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lundi 2 décembre 2013

Brejnevoïd vs Androïd, la 3G algérienne sous couveuse politico-sécuritaire (Opinion)

C’est l’histoire d’une fête gâchée. Jeudi 28 novembre soirée gala au Sheraton de Club des Pins.

Nedjma devient Ooridoo et la 2G s’étend à la 3G. Démonstration devant des centaines de partenaires. Spectaculaire. Un téléchargement d’une vingtaine de Mégaoctets à la vitesse d’un cent mètres de UsainBolt. Il est vrai que la borne relais était réquisitionnée pour un seul utilisateur. Mais tout de même. Le chapiteau a spontanément applaudi. La décongestion, le bond productivistesont là. L’Autoroute Est-Ouest pour le transport des données.Seulement voilà. C’est en Algérie que cela se passe. Sous un avatar de régime soviético-affairiste. Et la fête n’en sera pas une jusqu’au bout. A minuit, le staff de Nedjma-Ooridoo a prévu une conférence de presse. Urgence. La rumeur enflait toute la journée. Elle est devenue une information en fin d’après midi. Il faudra prendre une autre puce pour les nouveaux abonnés de la 3G. Joseph Ged, a beau camper son rôle de maitre de cérémonie, il a le masque devant la presse. Et fuse la question fatale. Quels sont les pays qui dans le monde ont opté pour une numérotation spécifique pour la 3G ? « Je n’en connais que deux, la Corée du Nord et le Soudan !». La comparaison a fait mouche. Elle a provoqué la réaction courroucée des autocrates. Démasqués ! La double puce est un sinistre commercial et sociétal majeur. Une double peine pour les abonnés. La 3G leur coutera plus cher car elle coûtera plus d’infrastructures chez leur opérateur et des terminaux plus spécifiques chez eux. Elle sera inconfortable avec le jonglage entre deux puces et deux numéros. Un avortement annoncé.L’ARPT, l’agence qui régule les télécoms, a tenté un alibi. La double numérotation exigée permet de donner de la visibilité aux chiffres d’affaires des opérateurs. Celui de la 2G séparément de celui de la 3G. Ridicule disent les professionnels. Un abonné 3G consomme alternativement du réseau 3G et du réseau 2G en fonction de sa mobilité. La transparence comptable est dans le flux réseau. Pas dans l’identification carte SIM. Le passage de la 2G a la 3G est une simple extension de service. En réalité la vraie motivation d’une telle mesure est sécuritaire. L’appareil militaro-policier algérien veut ficher séparément les futurs utilisateurs de la 3G. Ce sont, dans sa paranoïa « Brejnevoïd » de potentiels accoucheurs d’un printemps algérien. Les opérateurs ont proposé de ne donner l’extension 3G qu’aux abonnés 2G dans l’identification sur leur base de données est claire. Un compromis correct qui permet aux officines et à la ministre des PTIC de sortir du ridicule planétaire de l’alignement sur Pyongyang et Khartoum. Mais c’est peut être une illusion que de croire qu’Alger qui a retardé de 5 ans l’autoroute des données, prétend à un sort civique digne de le concert des nations.
Qui peut encore sauver l’Algérie de l’infamante double numérotation sécuritaire ? Sans doute pas Mme Zhora Derdouri, la ministre des PTIC venue du froid. Avant elle à ce poste Moussa Benhamadi, dirigeant du FLN et député, avait manqué de courage politique pour dire tout haut ce qu’il admettait dans le privé : que l’entêtement à vouloir acheter Djezzy était une erreur, que le quasi monopole public sur Internet à travers Algérie Télécom était intenable. Et surtout pour en tirer les conséquences pratiques. Il a été le ministre du statu quo. Mme Derdoudi fait bien pire. Elle anticipe les desiderata du clan présidentiel dont tout le monde sait qu’elle est la protégée. Et surenchérit les exigences liberticides des services de sécurité. Partie à Tunis à la mi-novembre pour évoquer l’expérience algérienne dans la construction d’un environnement économique performant avec les TIC, elle a choqué un public de professionnels qui l’a conspué. Elle a déclaré, sabre au clair, qu’en Algérie le métier du GIX - une plate forme qui permet des réductionsde coûts grâce aux interconnexions directes – est réservé aux acteurs publics. Une autre hérésie nord coréenne. Partout dans le monde ou les TIC marchent, le GIX est un partenariat public-privé. Oublions un instant Mme Derdouri. Qui d’autres ? Les opérateurs sont coincés. Mobilis est public et ne parle pas. Djezzy est fragile et ne veut pas gêner une ministre « mainsteam ». Ooredoo est déjà accusée d’en avoir trop dit. Il reste peu d’acteurs indépendants dans le secteur des TIC algériens, à l’inverse par exemple de celui de l’énergie ou les points de vue critiques sont heureusement encore audibles. Un pionnier à peut être tout compris. NouarHarzallah, le PDG de Epaad s’est redéployé à Tunis depuis qu’il a été évincé de l’accès Internet par Algérie Télécom pour un conflit commercial pour lequel il a finalement obtenu gain de cause à la cours suprême en décembre dernier. Il s’est replié sur son métier de développeur de contenus, avec des solutions indépendantes des diffuseurs. Pour lui, le territoire des TIC est infréquentable en Algérie pour des acteurs innovants et ambitieux. Un homme peut, peut être encore agir pour libérer l’économie de l’Internet mobile et du développement numérique. Le président de l’ARPT. C’est une mauvaise blague. Il a été choisit par Mme Derdouri.
Les conditions de départ du patron du groupe PSA (Peugeot-Citroên) ont provoqué un choc cette semaine en France mercredi dernier. Philippe Varin allait empocher une surprime contractuelle de retraite de 310 000 euros par an sur une période de 25 ans. 21 millions d’Euros ont vite fait les calculs, les syndicats. Un pactole, provisionné dans le bilan du groupe, qui a mis la France d’en bas en colère. En une seule journée, grâce sans doute à des TIC qui ont échappé à Mme Derdouri, un déluge sans précédent de réactions dans le pays a obligé Philippe Varin a faire une annonce express à 17 h 30 . Il renonçait à sa retraite-chapeau. Le contraire aurait été difficile. Philippe Varin a échoué dans le redressement du groupe depuis son arrivée en 2009. Plus de 18 000 suppressions d’emplois dont 60% en licenciement secs à fin juin 2014. PSA a été maintenu à flot par des aides publics, en attendant une reprise de la croissance en Europe. Il y a aussi non loin de là un pays qui a été entretenu grâce à des torrents d’argent public. Et dont le grand patron renonce à toute prime de retraite pour partir. Geste éthique comme celui de Phillipe Varin ? Non le grand patron renonce à partir en retraite. Lui aussi a fait ses calculs. Cela rapporte plus de rester.

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