants de l'ex-syndicat unique soient d'accord sur ses choix politiques. «Bouteflika est notre père. Et un père gronde ses enfants !» avait déclaré Abdelmadjid Sidi Saïd lors du premier mandat de l'actuel locataire d'El Mouradia. Quatorze années après, puisant ses mots dans le dictionnaire de la soumission, il a comparé Bouteflika à Mandela !

Fayçal Métaoui Elwatan2014
leBloggers

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