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mardi 27 décembre 2011

L’Algérie sortira-t-elle en 2012 de l'économie rentière ?


L'année 2012 commence. Quel bilan pour 2011 et quelles sont les perspectives ? Où en sont les réformes économiques pour l’Algérie ?

L’Algérie de 2011 est en plein syndrome hollandais. Elle a exporté 98% d’hydrocarbures à l’état brut et semi-brut et elle a importé 70/75% des besoins des ménages (gonflement faramineux de la facture alimentaire entre 2008/2011 alors que le secteur agricole a absorbé des montants faramineux de plusieurs centaines de milliards de centimes algériens dans le programme du PNDA dont aucun bilan n’a été fait à ce jour) et des entreprises dont le taux d’intégration – public/privé - ne dépasse pas 15%. Entre 2004/2013 la dépense publique dépasse les 480 milliards de dollars mais toujours tiré par les hydrocarbures et à ce jour il n’y a pas de bilan ni de 2004/2009, ni des deux premières années 2010/82011 sachant que pour le programme de 2010/2013, évalué à 286 milliards de dollars, 130 sont à réaliser du programme de 2004/2009. La loi de finances 2011 a montré un important déficit budgétaire de plus de 33%, ramené en 2012 à 25% mais pour ce dernier en comprimant les dépenses d’équipement, en précisant qu’elle a été établi à 37 dollars le baril, la différence étant versée au Fonds de régulation des recettes.

Le prix réel du marché donnerait un déficit budgétaire moindre puisque le baril dépasse les 100 dollars depuis une année et pour plus de transparence dans la gestion de la dépense publique, il est souhaitable de supprimer ce Fonds de régulation et d’établir la loi de finances sur la base du cours du marché. Par ailleurs, une loi des finances n’est qu’une loi de finances, et en principe, dans les pays développés et émergents, permet de connaître seulement la différence pour l’année entre les recettes et les dépenses de l’Etat durant une année. En Algérie, malheureusement faute d’un tableau de bord à moyen long terme ce qui suppose une planification stratégique, non la planification administrative autoritaire digne des années 1970, la loi de finances devient une référence pour connaître la politique économique mais, selon une vision de court terme. Pour preuve des mesures d’une importance capitale ont été contenues dans les lois de finances 2009/2011, réorientant toute la politique économique algérienne. Cela montre l’absence d’une vision stratégique ; le gouvernement navigue à vue au gré de la conjoncture car attentif surtout au cours des hydrocarbures. Et les rapports internationaux montrent un environnement contraignant des affaires. L’Algérie dépense deux fois plus en référence à des pays similaires pour avoir deux fois moins d’impacts économiques, ce qui montre des surcoûts exorbitants. La corruption prend des proportions dangereuses menaçant la sécurité du pays. L’on peut dire que la réforme globale est bloquée pour des raisons essentiellement politiques, le blocage étant d’ordre systémique.

Pour l’année 2012 et les années à venir, il convient de se poser cette question stratégique : la crise financière mondiale aura-t-elle un impact sur l'économie algérienne ? Bien entendu qu’elle touchera l’Algérie qui connaît un répit grâce à ses réserves de change pour trois à quatre années. Le tout sous réserve d’une compression de la dépense publique avec des risques de tensions sociales. Elle touche et touchera l’Algérie mais indirectement l’Algérie qui n’a pas d’économie productive et ce par deux biais. Premièrement, en cas d’une persistance de la crise mondiale, dont des experts prévoient qu’elle atteindra un point culminant entre 2015/2016, il y aura forcément moins de demande d’hydrocarbures. Cela concernera les pays émergents, étant en interdépendance des économies qui d’ailleurs comme en Chine prépare l’après-fossile. A ce titre, rappelons la chute de 45% des recettes de Sonatrach en 2008. Le deuxième volet concerne nos réserves de change placées à l’étranger environ 94% soit plus de 155 milliards de dollars réparties environ 45% en dollars et 45% en euros. D’ailleurs le problème qui se pose : pourquoi pomper les hydrocarbures du fait de la capacité d’absorption limitée pour placer ces réserves à des rendements très faibles voire négatifs tenant compte du taux d’inflation mondial. Je ne suis pas inquiet pour les bons de trésor américains, pour les obligations allemandes ou françaises, encore qu’il faille être vigilant, mais pour les placements en Grèce, Irlande, Espagne, Italie, Portugal, pays qui connaissent une très grave crise d’endettement.

Par ailleurs selon le ministre des Finances algérien et le gouverneur avant la crise de 2008, 80% étaient placés dans des institutions garanties par les Etats et 20% étaient placés dans des banques privées AAA, taux ramenés ensuite en 2010 à 2%. Or certaines banques dites AAA ont été soit décotées ou ont fait faillite. Qu’est-il advenu des 18%, entre temps, puisque cette crise a touché tous les pays sans exception avec d’importances pertes notamment pour les pays du Golfe ? L’Algérie serait-elle une exception ? Une réponse du gouvernement algérien s’impose car ces réserves de change, autant que les réserves d’hydrocarbures sont la propriété de toute la population algérienne. Dans ce contexte, quelles sont les quelles perspectives ? Dans 16 ans, l’Algérie avec 45/50 millions d’habitants sera un importateur net de pétrole et dans 25/30 ans de gaz tenant compte à la fois de l’extrapolation des exportations et de la forte consommation intérieure et sous réserve d’une stabilisation des coûts et d’un prix directeur de gaz de 10 dollars le MBTU.

L’urgence est donc dès maintenant de préparer la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales par une gouvernance renouvelée, l’Etat de droit, la réhabilitation de l’entreprise et son fondement le savoir. Or, prenant en compte des performances de l’éducation, de la santé, de la qualité de vie, le dynamisme économique et l’environnement politique, le grand hebdomadaire financier américain Newsweek très influent dans les milieux d’affaires avec l’appui d’éminents experts internationaux dont le prix Nobel et professeur à Columbia University Joseph E. Stiglitz, McKinsey & Co, le directeur du Bureau Byron Auguste, le directeur fondateur de l’Institut de l’Université McGill pour la santé et la politique sociale et le professeur à l’université Geng Xiao, directeur de la Colombie-Global Centre Asie de l’Est, dans une enquête fouillée, vient de classer fin 2010 l’Algérie à la 85ème position sur un échantillon de 100 pays. Ce rapport montre clairement un déphasage entre le discours officiel algérien et la réalité, considérant que l’Algérie risque à terme de se vider de ses cerveaux, et donc de sa substance essentielle. La logique rentière actuelle et ce depuis de longues décennies, le système rentier n’ayant pas fondamentalement changé depuis l’indépendance politique mais de formes, intiment liée à la logique de l’extension de la sphère informelle contrôlant plus de 40% de la masse monétaire (plus de 13 milliards de dollars en 2010) en circulation et 65% des segments de produits de première nécessité freine l’émancipation d’un tissu productif concurrentiel.Actuellement tous les segments de la société algérienne faute d’une moralisation politique au sommet veulent immédiatement leurs parts de rente (distribution de salaires sans contreparties productives) ce qui ne peut que conduire le pays au suicide collectif. Nous sommes presque au dicton après nous le déluge l’essentiel est de calmer à court terme le front social. Cela nous renvoie à la société anomique analysée minutieusement par Ibn Khaldoun dans son cycle de décadence des sociétés. Comme mis en relief précédemment, il y a un blocage de la réforme globale par les tenants de la rente se limitant aux dépenses monétaires sans se préoccuper des impacts car cette réforme déplace des segments de pouvoir. L’illusion bureaucratique est de croire que des lois sont assimilables aux réformes alors que l’essentiel est une nouvelle régulation économique, politique et sociale, en fait revoir le fonctionnement de la société par une libéralisation maîtrisée comme en Chine. Pour preuve l’Algérie depuis 1986 est en transition, ni économie administrée qui a sa propre logique, ni économie de marché concurrentielle au sein d’une économie forcément ouverte car nous sommes à l’ère de la mondialisation, qui ne saurait signifier anarchie mais un rôle stratégique à l’Etat régulateur.

En résumé, l’économie étant avant tout politique, la réelle transition permettant à l’Algérie de se hisser au niveau des nations développés suppose un profond réaménagement des structures du pouvoir afin de concilier l’efficacité économique avec une profonde justice sociale. Selon mon point de vue, Etat de droit, démocratie en tenant compte des anthropologies culturelles et développement sont inextricablement liés pour un développement durable à moyen terme. Mais ce développement ne pourra se réaliser au sein de micros Etats. L’intégration économique des pays du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique qui constitue la destination économique naturelle du Maghreb en termes d’avantages comparatifs devient une urgence de l’heure. Pour conclure en espérant que l’utopie devienne réalité, étant conscient que tout processus est porté forcément soit par des forces sociales conservatrices rétrogrades ou, comme je souhaite pour un avenir radieux de l’Algérie, par des forces sociales novatrices, j’émets les souhaits suivants pour l’année 2012 : que l'Algérie sorte du syndrome hollandais et connaisse la prospérité, que l'on assiste à un renouveau des relations internationales pour un devenir solidaire entre le Nord et le Sud.

Dr Abderrahmane Mebtoul, professeur d’université

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