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vendredi 3 février 2012

La chronique Hebdo. Une minute de silence !


- Un Algérien d’en bas vient de s’immoler. Il est parti rejoindre ses frères d’octobre, les noyés de la Méditerranée et les brûlés sans espoir. Un Algérien qui se transforme en torche vivante n’émeut plus grand monde si ce n’est sa famille, ses amis et les gars de son quartier. C’est malheureux mais c’est ainsi.

Loin du chroniqueur de jouer au cynique et au donneur de leçons, mais ce geste hautement symbolique qui a fait changer à la Tunisie de destin, a été galvaudé, vidé de son essence et rendu à l’échelle d’un fait divers par des Algériens toujours enclins à l’excès. Cet acte de folie, ultime étape pour crier sa haine d’un système totalitaire, presque dernier recours avant de se ceinturer avec du TNT et exploser quelque part, est devenu, dans cette Algérie anonyme, un simple et banal fait à force de le conjuguer à toutes les raisons.

On s’immole pour un contrat de travail non renouvelé, une mobylette mise à la fourrière, une fiancée refusée ou parce qu’on n’a pas été admis à refaire son année scolaire ou que l’huissier est à la porte pour une expulsion, les raisons de passer à l’acte paraissent dérisoires et dénuées de sens quand on sait qu’au bout de cette logique c’est la mort certaine après de vaines souffrances.

Je le dis et répète, loin de moi toute prétention à condamner si ce n’est ce régime qui a poussé tout un peuple à s’automutiler, le conduisant vers l’aliénation et le suicide sous toutes ses formes. Un Algérien d’en bas qui s’immole c’est une tombe de plus qui se creuse, un peu plus profond, dans l’âme de ce peuple qui souffre d’une mal gouvernance et d’un déni de droits. Un Algérien d’en bas qui s’en va seul, marcher dans la vallée des morts, ce n’est rien d’autres qu’une statistique sur les morts inutiles qui n’arrêtent pas d’endeuiller le pays.

- Selon des universitaires algériens, les prochaines législatives n’enfanteront pas de majorité islamiste. Cette réflexion trouve son explication, toujours selon ces universitaires, dans la mémoire d’un peuple qui refuserait de revivre l’expérience du FIS et des années de braise. Libre à eux de penser que le prochain parlement s’habillera en démocrate ou en républicain, de bleus de chauffe et de quelques kamis blancs. Libre au ministre de l’Intérieur d’annoncer les résultats du scrutin avant même sa tenue en affirmant que la mouvance islamiste n’aura pas son mot à dire et qu’on ne sera ni la Tunisie, ni le Maroc, encore moins l’Egypte. C’est mal connaitre la mentalité d’un peuple qui navigue à contre-courant de la logique.

L’Algérien, au contraire des idées reçues, n’est pas très religieux, il n’y a qu’à voir les statistiques sur le suicide, l’alcoolisme et la violence. L’Algérien est peu politisé parce que dans un pays qui fraude et qui triche lors des élections, pourquoi s’emmerder avec une culture politique. L’Algérien déteste autant les démocrates « kefta frite hrissa » que les islamistes « steak panini moutarde ». Mais voilà, l’Algérien aime bien contrarier son monde. Il s’ingénie à fausser toutes analyses universitaires pour se réveiller le matin, la gueule de bois en prime, ou zappant ses ablutions matinales faute d’eau, pour aller voter Dieu.

L’Algérien est officiellement amnésique : L’Etat lui a demandé d’oublier la décennie noire et de tourner la page. D’oublier le colonialisme et de déchirer la page. D’oublier ses origines et de chanter Ibn Badis. Alors comment s’en remet-on à sa mémoire pour ne pas voter un fac-similé du FIS ? A moins d’un arrangement à l’amiable et d’une redistribution des voix, l’Algérien votera islamiste qu’on le veuille ou non et ce n’est pas cette opposition en mode échec qui dira le contraire.

Par Saâd Doussi Algérie-Focus

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