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vendredi 7 juin 2013

Lettre aux jeunes officiers et aux intellectuels algériens d’ici et d’ailleurs.

Par Said Radjef
Chronique parue le 2 mars 2010.

union-2Je ne veux pas croire qu’on n’a pas de jeunes officiers et d’intellectuels capables de refonder la nation algérienne sur les principes de la démocratie, de la liberté, du savoir et de la science, comme convenu dans la Proclamation du 1er novembre 1954 et réaffirmé au Congrès de la Soummam.
L’Algérie bascule vers la dérive ;elle se débat dans l’histoire sans jamais pouvoir se frayer un chemin parmi les nations du globe. Il n’est pas un seul algérien qui ne sache pas et qui ne soit pas convaincu que l’Algérie, depuis le départ des colons français, est sous l’emprise impérialisante d’une certaine bourgeoisie nationale qui, faute de pouvoir poursuivre son processus naturel d’embourgeoisement, a pactisé avec les ennemis d’hier et rallié le capital financier international pour faire des Algériens, suivant la plus brutale des logiques, des indigènes des temps modernes, des prolétaires planétaires, voire des esclaves d’un colonialisme par intermédiaire.
Aujourd’hui encore, après un demi siècle d’indépendance, l’Etat qui reste exclusivement sous le contrôle de l’ANP, se bouscule dans l’histoire sans jamais pouvoir sortir de cette crise ou la science, le savoir, l’art , le talent et la solidarité sont broyés sans la moindre hésitation La Nation se désagrège. Le pouvoir s’est donné pour objectif, celui qui doit lui assurer son maintien et sa pérennité, de faire revenir l’algérien aux conditions ou il se trouvait durant la colonisation : résigné, isolé, dispersé dans ses efforts et ses certitudes de constituer une classe capable d’aspirer à un Etat de droit. Quelle doit être votre attitude en tant que jeunes officiers devant cette état de désagrégation avancée ? Vous connaissez mieux que tout le monde le terrain sur lequel le peuple doit livrer batailles pour reconquérir sa dignité et sa souveraineté. Allez vous vous soumettre aux injonctions du capital financier international à l’origine de nos tragédies, ou bien allez vous désapprouver cette attitude de résignation et signifier votre attachement au serment de novembre 1954 réaffirmé au Congrès de la Soummam ?
Intellectuels algériens unissez vous.
A présent, et il est malheureux de le constater, tout se passe comme si l’Algérie démocratique dont nous rêvions depuis notamment les événements d’octobre 88, acte fondateur de la génération d’intellectuels et de militants à laquelle nous appartenons, était devenue simplement une terre promise que se disputent les dieux de la mythologie officielle qui ont vendu leurs âmes au diable de la haute finance internationale et de la grosse industrie militaire. Tout se passe, dans cette Algérie où nous désapprenons à être algériens chaque jour un peu plus, comme si nous étions condamnés à ne jamais être nous-même, et bien plus, à être incessamment les forgerons de nos propres chaînes.
Les actions que notre mouvement compte entreprendre sur le terrain s’articulant autour d’une pédagogie formative, se veulent fédératrices de toutes les forces du changement dans notre pays et se fixent comme objectif principal la réinvention de la nation algérienne et, dans une plus large mesure, l’élaboration d’une discipline sociale adéquate et d’un contrat de rigueur dans notre société. La sensibilisation des jeunes de la nouvelle génération quant à la tentation folklorisante de certains discours passéistes et de la vision contemplationnelle dont font preuve nombre de nos compatriotes est, par ailleurs, un grand souci pour nous. Rassemblés par la rigueur doctrinale d’un authentique humanisme politique, nous sommes tenus de militer corps et âme pour l’édification d’une société moderne, respectueuse des différences, de quelles natures qu’elles soient, et de la souveraineté humaine et citoyenne de tous un chacun.
Notre souci constant, en tant que intellectuels militants de la nouvelle génération, c’est la politisation de toutes les questions liées au quotidien des algériennes et des algériens, c’est-à-dire la canalisation des multiples formes de revendication et d’expression adaptées par le peuple et la structuration, sous forme d’un projet politique et intellectuel, de ce qu’il est, aujourd’hui, convenu d’appeler « Le Rêve algérien« .
Pareille description de notre projet peut s’avérer trop ambitieuse pour certains, mais notre entreprise s’alimente essentiellement par deux éléments très importants: la nécessité d’agir et l’ambition irréversible de faire aboutir nos actions.
Le militant intellectuel de la nouvelle génération, n’est pas seulement un quêteur de paix et de pain. Etant la plupart du temps confronté aux problèmes d’édification de la société et de surveillance de la cité, il est aussi l’empêcheur de tourner en rond, le diseur de vérités; il est sans cesse l’expression de la conscience nationale, le porteur des discours, non plus bruts, mais raisonnés.
La construction d’une conscience nationale et l’affirmation irréversible de l’ordre citoyen et politique, est une entreprise complexe et elle nécessite une lutte à double échelle: individuelle et collective. Car, il est impossible de construire un idéal démocratique sans que l’individu ne se construise en même temps selon l’idée qu’il se fait de lui-même à travers le filtre de la démocratie.
Au cours des différentes luttes démocratiques qui ont été menées depuis, notamment, le mouvement du 05 octobre 1988, il ne fut pas malaisé de constater une certaine hostilité à l’égard de l’homme en tant que essence et tant que existence, c’est pourquoi nous estimons que le combat démocratique devrait commencer d’abord et avant par la réhabilitation de l’homme dans son environnement humain et social pour atteindre ensuite le stade de la citoyenneté, ce qui est pour nous le stade primaire de l’existence politique. Ceci passe inévitablement par la réinvention de ce que l’on a appelé précédemment, d’une manière un tant soit peu littéraire, « Le Rêve algérien« , d’où l’intérêt que nous portons à la culture. Nous n’allons pas ici contredire le philosophe hongrois Géorges Luckacs, mais la culture et la politique sont deux donnes qui sont fermement liées entre elles et elles interagissent constamment chacune sur l’autre.
On a toujours plusieurs appartenances, c’est-à-dire plusieurs identités. Une question se pose: laquelle, pour un algérien, de ses identités détermine ses choix politiques? Pour construire une identité politique commune, un chemin se trouve, il faut revenir au chapitre de la culture.
. Nous n’avons pas l’intention théorique ni d’ailleurs la prétention- d’arracher l’homme algérien à ses différentes appartenances. Mais il s’agit pour nous d’élaborer un « espace interstitiel » où pourrait se négocier une identité parallèle suprême entre les différentes parties antagonistes. Cette entreprise, si complexe qu’elle parait, nécessite un simple retour vers soi, c’est-à-dire un effort pour désaliéner la conscience nationale et construire un discours national, hybride certes, mais suffisamment négocié.
Cette entreprise qui se fixe comme objectif majeur la construction d’une république authentiquement algérienne, rigoureusement démocratique et profondément populaire, nécessite l’adhésion de toutes les algériennes et de tous les algériens jaloux de l’avenir de leur pays. Outre l’appel aux jeunes officiers patriotes, nous sollicitons,également, à cet effet, la diaspora, notamment universitaire, algérienne, où qu’elle soit, pour rentrer au pays et mener la lutte la restauration de l’ordre citoyen et politique avec le peuple, ou pour se mobiliser, le cas échéant, à partir de leurs pays d’accueil respectifs en faveur d’un changement radical en Algérie à travers la création de réseaux de débats et de coopération associative avec des groupement associatifs activant en Algérie ainsi que l’exercice de pressions sur les différentes puissances soutenant le régime algérien.

DzActiviste.info
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