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mercredi 3 juillet 2013

L’Algérieet sa journée internationale contre la torture : Des victimes partout, des coupables nulle part !

Ce 26 Juin2013, à l’initiative de la CNFD (coordination nationale desfamilles de disparus), s’est tenue au siège du FFS une journéed’étude et de réflexion autour de la torture et des disparitionsforcées.
Comme on pouvaits’y attendre, ce genre de thèmes proscris, banni et qu’on nesort que pour parler de la torture sous Bigeard, n’avait aucunechance d’être accueilli par nos « prestigieuses » et non moins gigantesques facultés de droit, il n’était pas nonplus question qu’un autre parti, association ou cercle accepted’offrir l’hospitalité à ces familles et encore moins à toutesles victimes de la sale guerre, des victimes à qui on fait d’abordporter l’étiquette d’islamiste pour dissoudre et absoudre, pournoyer et noyauter, pour charger les victimes et décharger lesconsciences.
C’est doncencore fois dans des espaces fermés et inaccessibles au grand publicque s’est tenue cette modeste journée, loin de tout et de tous,les victimes se sont, comme à l’accoutumée retrouvées esseulées,chacune face à son drame et son inénarrable douleur.
Je ne tiens pasà garder le lecteur otage des émotions mais il faudra bien parlerde ces témoignages, de ces séquelles,  de cette mère venueavec les cahiers et dessins de son fils, alors âgé de 17 ans etélève aux beaux arts quand il a été arrêté au domicile familialpour ne jamais revenir.
Fallait-il àhuis clos, se contenter des récits de l’horreur sans apporter nilecture politique, ni décryptage historique ni projection surl’avenir, ni stratégie face à ces pages noires de l’Algérie ?
Victimesdu 05 Octobre : Ces disparus de l'histoire !
Pouvions-nousparler torture sans citer toutes les victimes depuis 1958 ? Lesujet aurait largement dépassé ce que les gens sont venus entendre,pourtant il nous est apparu trop maladroit d'éviter le 05 Octobredont les victimes sont elles aussi portées disparues ?
Fallait-il ounon rappeler la lâcheté de ceux qui aujourd’hui, se targuentd’être des défenseurs de valeurs et qui jamais, au grand jamais,ni lors d’un congrès, ni lors d’un simple discours, n’ontévoqué ne serait-ce qu’une fois les victimes du 5 Octobre,comment en serait-il autrement quand on sait que parler  victimerevient inéluctablement à parler coupable, et c’est trop demanderà la fois, car il y a ce qu’on ne sait pas et il y a ce qu’onn’est pas prêts à savoir.
C’est presquemême inquisiteur de questionner à ce sujet ceux qui ont négociédes strapontins aux pieds des chars de même que ceux qui avaientvendu la peau de l’ours avent de l’avoir « tué ».
Tous ceux, quidans les années 90 sont entrés dans les stratégies électoralisteset les querelles de clergés au détriment des victimes du 5 Octobre,des victimes  qui n’attendaient pas plus que vérité etjustice, portent la responsabilité de leur banqueroute politiqued'abord et ne pourront jamais se dérober de leur devoir face à tousles carnages, massacres, disparitions et tortures à échelleindustrielle que nous avons connus et risquons encore de croiser.
Laresponsabilité morale et politique de tous est engagée caraujourd’hui encore on veut nous faire croire qu’il est possiblede bâtir une nation sans mémoire, sans justice, sans vérité etface aux centres de détention et autres territoireshors-juridiction1
Alors qu’aprèsle 05 Octobre 1988  le tabou de la torture avait été enfinbrisé2et que les langues s’étaient  déliées, que les témoignagesétaient rapportés par toute la presse, que les collectifsd’étudiants de l’université de l’USTHB par exemple recevaientles suppliciés survivants de l’enfer3,(Qui l'eût cru!) que toute la société semblait enfin avancer parla  thématique des droits de l’homme et pour le thème de ladignité des hommes et des femmes, que les intellectuels osaientciter les lieux exacts où les jeunes manifestants avaient étéviolés et torturés, que les forces de gauche semblaient résolumentdu côté des victimes et non des logiques sécuritaires, que desjournalistes donnaient même des noms de walis et de hautsresponsables qui s’étaient faits offrir des spectacles de tortures(souvenons-nous, y compris des jeunes de 13 ans avaient étémartyrisés ), alors que nous étions un tant soit peu sur labonne voie, les voix électoralistes, les tractations  et lesagréments de partis politiques allaient définitivement entérinerpour ne pas dire enterrer ce qui est devenu le dossier des événementsdu 5 Octobre, et avec, sans nul doute, notre dernière chanced’affronter, et ensemble, les bourreaux, les thèses vaseuses, leslectures claniques et élitistes et l'amnésie sélective et oh !Combien dévastatrice.
25 ans après,et avec des centaines de fois plus de victimes, où en sommes nous ?
S'empresserde donner un label aux victimes pour éviter de parler des coupables
La leçon du 5octobre étant retenue, il ne fallait surtout pas cette fois-ci avoirdes victimes sans étiquettes, et quelle meilleure étiquette quecelle du terroriste pour cibler tout ce qui gêne et punir tous ceuxqui ont osé défier les apparatchiks et l'existence même d'unsystème.
Pour ne pasexempter les crimes des groupes armés qui ont, eux aussi tué ettorturé, il est impératif de rappeler que dans une logique dedivision et de récupération, les familles des victimes dontbeaucoup recherchent la vérité à ce jour, ont été embrigadéeset sous prétexte d'un statut et d’indemnisations, sommées de setaire.
La véritéétant notre seule garantie, tant que les victimes seront divisées,les bourreaux, eux, seront unis !
La messe estainsi dite et le mûr qui sépare les victimes et par là même lepays est bien debout, car pour ne plus laisser les élansdroits-de-l’hommistes de la société Algériennes s’exprimerlibrement il ne fallait surtout  pas commettre les mêmeserreurs du 5 Octobre 1988 où les victimes restaient avant tout desAlgériens issus des quartiers moyens et pauvres, des intellectuels,des syndicalistes, brefs des citoyens qui forment le tissu de lacontestation et de la mauvaise conscience du pouvoir.
Les « sauveursde la république » allaient frapper fort, s’appuyer sur laterreur, la haine, la manipulation mais surtout sur les théoriciensde l’éradication, ces déracinés, ces plumitifs, ces humiliésdes urnes et ces cabots qui sont allés jusqu’à faire la salebesogne eux-mêmes.
Depuisl’arrêt du processus électoral le pouvoir qui a appris la leçona réussi à envelopper  toutes ses victimes d’abord et avanttout d'écriteaux dont le seul but est d'imposer SA dichotomique, onparle ainsi de victimes du terrorisme et donc forcément en « face »de victimes de la lutte contre le terrorisme ! Ce qui traduitclairement l’idéologie du prédateur qui a tout quadrillé, scelléet taillé. La société Algérienne qui subissait une véritableguerre ne devait survivre que si elle acceptait, telle une captive,l'idéologie des plus forts pour laquelle les seuls concepts etoutils d'analyse admis sont ceux du terroriste et par extension,famille du terroriste et bien sûr patriote au sens large et figuréet famille de patriote ; le citoyen Algérien au sens juridique,moral,  historique, social et rationnel fût « éradiqué ».
 Frapperles subconscients et frelater les consciences.
Ily a plusieurs façons de manipuler la carotte et le bâton, et dansle cas de la torture4,il faut bien comprendre qu'autant il est salutaire pour le pouvoirde ne jamais permettre une existence officielle au débat, auxvictimes, aux procès, autant il est utile et rentable en même tempsde frapper les esprits en s'arrangeant pour qu'au fond etparadoxalement, tout le monde sache et en détail, les atrocités« qu'il vaut mieux éviter » ; terrifier et frapperfort toutes les souches de la population, sans exception, est unestratégie qui a porté ses fruits et la thérapie vaccinale del'amnésie collective a réussi à effacer, en apparence, toutetrace, je dis bien trace seulement, du mot torture.
Nos comitésd'étudiants accueillent maintenant des kermès et des défilés demode, nos intellectuels hésitant, ont peur de fâcher les maîtres,de gâcher une carrière, de perdre un strapontin à l’APN, d'êtretaxés d'islamistes ou de laïque au service des ONG, nos jeunes enmajorité n’ont jamais lu le moindre document officiel sur latorture, ne savent rien le loi du Wiaam et bien sûr ignorent tout deces fameux livres noirs qui répertorient les témoignages et leslieux.
Les courantspolitiques en Algérie ayant, dans leur écrasante majorité, rejointles logiques défaitistes de la mangeoire, quand ils n'ont pas choisicomme couloir d'opposition celui de l'islamisme mondialiste desIkhwan et son à-plat-ventrisme face aux canevas de l'impérialisme,quelles avenir pour les droits de l'homme ? Quelles réponsespour les victimes et pour leurs familles ?
Les peuples quiaspirent à la dignité vont-ils encore se laisser entraîner dansdes logiques politiciennes de pseudo printemps arabe, un drôle deprintemps où les lynchages et viols publics de dictateurs sontprésentés comme une victoire des peuples, où les luttesconfessionnelles nous sont présentées comme des guerres saintes, oùles populations se font égorger et lapider par des dits thouwarscensés lutter contre des dictateurs, où des monarchies à moitiébases US, sans constitution se retrouvent guides des révolutions ?N'allons-nous pas refaire les mêmes impardonnables bêtises en nouslaissant aiguiller par ceux qui ne veulent des citoyens que leursvoix , qui ne sont là que pour aveugler les peuples, donner dessursis aux dictateurs et renforcer les impérialismes ?
Allons-nousencore sacrifier nos victimes et donner une seconde vie aux bourreauxen s’accommodant de ceux qui n'hésiteront pas à jeter à lapoubelle les revendications des victimes si cela pouvait entraverleur retour sur la scène ?
Allons-nouslaisser les voix de la fausse vendetta ou celles de la normalisationsupplanter celles de la recherche de la vérité, des archives etdes témoignages, faut-il se souvenir à quel point la vérité atoujours fait peur ?
Est-il permisaujourd'hui de continuer de se détourner de la vérité, d'accableret de charger toute investigation, de laisser les familles affronterseules une justice ligotée, une société lobotomisée ettraumatisée, en espérant que l'usure et le temps auront raison dela raison et de la dignité humaine ?
Quel changementpouvons-nous espérer alors que nous sommes incapables de mobiliserla société sur des questions aussi cruciales que celles de latorture ? Nos manifestants et nos chômeurs se font sauvagementtabasser dans la rue, nos étudiants, nos médecins, nos ouvrierslimogés sont criminalisés et battus sans que personne ne s'émeuveoutre mesure et seule la santé du président semble gêner.
Les victimes neveulent rien d'autre à part la vérité, contrairement aux frustréset planqués du pouvoir, elles ne véhiculent et ne véhiculerontjamais aucune haine. Le chemin est long mais sûr.

ZinebAzouz, Constantine, le 1 Juillet 2013.
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