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samedi 7 janvier 2012

Ahmed Ouyahia : L’autre imposture algérienne


Docteur Ahmed et Mister Ouyahia. Une nouvelle preuve que le Premier ministre Ahmed Ouyahia pratique l’art de la girouette ? C’est le Conseil national de son parti, le RND (Rassemblement national démocratique), qui l’aura fourni ce vendredi 06 janvier. Le parti du Premier ministre réclame désormais la révision de la constitution qui limiterait les mandats du président. N’est-ce pas ce même Ouyahia qui militait hier pour une présidence à vie de Bouteflika ? Le même qui s’y opposait en 2005 ? Le même qui supervisait la révision de la Constitution de 1996 qui interdisait les mandats à vie sous la présidence de Zeroual? Décryptage d’une imposture.

Jeudi 5 et vendredi 6 janvier 2011, le RND d’Ahmed Ouyahia tient son conseil national à Alger. Au terme de ce conclave, le parti du Premier ministre rend public une résolution politique dans laquelle il se dit favorable à « un régime semi présidentiel conforme à la diversité politique dans le pays » et à « la réintroduction de la limitation des mandats présidentiels à deux ».

En somme, il faudrait revenir à la Constitution de novembre 1996, amendée en novembre 2008 pour permettre au président Bouteflika de briguer un troisième mandat.

Entre 1996 et 2012, Ahmed Ouyahia aura changé trois fois d’avis sur le contenu de la loi fondamentale du pays. Il a confectionné celle de 1996, l’a reniée en 2008, avant de l'abjurer pour réclamer une autre.

Jamais depuis l’indépendance de l’Algérie un chef de gouvernement ne s’est dédit, renié, contredit, autant qu’Ahmed Ouyahia.

Rétropédalage

31 décembre1995. Ahmed Ouyahia, chef de cabinet du président Zeroual, est nommé chef du gouvernement. L’un des plus importants chantiers qui a été confié à son exécutif est de préparer la révision de la Constitution de 1989, adoptée au lendemain de la révolte d’octobre 1988.

Le président Liamine Zeroual, élu une année plutôt veut doter le pays d’une nouvelle constitution, mettre en place de nouvelles institutions, un parlement constitué d’une assemblée élue et d’un Sénat.

Zeroual veut un seul mandat non-renouvelable

Une commission d’experts prépare les nouveaux textes de la constitution au niveau de la présidence, sous le contrôle d’Ahmed Ouyahia.

Lorsque le président Zeroual prend connaissance de la mouture élaborée, il émet une réserve sur la durée des mandats du chef de l’Etat : il souhaite que la nouvelle constitution instaure un seul mandat présidentiel d’une durée de sept ans. Non renouvelable.

C’est que la loi fondamentale du 23 février 1989, amendée sous la présidence de Chadli Bendjedid, laissait la brèche ouverte à non-limitation des mandats du chef de l’Etat.

Ainsi, l’article 71 stipulait que « la durée du mandat présidentiel est de cinq ans. Le président de la République est rééligible. » Sans plus.

Zeroual étant favorable à une alternance au pouvoir, le général étant peu enclin à exercer le pouvoir dont il n’en voulait même pas quand les généraux lui ont forcé la main pour être « élu » en novembre 1995, il demande donc que l’article 71 soit révisé.

Après diverses consultations, Zeroual se range derrière l’avis des experts. Le mandat du président sera de cinq ans. Renouvelable une seule fois.

Ouyahia artisan de la révision constitutionnelle de 1996

L'article 74 de la nouvelle constitution stipulera par conséquent que « la durée du mandat présidentiel est de cinq (5) ans. Le Président de la République est rééligible une seule fois. »

Cet article constitue une avancée majeure en Algérie dans la mesure où elle fermait la porte la « présidence à vie ».

Cette révision de la constitution de 1996, Ahmed Ouyahia, en bon soldat de la république, la portera à bout de bras, la défendra becs et ongles, tant est si bien qu’elle sera adoptée à une très large majorité lors du referendum du 28 novembre. Fermez le ban. L’ère des présidences à vie est révolue.

Bouteflika veut sa constitution

Avril 1999, Liamine Zeroual cède officiellement la place à Abdelaziz Bouteflika. D’emblée, celui-ci annonce que la loi fondamentale de 1996 est trop peu étroite pour ses pouvoirs, trop « ambigüe », trop corsetée.

Peu de temps après son élection, il déclare : « La Constitution actuelle ne me convient pas. Je suis pour un régime présidentiel fort. Je ne veux pas partager mes prérogatives avec le parlement et le chef du gouvernement doit dépendre totalement du président. »

Pendant presque cinq ans, le chef de l’Etat algérien se garde de franchir le pas pour tenter d’amender cette constitution qui ne lui convient pas.

Il s’en accommodera tant bien que mal, même s’il s’attèlera à grignoter tous les pouvoirs ; ceux du parlement, du gouvernement, de la justice, de la presse…

La révision de la constitution ?

Il faudra attendre le printemps 2005, une fois que Bouteflika se soit assuré un deuxième mandat en avril 2004, pour que ses francs-tireurs montent au créneau pour réclamer une nouvelle constitution.

En tête de pont de ces francs-tireurs se trouve Abdelaziz Belkhadem, intronisé patron du FLN.

Belkhadem le sniper

Lorsque le chef de fil du vieux parti réclame une nouvelle loi, il est sèchement rappelé à l’ordre par Ahmed Ouyahia qui depuis a retrouvé son poste de chef du gouvernement en mai 2003.

Le 22 juillet 2005, Ouyahia peut ainsi annoncer que « La révision de la Constitution n’est pas une priorité ».

Durant deux ans, pendant que Belkhadem œuvre pour faire sauter le verrou constitutionnel qui permettrait à Bouteflika d’avoir enfin « sa constitution », il aura en face de lui Ahmed Ouyahia pour lui opposer une fin de non-recevoir.

Modus

Pas pour longtemps, tout de même. L’opposition au sein du régime autour de l’amendement de la constitution prendra fin à l’automne 2007.

Le 14 octobre 2007, Bouteflika annonce la fin des hostilités. Au siège du ministère de la Défense, il prononce un discours dans lequel il annonce son souhait « que le référendum sur la révision de la Constitution soit organisé (...) avant la fin de l'année».

Tout le monde aura alors compris que le chef de l’Etat et les dirigeants de l’armée sont arrivés à un accord sur le principe d’amender la constitution de 1996 pour permettre à Bouteflika de briguer un troisième mandat.

C’est alors qu’Ahmed Ouyahia change de braquet.

Changement de braquet

Lui qui n’était pas favorable à la révision de la constitution, lui qui répétait que celle-ci n’était pas une priorité, lui donc va désormais se montrer l’un des plus farouches partisans.

Le 24 janvier 2008, il annonce : « Nous soutenons la révision constitutionnelle pour offrir un cadre constitutionnel adéquat permettant au président Bouteflika de garantir le renforcement de la stabilité du pays et le parachèvement du redressement national ».

Le 18 septembre 2008, Ouyahia remet une louche : « Nous soutiendrons le frère Abdelaziz Bouteflika pour un troisième mandat et la machine électorale (du RND) sera à sa disposition ».

En bon sergent, Ahmed Ouyahia fera donc campagne pour la révision de cette constitution de 1996 qu’il avait défendue becs et ongles sous la présidence de Zeroual.

Qu’importe si on l’accuse d’avoir retourné sa veste, de s’être renié, de se comporter comme un opportuniste. L’homme a toujours assumé, encore aujourd’hui d’ailleurs, son statut de soldat, de bon serviteur, d’homme des « sales besognes ». « Sans états d’âmes », se plait-il à le répéter.

500 voix pour Bouteflika

Mercredi 12 novembre 2008, le parlement algérien adopte la révision de la constitution par 500 voix contre 21 et 8 abstentions. C’est fait, en 500 levées de bras, le verrou mis en place par Liamine Zeroual est sauté.

Le président Bouteflika peut donc briguer, à l’âge de 71 ans, un troisième mandat. Il sera élu le 9 avril 2009 avec 90,24 % des voix. Un score soviétique. Brejnévien, concluera un diplomate américain accrédité à Alger.

Printemps arabe

Hiver 2011, le vent tourne dans le monde arabe. Le président tunisien Ben Ali est renversé le 14 janvier par une révolution lancée par le suicide d'un chômeur diplômé, Mohamed Bouazizi.

Le 11 février, le pharaon égyptien Hosni Moubarak renonce au pouvoir, lui aussi chassé par la rue.

En Algérie, les manifestations se multiplient. Des émeutes éclatent aux quatre coins du pays, on dénombre cinq morts, l’opposition réclame le départ du régime. Et à Alger, les manifestants, réprimés par la police, scandent « Bouteflika dégage ».

Bouteflika se ménage une sortie en douce

Contesté au même titre que les autres despotes du Maghreb, le président Bouteflika tente alors de sauver sa tête en proposant une série d réformes politiques. Parmi celles-ci figure une éventuelle révision de la constitution.

Là encore, Ahmed Ouyahia se montrera à la hauteur de sa réputation d’opportuniste, de girouette. Une fois de plus, l’homme changera de braquet.

La présidence à vie ? C’en est fini. Il faut désormais revendiquer la limitation des mandats présidentiels, les équilibres des pouvoirs.

Ouyahia a changé. Il en fera la démonstration le 2 juin 2011 à l’issue de l’audience tenue au siège de la présidence, après avoir été auditionné par la commission Bensalah.

Ouyahia veut une limitation des mandats

Ce jour-là, il fait cette proposition au nom de son parti, le RND : « Une fonction présidentielle avec un mandat de cinq années renouvelable une seule fois, disposant des pouvoirs effectifs que lui confère actuellement la Constitution, et qui soit l’arbitre du bon fonctionnement des institutions. » Tiens donc !

Le Premier ministre revient ainsi à la case de départ : il propose, ni plus, ni moins, le retour à ce fameux article 74 de la Constitution de 1996. Celle de Liamine Zeroual. Celle-là même qu’il avait supervisée en 1996, celle-là même qu’il avait défendue jusqu’à 2008 avant de la renier.

Imposture

Entre 1996 et aujourd’hui, en l’espace de 15 ans, le vaillant Ouyahia aura été constant en revirements.

Eradicateur quand il fallait lutter contre le terrorisme dans les années 1990, réconciliateur à l’heure où il fallait pactiser avec les assassins du FIS dans les 2000, libéral quand il fallait appliquer les doctrines du FMI dans les années 1990, protectionniste sur le tard… Bref, un tourne-vent.

Tout de même. On pourrait difficilement dénier à Ahmed Ouyahia quelques talents, plusieurs même.

Ceux qui le connaissent, ceux qui ont travaillé à ses côtés, ses amis, ses ennemis, voire ses irréductibles détracteurs, reconnaissent en lui un grand bucheur, un homme qui maitrise ses dossiers, un bon orateur, un fin tribun, un meneur d’hommes, un homme à poigne…

Talents

Tout cela est sans doute vrai. On ne peut accomplir un tel parcours au sommet de l’Etat- nommé trois fois chef de gouvernement (1995-1998, 2003-2006, 2008-2012)-, sans disposer de quelques talents.

Mais le personnage Ahmed Ouyahia recèle d’autres facettes, charrie d’autres défauts.

On l’a souvent affublé de divers sobriquets : girouette, opportuniste, homme des sales besognes. On peut tout aussi bien le qualifier aujourd’hui d’imposteur.

leBloggers

1 commentaire:

  1. c'est qui ce type qui se fout de la gueule de 39 million algeriens?comment ca se fait que les citoyens dorment encore?inconscient de ce qui leur arrive?au royaumes des aveugles les bornes sont rois.

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