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samedi 27 août 2011

Révolution libyenne : il ne faut jamais insulter l’avenir


Si on mène le raisonnement de certains jusqu’au bout, alors on arrive à la conclusion logique qu’il ne sert à rien d’agir ou de tenter de changer quoi que ce soit. Les jeux sont faits d’avance. Adoptons tous la position des soufis et cherchons notre salut dans la contemplation.

Le monde a toujours été dominé par des puissances : les Assyriens et Babyloniens, Les Perses, Les Égyptiens, Carthage, Rome, etc. Seulement, de temps à autre, des brèches s’ouvrent et des intrus s’y engouffrent. Ce fut le cas au 7ème siècle, quand un prophète du nom de Muhammad (saaws) apporta à un peuple de nomades ayant toujours vécu en marge de l’histoire une nouvelle façon de voir le monde et des raisons de se battre pour leurs idées. Ce fut le début d’une prodigieuse épopée.

Alors, je crois qu’il ne faut jamais insulter l’avenir. La politique n’est pas une science et il faut toujours prendre parti dans le feu de l’action. C’est ce qui fait sa valeur, car les analyses faites après coup peuvent être utiles pour les générations à venir, mais elles ne servent en rien ceux qui agissent au moment où ils doivent prendre des décisions. La seule valeur de l’analyse politique est de servir d’appui à une stratégie. Quel est la tâche historique des peuples du monde arabe aujourd’hui? N’est-ce pas de se débarrasser des régimes despotiques corrompus et prédateurs qui les étouffent? Alors pourquoi discréditer cet objectif stratégique maintenant qu’il connaît un début de réalisation sur le terrain, sous prétexte que cela sert aussi les intérêts des puissances occidentales? Et où est le mal si les intérêts des peuples du monde arabe et ceux des bourgeoisies occidentales coïncident à un certain moment de l’histoire?

Je crois qu’il faut parfois rester terre-à-terre et ne pas se perdre dans les labyrinthes et les méandres de la spéculation. Les peuples du monde arabe seraient-ils donc condamnés à refaire éternellement les mêmes erreurs? Ne seraient-ils donc pas capables d’apprendre de leurs erreurs passées et d’entamer une nouvelle ère, comme l’ont fait les peuples d’Occident au 18ème siècle? Souffriraient-ils donc d’une tare congénitale, une sorte d’inaptitude atavique à la démocratie et la liberté?

Pour ma part, je vois depuis 6 mois de jeunes Libyens se battre courageusement et affronter la mort afin de réaliser un objectif clair : chasser celui qu’ils considèrent comme un tyran qui n’a aucune légitimité. Je les ai vu progresser sur plusieurs fronts, à l’Est, à l’Ouest et au Sud de Tripoli, jusqu’à ce qu’ils prennent enfin possession de la capitale. Cette jeunesse est en train d’écrire une page douloureuse de l’histoire de son pays et de la région, pleine de sang et de larmes, mais le combat qu’elle mène est nécessaire, car personne ne peut le mener à sa place, pas même l’OTAN. Si l’OTAN l’avait voulu, Kadhafi aurait été éliminé dès les premiers jours par un bombardement ciblé ou une opération de commando. Les Occidentaux ne l’ont pas fait, car ils veulent une Libye stable qui garantisse leur approvisionnement en pétrole. C’est de bonne guerre. Seulement, en échange le peuple Libyen leur demande aujourd’hui de traiter avec les représentants qu’il aura élus, pas avec le tyran. Les dirigeants des pays occidentaux ne sont pas des monstres. Ce sont justes de bons businessmen, qui défendent leurs intérêts du mieux qu’ils peuvent. Aux peuples du monde arabe de leur montrer qu’ils ne se laisseront plus faire et que s’ils veulent avoir leur pétrole, ils doivent lâcher les tyrans. C’est là que ce trouve l’enjeu et cela vaut le coup de se battre pour arracher la victoire. C’est justement le rôle des élites de traduire cette exigence populaire dans la réalité. De ce point de vue-là, je trouve que le CNT libyen remplit sa mission correctement et tire profit de la puissance de feu de l’OTAN afin de détruire l’armée de Kadhafi.

Kadhafi, par les choix qu’il a faits et maintenus sans discontinuer depuis le début de la crise, a clairement montré qu’il était prêt à détruire la Libye toute entière et sacrifier tout son peuple afin rester au pouvoir, lui et ses enfants. Il ne mérite aucune pitié et la jeunesse libyenne doit continuer le combat jusqu’au bout afin d’éliminer toute trace de cet individu et de sa politique de destruction de toute forme de dignité et de liberté humaines, exigeant du peuple libyen, transformé par lui en un troupeau de moutons, une allégeance aveugle à sa seule personne, puis à ses enfants.

La jeunesse libyenne insurgée sortira peut-être meurtrie de ce combat sans merci qu’elle mène contre un tyran sanguinaire qui ne veut pas lâcher prise. Elle a cependant déjà réussi, car elle vient de donner le plus bel exemple de courage, de détermination et d’esprit de sacrifice aux autres peuples du monde arabe, comme l’a fait la jeunesse algérienne entre 1954 et 1962.

Cordialement


Adel H. (LQA)

leBloggers

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