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mercredi 10 août 2011

Rubrique L’art de la guerre. Tant qu’il y a de la guerre il y a de l’espoir. L’Italie vend à Alger un navire d’assaut amphibie d’un demi milliard d’eu


« Extrêmement positif » : c’est ainsi que Giacomo Conti (de Rifondazione comunista) -conseiller de la Fédération de la gauche et secrétaire de la présidence de la Région Ligurie- définit le fait que Fincantieri (entreprise publique, dont le secteur militaire produit en Italie et aux Etats-Unis, NdT) construira pour l’Algérie un navire d’assaut amphibie. Ce sera une bouffée d’oxygène pour les chantiers liguriens de Riva Trigoso et Muggiano, s’accordent à dire partis et syndicats. Personne ne se demande par contre pourquoi l’Algérie, qui a un taux de chômage de 30% et vient tout juste de recevoir une aide de 170 millions d’euros de l’Union européenne, en dépense environ un demi milliard pour acheter ce navire. C’est la marine italienne, qui en possède trois, qui l’explique indirectement : le bateau sert à la projection de puissance depuis la mer. Il est en mesure de débarquer, par des péniches et vedettes rapides, 350 hommes et 35 véhicules blindés, appuyés par des cannons Oto Melara (société ligure, NdT) et des hélicoptères de combat. Un navire de guerre donc, utilisable pour des opérations multinationales en Afrique du Nord ou ailleurs, et, en même temps, pour écraser d’éventuelles rébellions internes. En effet, s’accroît en Algérie la rébellion populaire contre le régime du président Bouteflika soutenu par les forces armées, qui continuent à réprimer durement les dissidents. C’est à cet appareil militaire que l’Italie fournit un des plus modernes navires de guerre. Avec, bien sûr, le placet du Pentagone : en juin, le général Carter Ham, du Commandement Africa, a été à Alger pour annoncer l’allocation d’un million de dollars annuels pour l’entraînement d’officiers algériens aux USA, tandis que le général Ahcene Tafer, commandant de l’armée algérienne, a été reçu à la U.S. Army Africa de Vicence. Le mérite de la nouvelle commande militaire pour Fincantieri revient non seulement au gouvernement Berlusconi (centre-droit, NdT) mais à celui de Prodi (centre-gauche, NdT) : en novembre 2007 il envoya en Algérie un navire de cette même série, pour en démontrer les exceptionnelles capacités. Débarqua aussi le sous-secrétaire à la Défense Lorenzo Forcieri (Démocrates de gauche, aujourd’hui Partito democratico, NdT) pour persuader le régime algérien de l’acheter. Même implication, aujourd’hui, de la part des plus hauts dirigeants du Partito democratico. Quand, en juin dernier, le ministre de la défense La Russa a projeté la réduction, de 10 à 6, des frégates Fremm que Fincantieri construit pour la marine italienne (coût 350 millions d’euros pièce), la sénatrice du Pd Roberta Pinotti, vice-présidente de la Commission Défense, a demandé au gouvernement de garder son engagement à les construire toutes les dix. Et Giacomo Conti lui a fait écho, accusant le gouvernement d’incapacité à faire des projets. Heureusement que nous avons une « gauche » engagée pour que Fincantieri construise d’autres navires de guerre (il en a jusqu’à présent construit plus de 2 mille). En assurant des emplois mais, en même temps, en faisant gonfler la dépense militaire que, ayant grimpé jusqu’à 25 milliards annuels, l’on fait payer par les travailleurs avec des coupes dans les dépenses sociales. En construisant des navires pour les guerres d’agression, comme les frégates Fremm qui, avant l’assaut amphibie, détruisent les infrastructures terrestres, à 120 Kms de distance, avec les cannons Vulcano[1]. Fabriqués par la société Oto Melara à La Spezia, où sera construit aussi le navire de guerre pour l’Algérie ; et où (c’est un hasard) Forcieri a été nommé président de l’Autorité portuaire. Pour services rendus, dont témoigne sa prestigieuse charge de vice-président du Comité atlantique italien.

par Manlio Dinucci Mondialisation.ca

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