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lundi 10 octobre 2011

Adel Sayad, Poursuivi pour «atteinte» au président Bouteflika


Journaliste impertinent, poète écorché vif et cyber-opposant, Adel Sayad se sent désormais l’âme d’une bête traquée.

«Par la maffia de Tébessa», dit-il, apeuré. Paniqué, craignant pour sa propre sécurité et celle de sa famille, l’auteur de l’insolent recueil Ana Lastou Bikhir (Je ne suis pas bien) a échoué hier à Alger, cherchant désespérément soutien et assistance.
Adel Sayad se dit «menacé», ciblé par un «appel au crime», désigné à la «vindicte populaire» pour avoir critiqué et croqué sur facebook des barons et potentats locaux et de hauts dirigeants du pays. Lundi 3 octobre, Adel Sayad est auditionné par la police de Tébessa suite à une plainte pour diffamation émanant de l’homme d’affaires Mohamed Djemai, député de Tébessa et vice-président de l’Assemblée populaire nationale (APN) qui lui reproche, entre autres, la distribution de tracts dénigrant sa personne.

Adel Sayad, redevenu depuis quelques jours chroniqueur à la radio de Tébessa – après avoir été débarqué de son poste de directeur de cette même station suite aux pressions d’un ancien wali de Tébessa – est aussi poursuivi pour atteinte au président Bouteflika et au ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République et secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem. Lors de son audition, les policiers lui ont montré des captures d’écran de son compte facebook où apparaissent des commentaires au vitriol postés à la suite du discours présidentiel du 15 avril portant sur les «réformes politiques». «A la sortie du commissariat, un pick-up Hilux, sans immatriculation, comme ceux qu’utilisent les contrebandiers, m’a pris en filature. Ses occupants, pour me narguer et m’intimider, arboraient des portraits du président Bouteflika», raconte-t-il. «Veut-on me faire passer pour un enragé, un ennemi de la nation, pour ensuite me liquider ?», s’interroge le journaliste.

Et d’ajouter : «Toutefois, je suis honoré qu’on me tienne de tels griefs. Et je ne m’arrêterais que lorsque Bouteflika, un homme malade qui a violé la Constitution, et Belkhadem, un islamiste wahhabite, détenteur d’un projet obscurantiste, sortiront de la vie des Algériens et jugés pour les dégâts incommensurables infligés aux générations futures !» Adel Sayad exige la «protection» de l’Etat. «Cet Etat de droit dont on se gargarise aujourd’hui, prompt à épingler internautes et petits chapardeurs, peut bien m’assurer une protection. A moins que Tébessa ne se soit véritablement ‘hors République’», ironise-t-il.

Adel Sayad, qui entame depuis peu une carrière politique au sein du Mouvement des nationalistes libres (parti en attente d’agrément), a écumé plusieurs rédactions comme chroniqueur. Le verbe haut et corrosif, il a sévi dans les colonnes de plusieurs journaux, dont le défunt hebdomadaire El Khabar Al Oussebouî, Al Djazaïr News et tout récemment pour le quotidien Al Djazaïr. Dans ses chroniques, le journaliste mettait régulièrement à nu les pratiques de la maffia locale et de ses ramifications nationales, décrivait avec des mots justes le quotidien sordide de l’Algérien de Theveste. En 2010, à Bouchebka, sa ville natale, à la frontière tunisienne, le barde a convié la presse locale et des chaînes de télévision étrangères, dont Al Arabia, pour assister à une procession funèbre symbolique. Adel Sayad a enterré tous ses ouvrages, dont un sur les milliardaires d’Algérie, et s’est mis depuis en «grève de la vie» !

Mohand Aziri Elwatan
leBloggers

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