Page d’accueil

mercredi 5 octobre 2011

Le système rentier algérien, une source de tensions sociales et économiques


Il est unanimement admis par les analystes sérieux, privilégiant uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie, qu’un changement de lois n’apporterait rien de nouveau si l’on maintient le cap de l’actuelle gouvernance politique et économique. La suite :

Les conditions de l’amélioration sociale en Algérie

On a l’impression que le pouvoir actuel face aux bouleversements mondiaux et des tensions qui touchent tous les secteurs en même temps est tétanisé. Il est en panne d’imagination. L’urgence d’approfondir la réforme globale en Algérie (du fait de rapports de forces contradictoires au sommet du pouvoir qui se neutralisent, renvoyant au partage de la rente) doit reposer sur le travail et l’intelligence afin de redonner une lueur d’espoir, surtout à une jeunesse désabusée en conciliant l’efficacité économique par plus de rigueur budgétaire et la justice sociale. La réussite est avant tout non celle d’une femme ou homme seul (il n’existe plus de femmes et d’hommes providentiels et selon l’adage militaire nul n’est indispensable) mais celle d’une équipe compétente soudée animée d’une profonde moralité avec une lettre de mission à exécuter dans les délais et des coûts internationaux les projets mis en œuvre.

C’est que la situation actuelle en Algérie montre clairement (sauf à ceux qui vont dans l’autosatisfaction déconnectés des réalités sociales), une très forte démobilisation populaire due à ces signes extérieurs de richesses souvent non justifiées, la détérioration du niveau et genre de vie de la majorité de la population malgré des réserves de change dépassant de 175 milliards de dollars fin juin 2011 dont 154 milliards de dollars placés à l’étranger à des taux d’intérêts nuls pondérés par l’inflation mondiale et donc pourquoi donc continuer à épuiser la ressource éphémère que sont les hydrocarbures si les capacités d’absorbation sont limitées .

Ces réserves de change ne sont pas un signe de développement, ils sont dues non au travail mais à des facteurs exogènes à la différence de la Chine, pouvant conduire le pays au syndrome hollandais avec une corruption généralisée, des dépenses non proportionnelles aux impacts, les rapports internationaux montant que l’Algérie dépense deux fois plus pour avoir deux fois de résultats moindres par rapport à des pays similaires. Et comme le démontre les moins de 2 % des exportations hors hydrocarbures entre 2006/2011, un taux de croissance relativement faible tiré essentiellement par les dépenses publiques en récession (plus de 5 % entre 2004/2005, 1,8 % en 2006¸ moins de 3 % en 2007 et inférieur à 4 % entre 2008/ 2011,( le FMI prévoir 3% en 2012), les 80% des segments hors hydrocarbures étant eux mêmes tirés par la dépense publique.

Le programme de soutien à la relance économique est passé de 55 milliards de dollars en 2004, à 100 milliards fin 2005, à 140 fin 2006 et 200 milliards de dollars fin 2009 et sur les 286 milliards de dollars programmé entre 2010/2014, 130 sont des restes à réaliser du programme 2004/2009 (mauvaise gestion, corruption, projets mal ciblés, etc). Comme suite logique de la mauvaise gestion et de la corruption qui s’est socialisée et des tensions sociales que l’on essaie de tempérer à travers une redistribution désordonnée de la rente des hydrocarbures, des salaires versées sans contreparties productives pour calmer transitoirement le front social, mais avec le risque d’une hyperinflation à terme, que l‘on comprime artificiellement par des subventions mal gérées et mal ciblées. Cela ne peut durer indéfiniment quitte à conduire le pays à la dérive.

La condition de l’amélioration sociale passe par un retour à la croissance hors hydrocarbures qui reste tributaire de deux conditions complémentaires : - la réhabilitation de l’entreprise, la levée des contraintes d’investissement passant par la refonte urgente du système financier, fiscal, douanier, domanial (foncier) et une détermination plus grande par une vision plus cohérente de la réalisation du programme des réformes

- sur le plan sociopolitique déterminant, cela passe par la refonte de l’Etat, une véritable décentralisation, la production d’une culture politique participative, une communication institutionnelle efficiente et l’élaboration d’un nouveau consensus social et politique (ce qui ne signifie aucunement unanimisme, signe de la décadence de toute société) permettant de dégager une majorité significative dans le corps social autour d’un véritable projet de société.

L’Algérie doit réorienter sa politique socio-économique, l’actuelle étant ruineuse pour le pays avec la dominance de la dépense publique dans les infrastructures (70%) souvent mal faites alors quelle n’est qu’un moyen du développement et des rentes aux dépends du travail. Il s‘agit d’assurer un minimum de cohésion sociale tant spatiale qu’entre les catégories socioprofessionnelles (cette injustice qui devient criarde, un Etat riche mais une population de plus en plus pauvre) et s’adapter aux enjeux de la mondialisation, l’espace euro méditerranéen et arabo-africain étant notre espace naturel, surtout que la crise mondiale actuelle préfigure d’un bouleversement géo stratégique et économique. L’intégration maghrébine et plus globalement de l’Afrique du Nord est une urgence de l’heure, devant miser sur l’Afrique. Cette adaptation est inséparable d’un Etat de droit et de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle, du respect du droit de l’homme, de la promotion de la condition féminine.

L’Algérie a toutes les potentialités pour devenir un pays pivot, conditionné par plus de réformes maîtrisées, pour une dynamisation de la production et exportations hors hydrocarbures. C’est que les observateurs neutres tant nationaux qu’internationaux tendent vers ce constat: le système algérien est bloqué avec une concentration excessive du revenu au profit d’une minorité rentière, que l’on voile par de l’activisme et des dépenses monétaires sans se préoccuper des impacts. La moralité des dirigeants est fondamentale comme facteur de mobilisation, pour un sacrifice partagé car les réformes souvent différées seront douloureuses dans les années à venir dLien’où un langage de vérité loin de la démagogie populiste. Pour cela, il s’agit de privilégier une bonne gouvernance en investissant dans des institutions démocratiques tenant compte des anthropologies culturelles, l’investissement dans le savoir en misant sur la qualité et non la quantité, richesse bien plus importante que toutes les richesses d’hydrocarbures fondement d’entreprises compétitives, ce qui suppose de profonds réaménagements politiques. Démocratie et développement dans le moyen et long terme sont dialectiquement liés. Il s’agit à tout prix d’éviter de perpétuer des comportements passés qui ne peuvent aboutir inévitablement qu’à une vision périmée avec le risque de névrose collective et une déflagration sociale.

Dr Abderrahmane Mebtoul FreeAlgérie

leBloggers

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire