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samedi 4 février 2012

Raffarin - Ouyahia : entre la facilitation et la farce


Jean-Pierre Raffarin, Pierre Lelouche (député UMP) et Ahmed Ouyahia.

Quel est donc ce funeste danger qui court après l’Algérie pour que ses dirigeants engagent l’intérêt national dans une aventure d’investissements économiques avec la France dans le pire moment des incertitudes ?

Dans le même mois de mai de cette année les deux pays iront aux plus importantes consultations électorales. Les Algériens voteront pour les élus de l’Assemblée nationale, les Français pour leur président de la République dont l’actuel a commencé depuis belle lurette sa campagne propre pour se renouveler. Jean-Pierre Raffarin effectue actuellement à Alger sa troisième visite importante sans aucun couvert de fonction gouvernementale si ce n’est son mandat d’élu de la Vienne au Sénat, aujourd’hui entre les mains des socialistes qui présentent un rival de grande carrure à celui qui l’envoie en mission pour des affaires particulières. Comme il l’a envoyé il n’y a pas longtemps régler le problème de l’entourloupe Orascom cédé au groupe Lafarge sans toucher un traître mot de l’opération à l’Algérie. Ou en mai de l’année passée à la tête d’une délégation française dans le cadre d’un forum de partenariat France-Algérie impliquant quelque 240 PME, soldé par des accords de principe sur plusieurs projets mixtes censés redonner de la vigueur à des secteurs français endormis, dans la petite industrie, les assurances, le transport et les services.

Un coup de pouce au Cac 40

Mais l’ancien premier ministre de Jacques Chirac, qu’on surnomme à cause de cela le "facilitateur", arrive aujourd’hui comme dans un contexte d’extrême urgence qui étonne tous les observateurs, surtout les citoyens algériens qui ont la seconde nature de ne pas faire confiance à leurs gouvernants et encore moins à leurs acolytes étrangers. Imaginez : Total, Renault, Lafarge, un triptyque industriel - tous cotés au Cac 40 mais qui chutent sensiblement dans les indices - de plus de 215 milliards d’euros de chiffre d’affaire assaillant le gouvernement algérien, quasiment avec la hargne d’en finir au plus vite avec un contrat spécifique pour chacun. Le groupe pétrolier pour un complexe de craquage d’éthane à Arzew, le constructeur pour une usine de montage de voitures à Jijel et le leader mondial des matériaux de construction pour une cimenterie à Oum el- Bouaghi.

Ahurissant dans le sens le moins débile de comprendre que dans quelques semaines seulement les gouvernements réciproques qui ont fomenté et fait parvenir ces contrats seraient remplacés, dans la logique des groupes les plus forts au pouvoir, par d’autres dont rien ne dit qu’ils ne mettraient pas ces projets en déroute. Mais Ahmed Ouyahia démontrant depuis longtemps déjà qu’il est moins socialiste que ne puisse l'être l’UMP de Nicolas Sarkozy et de son envoyé spécial Jean-Pierre Raffarin, et sachant que les socialistes français ont horreur de la délocalisation, il fait accueillir tambour battant comme un homme d’Etat ce manager commercial, cheville ouvrière de la campagne de son parti. En même temps qu'il s’agit d’une façon concrète de dire aux citoyens, qu’il a bluffé vers les dernières années du siècle passé en donnant un coup de main pécuniaire aux travailleurs du bâtiment par des ponctions sur les salaires de tous les employés du secteurs public, que le social dans leur pays est une vieille histoire, à voir seulement la pagaille indigente dans les soins et les transports publics.

Pour une poignée d’emplois

Les contribuables algériens ont compris les prémices de ce fait accompli lorsque, la semaine passée, Karim Djoudi, le ministre des Finances, a parlé du retour au crédit à la consommation, spécialement celui ayant trait au domaine du véhicule, et qui sera effectif à la date de la signature du contrat avec le partenaire constructeur, c’est-à-dire que d’emblée dans la tête du gouvernement Ouyahia est-il ratifié. Qu’avant la sortie de la première Renault des châssis de Bellara, en misant que l’histoire de la fantasque Fatia de Tiaret ne se renouvelle pas, le groupe aura remonté une pente appréciable dans l’écoulement de ses voitures et de ses pièces de rechange.

Mais attention, Total ne va pas croiser les bras après l’unité de craquage dans l’Oranais, il passera au raffinage, aux huiles et aux produits de lubrification ; de même pour Lafarge et ses matériaux de construction qui ne tardera pas à cligner de l’œil pour son compatriote Saint-Gobain qui sait bâtir et aménager les zones urbaines engorgées. C’est de cela que ressort tout compte fait le projet de développement harmonieux d'Ahmed Ouyahia, Karim Djoudi et Mohamed Benmeradi, le ministre discret de l’Industrie, des PME et de la promotion des investissements.

Ils nous disent pour mieux nous insulter que dans le domaine contractuel de la sous-traitance locale dans les fractions du produit à construire, l’Algérie dispose d’un vitrier que Renault va mettre à l’essai pour voir comment il peut s’en sortir avec les vitres auto. On connaît la musique et on sait la danse aussi. Il n’y aura ni sous-traitant ni rien du tout. Total, Renault, Lafarge, comme Sanofi-adventis ou Cristal Union, ils vont créer quelques emplois rémunérés du quart du smic français pour les ouvriers et peut-être de sa moitié pour les techniciens locaux.

Le reste, dans tous les cas de figure, ne peut s’admettre d’ores et déjà qu’à la manière de gagnant gagnant pour la France et comme de coutume fort aventureux pour l’Algérie. Mais cela, ce n’est pas le problème du gouvernement, ce sera comme de coutume un de plus dans l’entassement des faux espoirs associés aux rapatriements de la devise de tous les dividendes confondus que s’apprête à diligenter la BEA étoffée par la mise en place du "pacte d’actionnaires" avec Axa-Fni.

Nadir Bacha LE MATIN.DZ

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