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lundi 30 décembre 2013

Rafik Khalifa, le prisonnier qui fait trembler Alger

Londres a donné son feu vert pour l'extradition du milliardaire déchu. 

Après trois années de procédure judiciaire et d'intenses échanges diplomatiques, le ministre de l'Intérieur britannique a accepté, mercredi, l'extradition vers l'Algérie de Rafik Khalifa, en fuite depuis 2003. Condamné par contumace, le 22 mars 2007, à la perpétuité pour «association de malfaiteurs, vol qualifié, détournement de fonds, faux et usage de faux», le milliardaire déchu a été arrêté quelques jours plus tard, à Londres, suite à un mandat d'arrêt européen délivré par les autorités françaises pour «blanchiment d'argent, abus de confiance et banqueroute frauduleuse».
Pour justifier l'extradition, Londres invoque la suppression, en 2001, de la peine de mort dans le Code pénal algérien pour les «délits économiques», et un droit de regard sur le déroulement d'un éventuel procès en Algérie. L'avocate de l'ex-milliardaire a décidé de ­faire appel.
À Alger, si le gouvernement peut crier victoire, le feuilleton est loin d'être terminé. À la fin des années 1990, l'empire Khalifa, érigé autour d'une banque et d'une compagnie aérienne, était pré­senté comme la nouvelle vitrine du régime, qui sortait d'une décennie de guerre civile pour s'ouvrir à l'économie de marché. Parrainé par de puissants protecteurs, le jeune pharmacien devient très vite un flamboyant milliardaire dont les soirées cannoises attirent la jet-set française. Plus discrets, ministres et hauts magistrats algériens font antichambre pour quémander quelque privilège. Notamment des «prêts» bancaires souvent concédés en espèces et jamais remboursés, et des cartes d'abonnement gratuites sur les lignes internationales de Khalifa Airways pour leurs familles.

Preuves de corruption 

En 2003, l'empire Khalifa, victime des luttes de clans, s'effondre comme un Lego. Le milliardaire déchu est contraint à l'exil.
Son procès, tenu début 2007 à Blida, s'est terminé sur un goût d'inachevé. Seuls les seconds couteaux ont été condamnés à de lourdes peines de prison, même si les débats ont révélé des complicités au plus haut niveau de l'État. De sa prison londonienne, Rafik Khalifa détient, semble-t-il, des preuves de corruption qui font trembler nombre de personnalités qui lui mangeaient dans la main. Pour le pouvoir algérien, éclaboussé par de nouveaux scandales de corruption, il est plus urgent de récupérer Rafik Khalifa pour désamorcer la bombe, que de rendre justice. À moins d'une grossière connivence réglée dans les coulisses, un nouveau procès semble donc peu probable. Pour l'éviter, des condamnés lors du premier procès ont déjà été convaincus de retirer leurs pourvois en cassation, contre la pro­messe de larges réductions de peine.

Arezki Ait Larbi Le Figaro
leBloggers

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