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samedi 11 février 2012

Après la prestation radiotélévisée du chef de l’État Un discours déconnecté de la réalité


Le discours présidentiel de jeudi pourrait être la plus piètre prestation d’Abdelaziz Bouteflika depuis son accession au pouvoir, en matière de gestion de l’image. Dans un décor mal improvisé, un discours enregistré, qui a subi de multiples montages, le Président s’est montré fatigué, la voix étouffée, ne regardant jamais la caméra, donnant l’impression d’expédier les affaires courantes, du moins en train d’exécuter une corvée. Pourtant, le but recherché par ce discours à la nation se voulait de sensibiliser les citoyens quant à la nécessité d’aller voter en masse le 10 mai prochain et, par conséquent, donner une certaine crédibilité à la future Assemblée. Or, on ne s’adresse pas à la nation, en n’osant même pas la regarder en face. Sur ce chapitre, force est de constater que la prestation du chef de l’État fut un flop, pour ne pas dire contreproductive.
Le président de la République aurait pu se contenter d’un décret convoquant le corps électoral, d’autant plus que deux jours auparavant il avait tenu un Conseil des ministres consacré, officiellement, aux élections. Le discours à la nation est intervenu à un moment très particulier : le nord du pays subit depuis plus d’une semaine des intempéries qui ont fait des morts, isolé des villages et des citoyens livrés à eux-mêmes qui attendent que l’État vienne à leur aide. On s’attendait à des mots de compassion à toutes ces victimes, on s’attendait à des mesures d’urgence en faveur des régions touchées par les intempéries. Rien, aucun mot. Le président Bouteflika donne l’impression que tout ce qui l’intéresse c’est de mettre en pratique sa feuille de route de “réformes”, quoi qu’il en soit. Alors que l’État avait brillé par son absence aux pires moments des intempéries, que des milliers de personnes n’arrivaient même pas à se procurer une bouteille de gaz, l’appel à une participation massive aux élections est vraiment mal venu et il risque de pousser davantage de citoyens à boycotter ces élections, une façon pour eux de sanctionner ce pouvoir qui les a laissés tomber dans ces moments difficiles.
Sur toutes les bouches, on entendait la même phrase : “On se rappelle de nous juste quand il s’agit des élections.” Concrètement, pour cette élection que le président Bouteflika qualifie de “décisive”, rien de nouveau ou presque n’est proposé aux Algériens, sauf cette augmentation du nombre de sièges pour les députés. Les lois votées dans le cadre des réformes de Bouteflika constituent une timide ouverture. Le fait d’agréer une vingtaine de nouveaux partis, à trois mois du scrutin, ne constitue pas, en soi, un gage de crédibilité, encore moins la présence d’observateurs étrangers. Le chef de l’État a beau appeler l’administration à faire preuve de neutralité, celui qui a toujours fraudé fraudera encore cette fois-ci. Et ce ne sont pas les juges, appelés à la rescousse pour surveiller le scrutin, qui y changeront quoi que ce soit. La fraude est une culture bien ancrée. Si on y ajoute l’entrée en force de l’argent sale, le tour est déjà joué.

Par : Azzeddine Bensouiah LIBERTÉ leBloggers

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