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lundi 2 septembre 2013

Sihem Ben Sedrine a le droit de réponse

Nous avons reçu la lettre suivante de Mme Sihem Ben Sedrine postée par mail le 27 aout .En droit de réponse nous la publions en intégralité .

Je souhaite faire usage de mon droit de réponse conformément à l’article 39 et 40 du decret-loi 115 de novembre 2011. En réponse à l’article de P Laurent intitulé « Pour que les choses soient claires à propos de Sihem Ben Sedrine-Laval » paru sur votre site le 17 août 2013.
voici le texte de la réponse que je souhaite voir reproduire sans altération:
Qui connaît monsieur Philippe Laurent ?
Devrais-je m’étonner de cette énième campagne de calomnies qui se partage et se transmet sans aucune réserve ni discernement. Le stratagème est simple et vieux comme le monde : on crée une intox, on manipule l’opinion, le réseau la partage, elle devient un fait avéré et on construit une autre dessus et la preuve du nouveau mensonge, c’est le premier mensonge. Essayons quand même de déconstruire cet échafaudage de pollution intellectuelle.
N’eut été cet amas d’insultes nauséabond qu’il a imprudemment commis, j’aurais probablement continué à ignorer jusqu’à l’existence de ce Philippe Laurent. Sa prétention à se présenter comme un défenseur de droits humains attaché à la démocratie en Tunisie n’a absolument rien qui l’étaye, d’autant qu’il est totalement inconnu au bataillon des démocrates belges et européens qui ont accompagné les militants tunisiens dans leur lutte contre la dictature.
Et pour cause! Une petite recherche rapide révèle que monsieur Philippe Laurent réside régulièrement au Golden Beach à Monastir, dont il est actionnaire avec un groupe saoudien (le Wahabisme est fréquentable quand il s’agit de monnaie sonnante et trébuchante n’est-ce pas !) et se prépare à lancer avec eux un grand projet de polyclinique spécialisée en tourisme médical ; Tout cela peut sembler parfaitement légitime s’il ne coltinait pas à l’époque avec la dictature, fréquentant avec assiduité le gouverneur de Monastir, Khelifa Jbeniani (qui a occupé ce poste de 2005 à la révolution), faisant des affaires avec son fils, Mondher Jbeniani, son partenaire entre autre dans l’acquisition du vaste terrain appartenant à l’Etat à Dekhila. Il est également connu pour son business avec l’homme d’affaires Naceur Makhlouf et son fils Kacem Makhlouf, actuel président de la coordination de Nida Tounes à Monastir.
Ainsi tout s’explique, ses affaires florissantes avec la nomenklatura de la dictature ayant été perturbées par la révolution, il ne faut pas s’étonner dès lors, qu’il rêve de restauration au point de commettre l’imprudence de s’afficher comme plume mercenaire au service des vielles officines de l’ancien régime, en reprenant à son compte exactement la même rhétorique et les mêmes accusations mensongères à l’encontre des vrais démocrates.
À la liste de questions que pose monsieurPhilippe Laurent, et dans lesquelles il s’embrouille faute de rigueur, je n’y aurais consacré pas une seule seconde de mon temps, sachant qu’il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Mais s’agissant de calomnies répétées de façon systématique depuis la révolution pour brouiller mon image, j’apporte les éclaircissements suivants à ceux qui veulent savoir la vérité; Ma réponse s’adresse en fait à toutes les personnes qui sont de bonne foi et qui ont été fourvoyées par ces désinformateurs professionnels.
1- Première intox : mon appui à la violence.
 Je considère la violence comme le principal obstacle à l’édification d’une société démocratique et je lutterais toujours pour son extirpation des mœurs politiques ; c’est là d’ailleurs le principal axe de mon travail au sein du CNLT actuellement. Pour moi il n’y a pas une violence acceptable (la « nôtre ») et celle intolérable (celles des « autres »), c’est pourquoi je l’ai toujours dénoncée sous toutes ses formes et d’où qu’elle vienne; Je constate malheureusement qu’elle s’est banalisée et certaines « élites » la revendiquent ; cette posture a conduit certaines associations de la société civile qui affichent leur rejet de principe, à s’en accommoder lorsqu’elle les sert politiquement; j’en veux pour preuve leur silence complice lors de l’agression verbale dont j’ai fait l’objet de la part de Béji Caied Essebsi qui s’est permis d’user de propos orduriers à mon égard. De même lorsque j’ai été agressée le jour de l’assassinat de Chokri Belaid. Ma dénonciation de la violence est on ne peut plus claire entre autre lors de ma prestation sur la chaine Watanya2 le 7 février 2012.
Pour ma part, j’ai toujours dénoncé la violence, qu’elle émane de l’autorité publique ou d’acteurs non étatiques, comme certains groupes fanatiques radicaux et le laxisme des autorités à leur égard. Ceux qui persistent à croire que je soutiens les Ligues de protection de la révolution (LPR), je voudrais les renvoyer entre autre à l’extrait de l’interview que j’ai faite à la télévision allemande DW le 12 décembre 2012 et également à l’article que j’ai publié le 22 octobre pour m’expliquer de l’erreur que j’avais commise en assistant à l’un de leur meeting à Bab Souika le 21 octobre 2012, tout en précisant que mon discours a été un appel à condamner l’assassinat de Lotfi Nagdh ; j’avais aussi précisé que je faisais alors une confusion, comme beaucoup d’autres, entre LPR et les Comité révolutionnaires (CPR) qui ont vu le jour au lendemain de la révolution et où toutes les sensibilités étaient représentées. ; J’ai également été très claire sur la responsabilité du gouvernement dans les attaques contre les Zaouias le 31 janvier 2013 sur la chaine Ettounissya.
2e Intox : mon soutien inconditionnel au parti Ennahdha
Ce prétendu appui à Ennahdha a commencé par une intox affirmant que j’ai voté Ennahdha et qui a été démenti par l’auteur de la publication; sur le premier mensonge on édifie un deuxième : j’aurais fait un voyage au Qatar  avec Rached Ghannouchi qui m’aurait récompensée par une subvention consistante (évoluant selon les partages, chacun y allant de son fantasme de 8 000 à 800 000 TND). Ce voyage n’a jamais eu lieu (mon passeport fait foi) tout comme les sommes mirobolantes, sauf dans l’imaginaire de ceux qui l’ont inventé (le site Tunisie numérique) et qui se sont abstenus de corriger leur intox malgré mon démenti.
Ceux qui tiennent à me coller l’étiquette veulent que je m’aligne sur l’un des pôles qui forment le champ public très polarisé et m’appliquent la vielle formule de Ben Ali « si tu n’es  pas avec nous, tu es avec les autres » ; Le « tout-sauf-ennahdha » avait ouvert la voie à la dictature du RCD. Aujourd’hui je refuse la diabolisation de tout parti qui respecte les règles du jeu démocratique. La démocratie, c’est le pluralisme, et l’apprentissage de la démocratie, c’est d’abord l’acceptation de la coexistence avec « ceux qui ne pensent pas comme moi ».
Je sais que cette indépendance, comme le fait de garder la même distance à l’égard de ceux qui gouvernent et ceux qui s’opposent, gêne beaucoup de monde. Mes critiques vont aux uns comme aux autres lorsqu’elles se justifient. C’est dans cet esprit que j’ai critiqué le gouvernement actuel lorsqu’il était tenté par la posture de l’Etat-parti (le journal Le Maghreb du 12 décembre 2012) ou qu’il faisait preuve de laxisme à l’égard des groupes violents et notamment lors de l’attaque de l’ambassade US et contre les nominations par allégeance où j’ai été la première à réclamer la démission de Ali Laârayedh en septembre 2012.
On a souvent répété à souhait que j’étais motivée par l’accès à des charges ministérielles alors que j’avais clairement refusé ces offres lorsqu’elles se sont présentées (cf l’interview dans Express Fm Février 2013 où j’ai clairement affirmé mon refus de rejoindre le gouvernement Laaraydh). Mais j’ai critiqué de la même façon les postures de l’opposition lorsqu’elles me paraissaient critiquables au regard de la construction démocratique.
3e Intox : Désengagement de la cause des femmes et faux féminisme
Quant à mon prétendu « désengagement » de la cause des femmes, je renvoie ceux qui veulent savoir à quelques uns de mes articles qui vont démentir ces allégations, notamment et à titre d’exemple ceux sur le CSP et la « complémentarité », sur la misogynie d’Etat, sur la jeune fille violée ou Amina.
A ce supposé désengagement fait pièce la manipulation et l’instrumentalisation politique de la cause des femmes qui devient une bannière dont on use pour engager des hostilités politiques, posture aussi exécrable à mes yeux que la misogynie.
Les maîtres tunisiens des Hoax
Traître” et “prostituée”, ce sont les maîtres mots que  me réservaient les campagnes de calomnies des officines de Ben Ali durant plus de 20 ans pour tenter de me réduire au silence, mais ils ont échoué et ceux qui veulent reprendre son flambeau échoueront de la même façon. Après la révolution, les révélations d’une source principale de ces désinformateurs attitrés (Abdelaziz Jeridi), ont éclairé le public sur le fonctionnement de ces services spéciaux qui obligeaient certaines plumes mercenaires à copier-coller des articles prêts-à-publier pour calomnier des démocrates et atteindre à leur honneur. Et les campagnes n’ont pas cessé même après la révolution. Je voudrais ici juste relever une ambigüité : Ben Ali et ses orphelins m’ont toujours accusée de les avoir trahis. Je pose une question de bon sens: quand ai-je jamais promis fidélité à ces mafieux; au nom de quoi je leur devrais loyauté alors que mon combat est à l’opposé du leur?
Mon silence ou leur autisme?
On me reproche mon supposé « silence » et je leur reproche leur autisme ! C’est parce que je veux être à distance des deux pôles que mon discours devient inaudible ; c’est parce que je refuse de m’aligner qu’on me range malgré moi.
Ceci étant dit, il y a une vraie divergence avec certains « démocrates » qui acceptent de s’aligner et de s’éloigner des fondamentaux de la démocratie dans cette dure épreuve que vit notre pays. Le manichéisme adopté par les deux camps laïc et islamiste n’est pas mon choix. S’il y a quelque chose sur laquelle je m’aligne c’est le processus démocratique et la démocratie. Oui je soutiens tout ce qui va dans le sens de l’édification de la démocratie et mon ennemi est la dictature. C’est la raison pour laquelle je m’oppose à toute proposition qui cherche à créer le chaos et restaurer l’ancien régime, comme je l’ai développé dans mon dernier article.
J’ai défendu sans discontinuer le processus démocratique malgré la conspiration du silence à laquelle j’ai fait face de la part du complexe médiatico sécuritaire. Ce dernier s’applique à faire le black-out sur mes prises de positions, et fait pression sur les animateurs qui osent m’inviter dans les médias, au moment même où il stigmatise mon prétendu silence, une méthode bien rôdée du pompier pyromane.


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