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lundi 2 janvier 2012

Khalifa, marchés truqués du thon, autoroute Est-Ouest : Les grandes casseroles de Soltani


« La société algérienne veut être gouvernée par les islamistes. » L’homme qui parlait ainsi le 3 décembre 2011 s’appelle Bouguerra Soltani, président du parti islamiste MSP (Mouvement de la société pour la paix). A 57 ans, Soltani, ancien imam devenu ministre d’Etat, rêve de conquérir le pouvoir. Les Algériens sont-ils prêts à être gouvernés par un parti islamiste dont le chef est associé à diverses affaires de corruption ? Plongée dans les grandes affaires de Bouguerra Soltani.

Bouguerra Soltani cultive l’art de passer entre les gouttes. Mouillé dans divers scandales de corruption au cours des quinze dernières années, le chef du MSP qui vient d’annoncer son retrait de l’alliance présidentielle a su éviter les écueils judiciaires au point de paraitre devant l’opinion comme un intouchable. Présumé corrompu, toujours intouchable.

Les 17 milliards des retraités partis en fumée

Janvier 2007. Le procès de l’ex-milliardaire Rafik Khalifa, poursuivi pour corruption, prévarication et dilapidation, s’ouvre au tribunal de Blida.

Parmi les personnalités citées dans le cadre de cette affaire pour avoir obtenu des largesses de la part de l’ex-homme d’affaires figure le nom de Bouguerra Soltani.

Comment son nom est-il mêlé à ce scandale?

Selon Djamel Guelimi, l’un des bras droits de « Moumen » Khalifa, Soltani est intervenu auprès du milliardaire, aujourd'hui incarcéré dans une prison de Londres, pour faire embaucher son frère dans une succursale du groupe Khalifa à Paris.

L'affaire s'est conclue mais pas pour longtemps. Le frère Soltani a certes travaillé pendant une semaine à Paris, mais il a été viré au bout d'une semaine d'embauche pour défaut de maitrise de la langue française.

Les responsables de la CNAS et de la CNR paient, pas Soltani

Si ça ne tenait qu'à ce détail...

C'est que durant le même procès, le nom de Soltani est également cité par des nombreux prévenus pour avoir avalisé, à l’époque où il était ministre du Travail et de la Protection sociale, le dépôt de 17 milliards de dinars dans la Banque Khalifa, argent qui appartenait à la Caisse nationale de retraite (CNR) et la Caisse nationale d’assurances sociales (CNAS).

La décision, outre qu’elle fut contraire à la réglementation, avait provoqué une crise de paiements des retraités en 2002, les 17 milliards étant partis en fumée.

Alors que les responsables de la CNR et de la Caisse comparaissent en qualité de prévenus –certains ont été condamnés à de lourdes peines de prison -, Bouguerra Soltani lui s’est présenté à la barre en tan que témoin.

Devant la juge Fatiha Brahimi, le chef islamiste nie être intervenu auprès du banquier déchu, dit ne pas « être responsable de son frère » avant de s’offusquer que l’on cite uniquement son frère.

« Pourquoi parlez-vous de mon frère uniquement et pas des 21 000 autres employés de Khalifa ? », s’est-il exclamé avant de quitter le tribunal de Blida libre.

Le scandale de la pêche au thon qui éclabousse Soltani

Juillet 2010. La Cour d’Annaba, à l’Est d’Algérie, condamne en appel quatre Algériens et cinq ressortissants turcs à des peines allant de un à trois ans de prison ferme.

Les 9 prévenus étaient poursuivis pour « contrebande », « pêche non autorisée dans les eaux territoriales algériennes » et « trafic d’influence et évasion fiscale » ?

Parmi les condamnés figure le nom du secrétaire général du ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques, du reste cadre au sein du MSP, cadre du ministère officiant sous l'autorité de Bouguerra Soltani.

Les faits jugés remontent à la période (1996-1998) durant laquelle Soltani occupait les fonctions de secrétaire d’État à la pêche.

Selon des comptes rendus de presse de l’époque, le chef des Frères musulmans serait impliqué dans des contrats douteux accordés à des sociétés chinoises dans le cadre de cette affaire.

Son secrétaire général trinque, mais Bouguerra Soltani parvient à sortir indemne de ce scandale.

Autoroute Est-Ouest, le MSP grand bénéficiaire de marchés truqués ?

Septembre 2009. Le DRS lance des investigations sur des transactions douteuses liées à la réalisation du projet de l’autoroute Est-Ouest.

Au fil des auditions, les officiers des services secrets algériens mettent à jour un vaste réseau de corruption constitué d’hommes d’affaires algériens et étrangers, de hauts cadre de l’Etat, de ministres et d’officiers de l’armée, lesquels auraient bénéficié de largesses dans le cadre de l’attribution de ce projet. Ces largesses se chiffrent à plusieurs centaines de millions de dollars.

Parmi ces bénéficiaires figurent notamment le nom d'un homme d’affaires, Adou Tadjedine, proche du MSP, ainsi que celui d’Oussama Soltani, fils du ministre Bouguerra.

Oussama Soltani, sus-traitant influent

Dans l’enquête préliminaire bouclée par le DRS le 6 octobre 2009, le nom d’Oussama revient à plusieurs reprises.

Au terme de cette enquête, on y apprend que le rejeton a créé en 2005 une entreprise de BTP en association avec une des connaissances.

Oussama Soltai aurait ainsi servi d’intermédiaire pour l’octroi, au profit d'une entreprise française, d’un contrat de 60,4 millions d’euros dans le cadre de la réalisation du tronçon ouest de l’autoroute, tronçon confié à une entreprise chinoise.

Selon des informations jamais démenties par Bouguerra Soltani, son fils a également obtenu en 2006 une aide de l’Etat de 400 millions de dinars (5,3 millions de dollars) pour l’achat d’un bateau de pêche.

Ce crédit bancaire aurait été obtenu en contrepartie d’une garantie, avancée par Oussama Soltani, d’un marché en sous-traitance dans le cadre du projet de l’autoroute.

En dépit de ces fortes présomptions de concussion, en dépit du tombereau de révélations parues dans la presse, ni le ministre des Travaux Publics, Amar Ghoul, cadre du MSP, ni le fils de Soltani, n’ont été cités à témoigner.

Le ministre des Travaux publics, qui s’est contenté de répondre par écrit au juge instructeur, nie toute suspicion de corruption, de trafic d’influence ou d’enrichissement illicite alors qu’il reste le maitre d’œuvre de ce projet.

Rarement le nom d’un chef d’un parti politique n’aura été autant associé à des affaires de corruption comme celui de Bouguerra Soltani.

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