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lundi 6 février 2012

L’Algérie «forte et digne» : Arfâa Rassek Ya ma et va chercher du bois pour te chauffer


Routes coupées, villes et villages isolés, courant électrique tombé en panne, réseaux téléphoniques défaillants ou inopérants, transport ferroviaires perturbés, vols domestiques et internationaux annulés ou retardés, écoles fermées, des centaines de milliers de citoyens privés de gaz, d’électricité, de denrées alimentaires de base…Il aura fallu trois jours de neige, de pluie et de froid pour que se révèle l’incurie du système Bouteflika.

L'Algérie forte et digne, l'Algérie d'El Izza Wal karama, paralysée par trois jours de froid...

Sur les 48 wilayas que compte le pays, au moins 27, plus que la moitié, sont affectées par cette vague de froid et ses conséquences dramatiques.

Sur ces 27 départements touchés par la tempête, on dénombre des milliers de villages en désespérance. Des millions de citoyens livrés à eux-mêmes.

A Médéa, des familles sont contraintes de recourir au bois pour se chauffer, comme en l’an 1940. A Ain Defla, des citoyens s’éclairent à la bougie faute d’électricité.

Dans les villages de Bejaia, de Tizi Ouzou, dans les Aurès, dans les régions de l’Ouest ou sur les hauts-plateaux, les écoles sont fermées en raison de routes coupées à la circulation.

Pratiquement dans tout le nord du pays, la population est privée de transport.

On peut encore multiplier à l’infini ces chroniques des déboires que vivent aujourd’hui les Algériens après trois jours de froid.

On n’ose imaginer ce qui aurait pu se passer si cette tempête de neige, de pluie, si cette vague de froid, devait s’étaler sur une semaine.

C’est tout le pays qui serait alors à l’arrêt. En cessation d’activité.

Certes, même les pays les plus développés ne sont pas à l’abri des dysfonctionnements dus aux catastrophes naturelles et aux éléments de la nature.

On le constate ces jours-ci en Europe de l'Est, on l'a déjà constaté aux Etats-Unis, en Asie, en Afrique...

Mais les déboires – le mot est sans doute faible - auxquels sont confrontés depuis 3 jours les Algériens est sans commune mesure.

Jamais depuis l’indépendance en 1962, l’Algérie n’a connu pareille situation. Et Dieu sait que durant les cinquantaines dernières années, ce peuple aura vécu mille et une misère, des catastrophes naturelles entre séismes, inondations et sécheresses…

Oui mais cette galère de février 2012 porte un nom : l’incurie.

La situation dans laquelle patauge aujourd’hui des millions de citoyens illustrent l’incurie des gouvernants à tous les échelons.

Elle illustre, d’une manière générale, la faillite du mode de gouvernance mis en place sous la présidence Bouteflika depuis bientôt 13 ans.

Bien sûr, il serait injuste, disconvenu et malhonnête d’attribuer au seul président la responsabilité du calvaire que vivent depuis trois jours ses concitoyens.

Néanmoins ce calvaire, il faudrait bien le mettre au crédit de sa politique de développement du pays, de sa gestion calamiteuse des affaires de l’Algérie depuis son accession au pouvoir en 1999.

A quoi bon dépenser plus de 400 milliards de dollars – entre 1999 et 2012 -, si l’Algérie se retrouve aujourd’hui paralysée par une tempête de neige et le froid ?

A quoi dépenser des milliards de dollars dans des programmes d’investissements, allouer des enveloppes faramineuses aux 48 wilayas du pays durant ces dix dernières années, nommer de nouveaux walis et chefs de daïras, faire et défaire des gouvernements, si l’Algérien soit obligé, en ce mois de février 2012, d’aller chercher du bois pour se réchauffer, s’éclairer à la bougie, et contraint de priver ses enfants de l’école pendant une semaine, voire plus ?

A quoi auront donc servi ces fabuleux budgets alloués par l’Etat aux collectivités locales si le citoyen se retrouve privé de gaz, d’électricité, de pain et d’école ?

Le confort de l’Algérien ne se mesure-t-il pas en définitive à disposer de gaz pour se chauffer, d’électricité pour s’éclairer, de pain pour se nourrir, de routes pour se déplacer ?

En cela, le système Bouteflika a failli.

Et pourtant, que n’a-t-il pas promis ce président. Que n'a-t-il pas dépensé.

Souvenons de ces compagnes électorales de 1999, de 2004 et de 2009, durant lesquelles Bouteflika promettait « El Izza wal karama » (honneur et dignité), une « Algérie forte et digne » ; ces campagnes durant lesquelles il apostrophait l’Algérien avec cette phrase choc : « Arfâa Razzek Ya ba (relève ta tête) »…

Souvenons-nous aussi de ces temps où Bouteflika le téméraire, l’homme sans tabous, le candidat qui se piquait de briser tous les tabous, jurait, le poing levé, de sonner le réveil de l’Algérie.

« Il y a des écoles ici ! (Béchar, NDLR) Mais vos enfants préfèrent aller travailler dans le Nord, là où c’est facile. En réalité, vous n’avez besoin de personne ! Vous avez seulement besoin de vous réveiller ! Moi, je vais réveiller l’Algérie ! », disait-il en 1999.

Souvenons encore de ces tournées à travers les quatre coins du pays, en 2004 et 2009, où Bouteflika promettait monts et merveilles, ou lui et son ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni, pères Noël en toutes saisons, distribuaient des enveloppes aux walis, enveloppes dont les montants donnaient le tournis.

Et tout ça pour ça ?

Tous ces milliards dépensés pour que l’Algérie se retrouve paralysée en ce février 2012 par une tempête de neige de deux jours !

Tous ces milliards pour que des Algériens se retrouvent aujourd'hui, en février 2012, contraints d'aller chercher du bois, comme en l'an 1940, pour se chauffer et préparer le repas du midi ou du soir!

Photo : Rachid Hamatou

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