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samedi 14 janvier 2012

Les manifestants empêchés de marcher vers la wilaya Laghouat sous surveillance policière


Les forces antiémeute ont quadrillé la ville de Laghouat afin d’empêcher les manifestants, qui se sont rassemblés après la prière du vendredi, de marcher vers le siège de la wilaya.

Laghouat
De notre envoyé spécial


Après une matinée plutôt calme, les manifestants ont de nouveau investi la place de la Résistance, à Laghouat, hier, juste après la prière du vendredi. Près d’un millier de personnes se sont rassemblées, vers 14h, devant la Grande-Poste où des banderoles ont été déployées. Moins d’une demi-heure après, elles ont tenté d’improviser une marche pacifique vers le siège de la wilaya aux cris de «Silmia, Silmia (marche pacifique)» et «Irhal (dégage)», allusion faite au wali de Laghouat, Youcef Chorfa. Les forces antiémeute, qui sont revenues en nombre, ont aussitôt bouclé tous les accès menant vers le siège de la wilaya. Un important dispositif de sécurité a empêché le déroulement de la marche, a-t-on constaté sur place.

Selon Yacine Ziad, président du bureau local de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh), «le mouvement de contestation continuera tant que les listes des bénéficiaires de logement n’auront pas été annulées». Hadj Nacer Aïssa, défenseur des droits des chômeurs, considère, lui, que l’annulation provisoire des listes, décidée mercredi dernier, n’est pas de nature à ramener le calme dans la ville. Depuis le 2 janvier, la situation est tendue à Laghouat en raison de la vague de mécontentement suscitée par la distribution de logements destinés à la résorption de l’habitat précaire. Jeudi, deux jours après les violents affrontements sur la place de la Résistance, dans les anciens quartiers de Laghouat, la fièvre est quelque peu redescendue.

Quartier Sefah, rue de Blida. Benyettou Abdelbaki, 40 ans, fait partie des nombreux demandeurs de logement social à qui la chance n’a pas encore souri. «La commission de daïra chargée d’étudier les demandes de logement est passée une dizaine de fois chez moi et à chaque fois elle m’a dit qu’il fallait encore patienter. C’est toujours le même refrain», raconte-t-il. Il ne comprend pourquoi des personnes qui transgressent la loi, en érigeant des taudis aux alentours de la ville, arrivent à avoir un logement neuf au bout de quelques mois et lui non.

Pourtant, il a déposé une demande de logement, en bonne et due forme, à la mairie de Laghouat en 2005. Depuis une vingtaine d’années, il vit avec 16 membres de sa famille, la peur au ventre, dans une maison menaçant ruine. Son frère aîné, 59 ans, a du mal à réprimer sa colère face au déni de droit dont il se dit victime : «C’est de l’injustice !» Ici, comme dans de nombreux quartiers de la ville dépourvus de toute commodité, tout le monde se plaint de ne pas bénéficier de logement social. A Sefah, une vingtaine de petites habitations aux murs défraîchis accueillent une à plusieurs familles qui attendent depuis fort longtemps un hypothétique recasement. Benbahaz Mohamed, 32 ans, en fait partie. «Je devais bénéficier d’un logement en juillet dernier, mais on m’a exclu au prétexte que l’enquête administrative m’était défavorable», dit-il.

«Si je possédais un logement, croyez-vous que je resterais à Sefah, dans une pièce-cuisine, avec tous les risques que cela entraîne ?» Et d’ajouter : «Peut-être que si j’édifiais une bicoque à la périphérie de Laghouat, j’aurais plus de chance d’avoir un logement !» En contrebas du fort Bouscaren, qui domine la ville de Laghouat depuis 1857, date de sa construction, Chettih Chergui tente de survivre aux vicissitudes du temps.

Dans ce quartier, les anciennes bâtisses sont en train de s’effondrer les unes après les autres. Cohabitant avec sa grand-mère, presque centenaire, Fatima-Zohra ne croit plus aux promesses des pouvoirs publics. Elle nous montre un document délivré par la mairie de Laghouat, attestant qu’elle ouvre droit à un logement social, mais elle n’est pas sûre pour autant de pouvoir en bénéficier un jour. «C’est révoltant d’attendre cinq, dix ans un logement qui ne vient jamais», dit-elle, en fixant longuement le document portant le n°3172. Comme elle, beaucoup de demandeurs de logement ne se font pas d’illusions sur la manière de gérer cet épineux problème.

«Les gens ne croient plus aux promesses des responsables locaux car ils savent que leurs demandes finissent par s’égarer, au bout de quelques années, dans les méandres d’une administration aussi tentaculaire qu’inopérante», explique un militant des droits des chômeurs. Selon lui, l’accès au logement, malgré les dispositions prises par les pouvoirs publics pour éviter les dépassements, demeure problématique.«Dans ces conditions, la corruption reste le seul moyen pour espérer avoir un jour un logement», poursuit-il, en faisant allusion à la colère des citoyens exclus des listes de bénéficiaires de logement à Laghouat. Chômage aidant, cette colère s’amplifie. Selon Hadj Nacer Aïssa, président du bureau régional du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC), on dénombre quelque 13 000 sans-emploi à Laghouat pour une population de 500 000 habitants, dont 70% ont moins de 30 ans.

Abdelkrim Mammeri Elwatan
leBloggers

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