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jeudi 29 décembre 2011

Il refuse d’être auditionné sur le scandale de l’autoroute : Bedjaoui, ex-ministre intouchable ?


Intouchable. Il refuse de répondre aux convocations d’un juge algérien qui souhaite l’entendre dans le cadre de l’instruction concernant l’affaire de corruption présumée liée à la réalisation de l’autoroute Est-Ouest. Mais il signe la pétition en faveur du général Khaled Nezzar dans laquelle les signataires demandent à l’Etat algérien d’exercer des pressions sur la Suisse afin que les charges retenues par la justice suisse contre Nezzar soient abandonnées.

Lui c’est Mohamed Bedjaoui, 82 ans, juriste, ancien ministre des Affaires étrangères, ex-président du Conseil constitutionnel. Le hasard a voulu que son nom soit cité à plusieurs reprises dans les colonnes du quotidien El Watan ce jeudi 29 décembre 2011.

Soupçons de corruption

D’abord en page 5. Dans un article consacré à l’instruction relative aux soupçons de corruption dans le cadre du projet d’autoroute Est-Ouest (Titre : L’arrêt de la chambre d’accusation suscite des inquiétudes), le nom de Mohamed Bedjaoui revient à quatre reprises.

L’ex-chef de la diplomatie (2005-2007) est ainsi cité par des nombreux témoins et prévenus comme étant un des maillons forts de ce scandale dans lequel sont également impliqués des hommes d’affaires, des cadres du ministère des Travaux publics d’Amar Ghoul ainsi que des officiers des services de renseignements algériens.

Bedjaoui refuse de comparaitre

Convoqué à deux reprises par le magistrat instructeur pour être interrogé sur son rôle présumé, Mohamed Bedjaoui refuse de répondre aux convocations de la justice de son pays.

Ce qui fait dire aux avocats des prévenus qu’il existerait deux justices en Algérie : une pour les faibles, l’autre pour les puissants.

« Il (le magistrat, NDLR) a bien lancé un mandat d’arrêt international contre Tayeb Kouidri et Hallab Kheir, parce qu’ils n’ont pas répondu aux convocations pour être entendus. Pourquoi alors n’a-t-il pas délivré le même mandat contre l’ancien ministre des Affaires étrangères », se demandent les avocats.

Bedjaoui vieille de connaissance Falcone

Pourtant, les présomptions ainsi que les témoignages sont suffisamment lourds et accablants pour que M. Bedjaoui se mette à la disposition des magistrats chargés du dossier.

Aussi bien dans l’enquête préliminaire engagée de septembre 2008 à octobre 2009 par le DRS qu’au cours des différentes phases de l’instruction judiciaire, le nom de Mohamed Bedjaoui revient avec insistance. Comment ?

L’ex-ministre aurait introduit en Algérie le marchand d’armes franco-congolais Pierre Falcone, chef d’orchestre de cette affaire de corruption qui se chiffre à plusieurs dizaines de millions de dollars.

Falcone redistribue le fromage

Pierre Falcone faisait jouer ses connaissances auprès des responsables algériens – dont Bedjaoui, vieille connaissance nouée à l’époque où tous le deux étaient ambassadeurs à l’Unesco-, obtenait les marchés pour les Chinois de CRC –CITIC, empochait commissions et dividendes avant de redistribuer le fromage aux différents acteurs.

C’est donc sur ce rôle et les éventuels bénéfices qui en découlent que le juge souhaite entendre Mohamed Bedjaoui.

Mais M. Bedjaoui ignore les convocations autant qu’il n’a jamais démenti les allégations de trafic d’influence qui pèsent sur lui.

Bedjaoui signe pour Nezzar

En revanche, le même Mohamed Bedjaoui, juriste émérite, n’hésite pas à apporter son soutien à l’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar. C’est en page 8 et 9 d’El Watan.

Le nom de Mohamed Bedjaoui y figure à la 26e position sur une longue liste de signataires qui comporte 177 noms.

Les signataires de la pétition, largement diffusée dans la presse algérienne, dénoncent l’interpellation et l’audition, jeudi 20 et vendredi 21 octobre 2011 à Genève, par la procureure fédérale de la Confédération helvétique du général Nezzar et son inculpation pour « suspicion de crimes de guerre ».

Quid du principe de la séparation des pouvoirs

Ils en appellent dès lors « aux responsables de l’Etat algérien pour prendre toute mesure dictée par les circonstances et prier le gouvernement de la Confédération helvétique d’agir dans les délais opportuns, pour mettre un terme à une procédure que ne justifient ni la réalité des faits invoqués, ni les principes du droit international. »

Comment donc l’ex- ministre, l’avocat, le constitutionnaliste Mohamed Bedjaoui peut-il ignorer la justice de son pays qui souhaite l’auditionner dans le cadre d'une affaire de corruption présumée et demander au même temps à l’Etat algérien d’exercer des pressions sur le gouvernement suisse, llequel devrait, au mépris et en violation du principe de séparation des pouvoirs, ordonner aux juges de mettre un terme à la procédure visant Khaled Nezzar ?

leBloggers

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