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jeudi 29 décembre 2011

Algérie : La police refuse d'enregistrer sa plainte, Mohamed se transforme en torche humaine


Une nouvelle tentative d’immolation. Reghisse Mohamed, un jeune lycéen âgé de 18 ans, a tenté de s'immoler par le feu après s'être vu refuser le dépôt de sa plainte par un policier à Ouargla (800 km au sud d'Alger). Selon le témoignage de son frère Adel, interrogé par DNA, Mohamed a été poussé au suicide par les autorités qui l’ont rabroué et méprisé. Evacué à Alger, le jeune homme est toujours dans un état critique.

L’affaire remonte au 18 décembre dernier. Mohamed, qui a récemment acheté une moto chez une de ses connaissances, est arrêté devant un parage de police. Les policiers lui réclament les papiers de la moto. Mohamed explique que le propriétaire ne lui a pas fourni les documents. On le somme donc de ramener les papiers avant de récupérer son bien.

Devant le refus du vendeur de lui fournir les pièces administratives, Mohamed décide de porter plainte contre lui.

Lorsqu’il se présente devant le commissariat du 7eme arrondissement, il est rabroué.

Chez les gendarmes, on lui demande de détaler. Devant le refus des services de sécurité d’enregistrer sa plainte et face à l’accueil méprisant auquel il a eu droit, Mohamed menace de se suicider. « Si vous ne prenez pas ma plainte, je vais me brûler », dit-il aux policiers. On lui rit au nez.

Adel, son frère, raconte : « Un policier lui a dit "Tu n’as pas de piston et tu n’es pas capable de te mettre le feu". Ils l'ont provoqué.»

Le jeune lycéen quitte le commissariat, y revient avec un bidon d’essence, craque une allumette et se transforme en torche humaine devant les policiers.

Ce n’est que le soir que son frère Adèl apprend la nouvelle. Celui-ci cherche la victime dans plusieurs hôpitaux avant de le retrouver brûlé au 3eme degré. « Ils ont voulu le cacher pour que le scandale n’éclate pas », affirme Adel.

Celui-ci veut alors porter plainte. Au bureau du procureur de la république, on lui demande d’aller voir ailleurs. « Ils m’ont dégagé comme un misérable, raconte-t-il encore. A la wilaya, personne n’a pas voulu me recevoir ou m’écouter. On dirait que nous ne sommes pas des Algériens comme eux... »

Pendant ce temps-là, Mohamed ne bénéficie pas des soins adaptés aux grands brûlés. « C’est moi qui lui ai changé ses pansements et soigné ses brûlures, témoigne Adel. Il hurlait de douleurs. Les infirmiers et les médecins ne voulaient pas soigner mon frère. Pourquoi cette hogra ?! »

Mohamed a finalement été transféré à l'hôpital de Douéra, dans la banlieue d’Alger après 9 jours d’hospitalisation à Ouargla.

Bien qu’il soit capable de reconnaitre ses proches venus à son chevet, le jeune lycéen demeure dans un état critique.

Depuis janvier 2011, on recense plusieurs dizaines de tentatives d'immolation par le feu, dont un nombre indéterminé ont été mortelles.

Abdellah Kebaïli, 25 ans, avocat au chômage qui s'est immolé le 14 novembre dernier au sein même de la Direction de l'emploi de la wilaya d’Ouargla, est décédé 21 novembre 2011 au Centre des brûlés de l’Avenue pasteur (Alger-Centre).

Diplômé de droit, titulaire d'un CAPA, l'avocat n'a pas réussi à trouver un emploi en dépit de ses multiples démarches auprès de l'administration.

Au mois d’octobre, ce sont deux personnes, une mère de famille, Gasmi Mama et un policier, Belhadj Djelloul Ahmed, ont succombé à leurs brûlures dans la cité des Amandiers, à Oran, à 450 kms à l’ouest d’Alger.

Le 17 décembre 2010, un jeune diplômé tunisien au chômage, Mohamed Bouazizi, est mort après s'être immolé par le feu.

Son suicide a provoqué la révolution qui a chassé Ben Ali au pouvoir depuis 23 ans.

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