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jeudi 25 octobre 2012

Arrestation et condamnation de Yacine Zaid : leçon de choses

L’arrestation  et la condamnation du militant Yacine Zaid à six mois de prison avec sursis et une amende pour outrage et agression contre un agent de la force publiquealors même que la règlementation comporte des sanctions plus sévères indique bien que cette accusation était tout à fait intenable. Le fait de ne pas avoir était déclaré innocent relève du fait que Yacine Zaid ,décidé à déposer plainte que ce soit devant les juridictions internes au pays et le cas échéant devant les juridictions externes ne pouvait bénéficier d’un jugement premier qui corroborait ses dires.
Mais au-delà de toutes les péripéties, en quoi l’affaire peut-elle nous instruire et que révèle-t-elle.
En tout premier lieu, elle confirme le jugement que nous avions rapporté dans  un précédent écrit publié sur JCA , sur le fait que les autorités considèrent que les partis politiques ne sont plus source de problèmes puisqu’ils ont tous acceptés d’intégrer un « jeu » politique qu’ils désignent eux-mêmes de faussé. Larépression et la surveillance sera  de plus en plus dirigé vers ceux et celles qui refusent d’abdiquer et qui sont les premières graines de ce que pourrait être une société civile autonome.
En deuxième lieu elle confirme que  nombreux sont les dispositifs pratiqués sur le terrain qui sont  hors la loi et anti constitutionnel.Ce fait est illustré par l’interdiction faite aux   Algériens de circuler librement dans leur pays en installant des quasi-frontières avec contrôles de police (entrée de la ville de Hassi-Messaoud)  ainsi que leur faire remplir des fiches d’embarquement et de débarquement pour des vols internes. Ajouté à cela l’établissement  des bulletins d’observation par le DRS  dans lesquels n’importe quel Algérien peut être traité de danger pour l’Etat et ce en dehors de tout cadre constitutionnel et les  faire appliquer par les services de police qui ne sont pas censés être sous la coupe directe des services dits secrets. Etant moi- même  soumis au même bulletin d’observation illégal depuis des années je me permets de demander au ministre de la justice, au premier responsable des services de police ou au premier magistrat quelle doit être la procédure à suivre pour être rétabli dans mes droits, c’est-à-dire circuler librement dans mon pays.Ce système ressemble étrangement aux dispositifs utilisés par un pays colonisateur sur les indigènes.
En troisième lieu elle renseigne sur l’emprise dans lequel est tenue le secteur de la justice  puisque les certificats médicaux qui prouvent, dans le cas de Yacine Zaid, qu’il y a eu en effet mauvais traitements n’ont pas été pris  compte comme éléments durant le procès alors qu’aucun certificat médical n’a été présenté par  les policiers qui disent avoir  subi la « violence «  de Yacine.
En quatrième lieu elle met en relief  le silence de la majorité des quotidiens de la presse  , à part  El Watan ce qui confirme que si la plupart sont des prolongements des services et de leurs clientèles, les autres restent encore agrippés à la prudence prescrite en matière de citation du DRS. Quand  ce n’est pas pour des raisons d’appartenance à des clans pour qui voir émerger d’autres figures militantes,n’arrangent pas leurs affaires car remettent en cause leur analyse faite toute de prudence, de conjoncture internationale (une vieille histoire) et d’autres sermons.
En cinquième lieu il est surprenant de constater que les services de police aient déclarés avoir agi suite au bulletin d’observation émis par le DRS alors que l’un des soucis majeur de ce service est de décider sans être responsable (au sens politique et même pénal)  de quoi que ce soit. Faut-il croire  qu’une partie des  services de police, qui jugent depuis longtemps que leur rôle n’est pas de surveiller et réprimer des militants syndicalistes et des droits de l’homme,  ait pris la décision (devant le scandale et la mobilisation)  de refuser de continuer à participer à de tels dispositifs anti constitutionnels.L’avenir nous dira si cette tendance va de plus en plus s’affirmer ou être combattu.
De même peut-on son  espérer voir sous la pression de la mobilisation interne et externe voir même le secteur de la justice, prendre graduellement ses distances du fait d’une instrumentalisation grossière qu’aucune langue de bois ne peut cacher. La décision précédente prise par un juge lors du jugement de quatre militants (dont yacineZaid) de se déclarer incompétent semble relever de cette tendance.
On peut ajouter que la « sagesse » des habitants du sud Algérien qui était saluée par les autorités par rapport au « nihilisme et à la violence » des gens du nord ne peut plus être évoquée  car la dynamique et le désir de transformation sociale imprègne même les villes du Sud laissant présager la formation d’un mouvement national de transformation sociale riche par sa diversité.
Enfin il est à noter que le type de mobilisation plurielle mais unie pour la circonstance laisse présager un renforcement de la société civile avec toutes ses variantes pour peu que les guerres de leadership soient tenues éloignés, car il y a finalement assez de causes justes à défendre pour voir s’affirmer et s’ancrer toutes les instances de la société civile.  De plus ce dont nous avons besoin c’est que deviennent ou redeviennent hégémoniques (sans violence) les idées et principes de droits de l’homme, de solidarité, de liberté,de dignité et  de justice sociale et non pas les personnes ou instances qui semblent être, pour une période  ou dans un contexte donné, les porteurs de ces valeurs.Il y a fort à parier que l’infiltration par les services a déjà commencé mais son impact ne peut  être efficace tant que la pluralité soit respectée et que les enjeux de carriérisme et de recherche de statut social individuel soient moins prégnants.

Oran le 14/10/2012Kaddour CHOUICHA JCA
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