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jeudi 2 février 2012

Dépenser sans Penser : Le credo de l’Algérien rentier


« Aucune race ne peut prospérer si elle n'apprend qu'il y a autant de dignité à cultiver son champ qu'à composer un poème. »

George Washington, Président des Etats-Unis d'Amérique

Une inquiétude de plus ! On apprend qu'en 2011, l'Algérie a importé pour 46,45 milliards de dollars. Pour des exportations de 73 milliards de $. Les recettes hors hydrocarbures ont représenté 2,15 milliards de dollars, principalement des produits miniers, fer, phosphates, un peu d'or, un peu de dattes et de vins qui se chiffrent à quelques millions de dollars ; en clair pas de produits manufacturés, pas de création de richesse, on se contente de ce que recèle notre sol et notre sous-sol. Ce chiffre, un nouveau record pour les importations du pays, est en hausse de 14,77% par rapport à 2010 (40, 47 milliards de dollars). Est-ce une performance ou doit-on s'en inquiéter ?

L'explosion de la facture des importations du pays, qui était à 39 milliards en 2009, à 38 milliards de dollars en 2008, contre 27 milliards en 2007 et 18 milliards en 2004, montre que la croissance des importations atteint 300% sur la période 2004-2009. A quel mérite nous devons cela, à notre farniente ? A la bénédiction divine ? A nos certitudes d'un autre âge ? La facture alimentaire a frisé les 10 milliards de dollars. Comment expliquer que l'Algérie ne couvre que 20% de sa consommation par sa production agricole ? L'Algérien est tiraillé entre ce que lui martèle « l'Unique » à longueur d'antenne sur les exploits de l'agriculture. Souvenons-nous que par deux fois le président de la République a annulé la dette des agriculteurs (d'abord 14 milliards de DA puis 41 milliards de DA pour arriver à quelle performance ? Par ailleurs les exploits dans le domaine laitier que valent-ils ? On parle d'une production totale de 2,92 milliards de litres de lait cru mais la collecte n'est qu'à 572 millions de litres, (moins de 20%). Le reste est écoulé dans les circuits informels. L'importation de lait et dérivés a également augmenté de 53,5%, par rapport à 2010.

Dans le même ordre, outre les pétards en principe interdits (plusieurs milliards de dinars), les importations de l'Algérie en produits pharmaceutiques ont atteint 1,95 milliard de dollars en 2011, contre 1,67 en 2010, en hausse de 16,86%, 60 opérateurs sont présents sur le marché national ! Aucun ne crée de la richesse ! Là aussi, que devient la production en Algérie du médicament ? Que devient l'industrie des équipements médicaux ? qui fait que nous importons tout même les tabourets, les lits... Où est le génie national ? Décidément, les responsables de ces secteurs manquent d'imagination !

Que fait le gouvernement pour amortir les augmentations de salaires ?

C'est un fait que l'augmentation des salaires tant vantée sous toutes les fréquences s'est faite concomitamment avec un glissement du dinar qui fait augmenter les prix même ceux soutenus plus que de raison. On dit que le gouvernement donne d'une main ce qu'il reprend de l'autre. Un contre- exemple, le gouvernement soutient le prix du café qui coûte sur le marché mondial 2000 $/tonne soit 180 DA le kilogramme, il est vendu trois fois plus cher !...

« Le vrai problème, écrit Abderahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque d'Algérie, dans notre pays, concerne l'équation des prix. Aujourd'hui, on essaie de récupérer par la gestion de la valeur de la monnaie les largesses de la nouvelle politique des salaires et les subventions irrationnelles de certains produits. On organise donc une dépréciation du dinar pour récupérer l'argent qui a été distribué. Cela serait relativement efficace si nous avions un système des prix libre (...)Le drame dans notre pays est que nous avons introduit, depuis peu d'années, une gestion des prix et une subvention des prix sans régulation centrale. Ce qui a pour résultat de mettre à la disposition non seulement de la population algérienne mais aussi du voisinage de l'Algérie, pour ne pas dire de l'Afrique, des marchandises et des biens importés théoriquement pour les besoins du consommateur algérien, mais en réalité destinés à un bassin énorme. (...) Quand vous avez des prix du blé, du lait, etc., subventionnés et qu'on subventionne, je le répète, les pays voisins, vous pouvez déprécier ce que vous voulez, de toute façon l'Etat continuera à intervenir par la subvention. (...) J'ai toujours considéré que le square Port Saïd ou les cambistes de Hydra donnent la valeur réelle du dinar. A partir du moment où vous pouvez convertir n'importe quelle somme sur le marché parallèle. (...) On va nécessairement vers des dévaluations successives qu'elles soient brutales, annoncées ou fassent l'objet d'un glissement progressif.(....)Ce qui détermine « l'exportabilité », c'est la productivité du travail. La manipulation de la monnaie est de la triche qui ne permet pas d'agir sur la valeur travail. (...) Les réserves de change ne sont qu'un leurre. Et tout stock d'argent n'est qu'un leurre. Ce qui se mesure est la productivité d'une économie et non son stock d'or. Ce qu'on permet juste de dire que si jamais il y a une catastrophe, on va tenir trois ans. »(1) Et après pourrait-on dire ?

A quoi sert le ministère du Commerce ?

Le moins que l'on puisse dire est qu'il y a une débandade dans les importations. faute de stratégie d'ensemble. Tout est importé L'Algérie vend des matières premières et achète tout de l'étranger. Rien n'est fait pour favoriser la production nationale car l'université créatrice d'idées et incubateur de start up est absente du débat. Elle ne sert à rien dans les faits...

Par ailleurs, on achète n'importe quoi : « Près de 60% des produits importés pour la revente en l'état sont contrefaits », a affirmé M.Bouderbala le DG de la Douane algérienne le 14 juin 2011 ajoutant que « la contrefaçon touche même les médicaments. Il a également cité les produits cosmétiques, les pièces détachées, les appareils électroménagers, la robinetterie à gaz, les cigarettes, ainsi que d'autres produits. Presque la totalité des cosmétiques importés sont contrefaits et tous les appareils de téléphonie mobile qui ne sont pas agréés par l'Arpt (Autorité de régulation) sont aussi de faux produits », a-t-il ajouté.


L'Algérie a importé 390 140 véhicules en 2011 contre 285 337 véhicules en 2010, en hausse de 36,73%, a appris mercredi l'APS auprès des Douanes algériennes. La facture des importations des véhicules a ainsi augmenté de 30,85%, par rapport à 2010 (près de 4,8 milliards de dollars). Il y a une quarantaine de concessionnaires activant en Algérie. En 2007, la facture était de 1,2 milliard de dollars. En 2011, elle a atteint 4,4 milliards de dollars. De 150.000 véhicules importés en 2007, on est passé à 350.000 véhicules en 2011. « Nous sommes, déclare Monsieur Hadj Nacer, le deuxième pays le moins cher en termes de produits pétroliers alors que la Norvège, infiniment plus riche en hydrocarbures et autres, reste le pays le plus cher en produits pétroliers. Ils pensent à leurs enfants et à l'après-pétrole.

Le constat est plus grave encore si l'on pense à la contrebande de carburant aux frontières libyenne, tunisienne et marocaine, sans parler des convois qui vont jusqu'au Mali et au Niger. Ajoutons que l'Algérie achète pour 300 millions de dollars de gasoil - dont une partie s'évapore par les frontières - au prix du marché près de 0, 6 $ le litre, soit 50 DA, elle le vend quatre fois moins cher parce que les députés en ont décidé ainsi au nom du soutien des « tabakate el Kadiha » entendons par là les paysans qui reçoivent par ailleurs des subventions pour le gasoil ! Ajoutons que la majorité des véhicules importés ont des moteurs qui rejettent 160g de CO2/km, en Europe la norme est de 120g max, soit 25% de plus de consommation d'énergie. Rien que pour les millions de voitures de l'année 2011 c'est une perte évaluée à 125.000 tonnes d'essence 160$ le baril, soit 1,25 milliard de $ soit 50% des exportations hors hydrocarbures si seulement le ministère du Commerce fonctionnait dans le cadre d'un cap énergétique qui devrait être mis en oeuvre sans tarder.


Le faux satisfecit des instances internationales

On dit qu'il y aurait 30 millions de portables à seulement 5000 DA /an la facture du bavardage C'est 15 milliards de DA dont les 80% au moins sont exportés (1 milliard de dollars) pour quoi faire ? pour faire comme les autres ? Un portable à l'oreille, une voiture. Est-ce cela le développement ? A entendre la télévsions « l'Unique », le FMI et la Banque mondiale sont contents des performances du gouvernement actuel qui, on l'aura compris, cherche sa légitimité à l'extérieur. Pourtant il n'en est rien ! sauf à ne donner qu'une partie de l'information.

Le Fonds monétaire international a prévenu vendredi 28 janvier l'Algérie que son budget était « vulnérable » à une éventuelle baisse des prix du pétrole, qui aurait des conséquences profondes sur l'économie du pays. Dans un résumé de son rapport annuel sur l'économie algérienne, le FMI a indiqué qu'il tablait sur une accélération de la croissance à 3,1% en 2012, après 2,5% en 2011. « L'orientation budgétaire expansionniste de ces dernières années a cependant rendu la situation budgétaire vulnérable aux fluctuations des cours du pétrole, le prix permettant d'équilibrer le budget étant aujourd'hui légèrement supérieur à 100 dollars le baril », a déploré l'institution. En Algérie, « d'importants risques baissiers émergeront en cas de dégradation de la situation économique internationale et d'un repli prolongé des cours du pétrole, [...] Le FMI recommande au gouvernement ´´de diversifier l'économie, d'améliorer le climat des affaires, de faire reculer le chômage et de réduire les vulnérabilités à moyen terme ».(2)

Même son de cloche de la part de la Banque mondiale : « Les pays en développement doivent évaluer leurs vulnérabilités et se préparer à la possibilité d'autres chocs », a alerté Justin Yifu Lin, économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale pour l'économie du développement. L'économie nationale est concernée à plus d'un titre. Elle dépend à près de 98% de ses exportations en hydrocarbures, assurées essentiellement par le pétrole. Elle a affiché sa vulnérabilité à travers la facture de ses importations qui a atteint un niveau historique en flirtant avec la barre des 47 milliards de dollars en 2011 et ne possède pas de grandes marges de manoeuvres pour faire face à une récession du type de celle qui est annoncée par l'institution financière internationale issue des accords de Bretton Woods. (..) (3à

Les regards resteront focalisés sur les cours du baril de pétrole qui, jusqu'à aujourd'hui, a atteint des niveaux (près de 100 dollars à New York) qui lui ont permis d'engranger une fabuleuse manne financière de quelque 176 milliards de dollars qui doivent lui assurer deux à trois années d'importations en cas d'assèchement de ses recettes en devises sous le coup d'une brutale chute des cours de l'or noir.... Un contexte qui fait la part belle aux spéculateurs, à la corruption et à la sphère de l'informel qui brasse, pas moins de 40% de la masse monétaire en circulation. (...)La suppression des crédits à la consommation ne s'est pas traduite par une baisse de la facture des importations... Ce n'est pas encore l'impasse, mais ceux qui ont la responsabilité de la gestion des affaires du pays sont... dos au mur.

La lecture des chiffres des importations

Dans ces conditions et pour paraphraser le cri du coeur prophétique du regretté président Boudiaf « Où va l'Algérie ? » Pour le patron des patrons Réda Hamiani, les subventions accordées profitent non seulement aux riches et aux pauvres, sans distinction, mais aussi aux populations limitrophes des pays voisins comme la Tunisie, la Libye, le Niger et le Mali. Il y a des fuites importantes des produits importés vers ces pays (...). Il est urgent d'organiser notre appareil de production pour produire ce dont on a besoin. Aussi, il faut garder le lien entre l'argent distribué sous forme de salaires et autres dépenses publiques et la contrepartie productive, sinon, les importations augmenteront et l'inflation sera toujours sous tension » (4)

« Pour le Pr Abdelmadjid Bouzidi, on empêche les nationaux d'investir, on décourage les étrangers d'investir et en même temps, on essaie de protéger l'économie. Le Pr Bouzidi qui propose de mettre en place rapidement un plan pour créer une industrie de substitution aux produits importés. « On prend les produits qui plombent la facture de l'importation comme les médicaments, les matériaux de construction, l'agroalimentaire, les camions et autres engins, et on crée un couloir vert aux investisseurs nationaux et étrangers pour investir afin de les produire en Algérie. En leur disant, dans cinq ans, on veut produire ces produits ici, en Algérie », propose-t-il ».(4)


Le nouveau plan quinquennal 2010-2011, de près de 300 milliards de dollars, a également contribué à l'envolée des importations. L'Algérie pourrait se suffire avec un programme d'importation global de 20 à 25 milliards de dollars. Bien sûr, sans les importations de biens destinés au plan de relance », ajoute-t-il. « En 1980-1985, le programme global d'importation était de 12 milliards de dollars », précise-t-il. Le Pr Bouzidi déplore que l'Algérie ne produise rien et qu'en 1985, il fallait 2 milliards de dollars d'importations d'inputs pour faire fonctionner l'industrie algérienne. « Le processus d'industrialisation du pays lancé par Belaïd Abdeslam durant les années 1970 a été cassé en 1980. Si nous étions restés sur ce projet, nous serions devenus des exportateurs aujourd'hui », soutient-il ».(4)


Conclusion

Nous sommes à l’évidence loin d’un Etat qui fait fonctionner son génie propre plutôt qu’une rente imméritée et qui est à bien des égards, une malédiction. Pourtant, on sait qu’un Etat dont l'économie est intégrée, tout le monde contribue au bon fonctionnement de cette économie. A titre d'exemple, pour l'industrie du tourisme, on a besoin du concours de pas mal de corps de métiers pour pouvoir fournir un service digne pour les visiteurs. Ainsi, des compagnies aériennes, des hôtels, des restaurants, des artisans etc. Et tout le monde participe à la captation des flux financiers venus des touristes.


Dans une société où tout est basé sur l'extraction des richesses du sous-sol, la population est réduite juste à un tube digestif. Les gouvernants jouent la montre pour faire perdurer la situation, il n'est pas nécessaire de penser, tout juste dépenser. Pour le reste, il suffit de faire signe aux entreprises pétrolières internationales pour forer, extraire et vendre.

Il est à noter que dans les programmes des partis politiques -anciens et nouveaux-, il n'est nulle part fait appel à l'intelligence pour proposer un destin à ce pays. Ces parties n'incitent pas à penser mais à dépenser les miettes d'une rente qui tarira quand ils ne seront plus là. L'Algérien, n'apporte rien, il est installé dans les temps morts, « tidjara chtara » « le commerce est une question de débrouillardise » devenant la proie de tous les marchands de rêve qui commencent à s'agiter en tant qu'élus pour une place au soleil. Non ! l'Algérie mérite un meilleur destin.



1. Abderahmane Hadj Nacer : El Watan du 28 janvier 2012

2. L'Algérie ´´vulnérable´´ à une baisse du pétrole, selon le FMI. Lesechos.fr 27 01 2012


3. M.Touati http://www.lexpressiondz. com/ actualite/147131-l-algerie-est-elle-dans-le-rouge.html

4 http://news2.fibladi.com/actualites/fr/ Economie/Commerce/Hausse-de-la-facture-des-importations-Les-explications-de-Reda-Hamiani-et-les-propositions-d-Abdelmadjid-Bouzidi-


Professeur Chems Eddine Chitour

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