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mardi 27 septembre 2011

Les temps sont durs pour Chakib Khelil

Quand un ministre du pétrole tousse, son prédécesseur trinque. La colère de M. Yousfi, exprimée publiquement, risque de marquer le début des ennuis pour M. Khelil



Chakib Khelil
Chakib Khelil
M. Chakib Khelil a suscité quelques doutes quand il a pris en charge le secteur de l’énergie. Nombre de spécialistes redoutaient qu’un secteur aussi vital pour l’économie du pays ne tombe entre les mains d’un homme qui avait pour seul atout d’avoir vécu dans la périphérie du chef de l’état.
Plus tard, il a soulevé de vraies inquiétudes pendant le gouvernement Benflis, quand il a voulu lancer sa propre politique de l’énergie, notamment le volet consistant à céder les champs de pétrole aux compagnies étrangères. Même les libéraux les plus convaincus, qui trouvaient la formule acceptable en temps normal, voyaient mal un pouvoir comme celui de l’Algérie céder un levier d’influence aussi sensible.
Plus tard, quand M. Chakib Khelil est revenu de lui-même sur cette loi, tout le monde a constaté la légèreté du personnage. Comment un responsable clé de l’économie du pays pouvait-il défendre une option et, le lendemain, son contraire ? Comment pouvait-il plaider une formule aussi osée, celle de la loi Khelil, et revenir pour la démanteler, et reconduire les anciennes dispositions ? Et puis, l’autre question finissait par s’imposer à tous : comment des hommes aussi légers, aussi superficiels que M. Khelil, aussi inconsistants sur le plan de la doctrine économique, comment pouvaient-ils prendre les commandes d’un secteur aussi névralgique pour le pays et y faire ce qu’ils voulaient sans aucun contre-pouvoir?

On en était alors au début du second mandat de M. Bouteflika. Tous les milieux politiques pensaient que M. Khelil était fini, et que la bonne vieille bureaucratie sécuritaire allait l’éjecter, car il ne collait pas avec son nationalisme primaire. De nombreux experts, connus pour leur pondération, étaient contraints d’intervenir pour attirer l’attention, non seulement sur les choix politiques, mais surtout sur la gabegie et l’incompétence qui dominaient dans le secteur. Un véritable feu croisé était déclenché, et le placide Yazid Zerhouni lui-même, fidèle parmi les fidèles de M. Bouteflika, écrivait une lettre pour, dit-on, se démarquer des choix de M. Khelil. La situation était donc mûre pour que le chef de l’état se débarrasse de ce serviteur encombrant qui avait fait sa vie aux Etats-Unis.
Erreur. M. Khelil continuait à sévir, malgré les échecs répétés de sa gestion. Il avait annulé ou différé des investissements de Sonelgaz : la compagnie était contrainte de procéder à de lourds délestages chaque été, quand la consommation atteignait des pics. Les pénuries traditionnelles étaient, elles aussi, revenues, et, comble pour un pays comme l’Algérie, des produits pétroliers se vendaient au marché noir!

Le chef de l’Etat ne tenait guère compte des critiques contre l’un de ses ministres préférés. Il semblait considérer les attaques contre M. Khelil comme des campagnes de déstabilisation, dans un pays où la rumeur est plus dévastatrice que l’information. Qui oserait, qui pourrait convaincre M. Bouteflika qu’il s’agissait d’actes de gestion préjudiciables, d’erreurs graves, et non de simples attaques menées dans le cadre d’une campagne hostile.
Quand finalement, M. Khelil quitte le Gouvernement, c’est un ouf de soulagement, car la dérive pouvait, enfin, être arrêtée. Mais personne ne se doutait que le mal était aussi profond. Peu à peu, les langues se déliaient, et on découvrait que le patron de Sonatrach, la compagnie symbole du pays, était impliqué dans de vulgaires actes de malversation impliquant son propre fils. Personne n’avait osé touché à ce dossier, et c’est le DRS lui-même, c’est-à-dire le cœur du pouvoir, qui menait l’enquête menant aux premières inculpations.

Quelque temps plus tard, cependant, ce qui était simplement soupçonné était confirmé par les fameux télégrammes de Wikileaks. Cette fois-ci, les choses étaient dites avec une telle brutalité qu’il était impossible d’y échapper. Chakib Khelil était désigné comme le noyau de vastes réseaux de corruption. Et ce sont les Américains eux-mêmes qui le disent, alors que M. Khelil a fait sa vie aux Etats-Unis, où il possède maisons et biens. Que les Américains l’aient lâché parce qu’il était devenu inutile, ou qu’ils aient agi pour préserver leur administration, en rendant compte de faits réels, importe peu. Le flamboyant ministre de l’Energie est jeté en pâture.


Youcef Yousfi Ministre de l’Energie et des Mines
Youcef Yousfi Ministre de l’Energie et des Mines
Pourtant, M. Khelil continue de bénéficier d’une sorte d’immunité. Il reste intouchable. Le coup de grâce est donc encore à venir. Est-ce M. Yousfi, un enfant du sérail récupéré pour succéder à M. Khelil, qui va le porter ? En tous les cas, M. Yousfi est, à son tour, monté au créneau pour enfoncer son prédécesseur. Pour souligner la gabegie, l’incompétence, les gaspillages et les mauvais choix, qui ont causé un énorme retard dans le secteur.
Même si M. Yousfi peut être vu comme un cacique du secteur, et accusé de vivre dans la nostalgie d’une toute puissante Sonatrach, il n’en demeure pas moins qu’il a fait état d’un un retard énorme dans le secteur. En matière de formation, de recherche, de nouvelles technologies, de construction des raffineries, d’engineering et d’exploration, Sonatrcah n’est plus à la page. Même dans des domaines qui étaient naguère maitrisables, elle s’est laissée distancer, à en croire le Ministre. « Il est inadmissible que 50 après l’indépendance, on ne soit pas capable de dessiner nous-mêmes un design d’une unité de réinjection, d’un pipeline ou d’une installation », a-t-il ainsi déploré.
« Nous sommes très en retard », a répété le ministre. Constat d’autant plus amer que ce retard s’est aggravé pendant la période où l’Algérie connaissait une formidable embellie financière. Et que le retard s’est creusé alors que Sonatrach doit faire face à des tâches plus complexes, dans des champs moins rentables, des puits plus profonds, qui risquent d’arriver en fLienin de vie, et dont il faut tirer le maximum. Que dire alors de l’exploration off-shore, devenue nécessaire, mais dans laquelle l’Algérie n’a aucune connaissance ?
M. Yousfi est visiblement outré. De là à en conclure que les ennuis vont commencer pour M. Khelil, il y a un pas que seule la proximité de ce dernier avec le président Bouteflika empêche de franchir.

Abed Charef LA NATION
leBloggers

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