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samedi 27 août 2011

Quel est l’impact de Facebook en Algérie : Des experts et des blogueurs en parlent


Face au succès régional des réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, les Algériens trainent le pas en terme de mobilisation politique et sociale. C’est le constat dressé par les intervenants à la table-ronde consacrée aux « réseaux sociaux en Algérie » et organisée dans la soirée de jeudi 25 août à Alger à l’initiative du Front des Forces Socialistes (FFS). Compte rendu.

Lors des révolutions arabes, les internautes n’avaient plus besoin de passer par les journaux traditionnels, note M. Arezki Derguini, enseignant à l’université de Sétif.

Contrairement à d’autres pays qui ont connu des révoltes populaires, ajoute-t-il, les internautes algériens ne sont pas des producteurs d’information sur les réseaux sociaux. « On ne produit pas de l’information, nous consommons de l’information », observe cet universitaire.

Outre cet écueil, M. Derguini déplore le fait que les autorités algériennes mettent les battons dans les roues du web 2.0, l’Internet participatif où l’utilisateur crée et partage les contenus. « Il nous est interdit d’évoluer au sein de communautés. Nous n’avons pas le droit de faire circuler l’information », souligne l’orateur pour qui le feu de la révolte en Algérie peut repartir à tout moment d’autant plus que « la situation est lamentable ».

Les réseaux sociaux n'ont pas mobilisés en Algérie

En janvier dernier, les réseaux sociaux n’ont pas mobilisé la population en dépit des appels à manifester lancés par plusieurs groupes créés par nombre de collectifs particulièrement sur Facebook.

M. Derguini considère que le métier de journalisme doit être réinventé, plaidant ainsi pour un journalisme de « réseaux ». « Avec les technologies de l’information, le journaliste doit travailler avec le blogueur et le militant. On ne peut plus faire du journalisme comme par le passé », conseille-t-il.

Cependant, cet enseignant-universitaire regrette que le niveau des journalistes diplômés de l’école de journalisme ne soit plus adapté au marché du travail.

Bloggeur algérien installé en France, Samir Hchicha évoque, dans une vidéo réalisée et diffusée à l’occasion de cette table-ronde, l’impact du « révolution 2.0 », comme l’a baptisée le blogueur égyptien Wael Ghonim, sur la blogosphère algérienne.

Selon lui, le nombre des inscrits à Facebook a évolué de la même manière en Tunisie qu’en Algérie depuis janvier dernier.

En Tunisie, le nombre d’utilisateurs est passé de 1,9 millions à 2,5 millions alors qu’en Algérie, on dénombre 2,4 millions contre 2,3 millions entre janvier et juin 2011, affirme Samir Hchicha.

Jusqu'à fin du mois de juillet dernier, environ 25 % de la population tunisienne (10 millions d’habitants) disposent d’un compte Facebook tandis qu’ils sont seulement 7% en Algérie (35 millions d’habitants), précise Samir.

« Les révolutions arabes ont eu un impact important sur les Algériens puisque leur nombre a explosé(…) Il y a des plus en plus d’internautes qui dénoncent les inégalités sociales et les atteintes aux droits de l’homme soit sur des vidéos ou les réseaux sociaux», dit-il en citant le cas emblématique du syndicaliste algérien Yacine Zaid

Ce blogueur constate que malgré un faible taux de pénétration, internet est devenu une résonance pour l’opinion publique. « Ce qui n’était pas le cas il y a quelques années », affirme Samir.

Il tempère en revanche s’agissant des blogs et des vidéos-blogs : l’Algérie est très en retard par rapport aux voisins marocains et tunisiens. « Il ya moins de discussion sur le web 2.0 », déplore-t-il.

Percée de Facebook

Nassim Lounes, directeur de la revue Intic, présente les résultats d’une étude réalisée en aout 2010 auprès d’un échantillon de plus de 18 000 internautes et consacrée aux usages et aux perceptions des internautes du web Algérien

Dans un chapitre relatif aux réseaux sociaux contributifs, l’étude en question, dit M .Lounes, révèle l’incontestable percée de Facebook.

Ce ne sont pas moins de 32% des internautes qui déclarent se connecter pour accéder aux réseaux sociaux. « Le grand gagnant de ce marché très porteur est sans conteste Facebook qui totalise 70% des connexions à des réseaux sociaux en Algérie », affirme l’intervenant.

Utilisé de façon plus marginale, Twitter, site de microblogging, comptabilise uniquement 12 000 d’utilisateurs en Algérie. « Très faible même si la communauté est très active. C’est un media d’élite », explique le directeur de la revue, spécialisée dans les nouvelles technologies

Le nombre d'internautes en Algérie est estimé à 6 millions. Ce nombre est jugé comme « faible » comparativement aux pays développés.

Blogueur et journaliste, Alaoua Hadji, considère que les réseaux sociaux en Algérie sont d'abord des espaces de détente. « Il y a moins d’activisme politique et culturel. Ce qui est publié est beaucoup plus du divertissement et des chamailleries », regrette-t-il.

Selon lui Facebook n’est pas à l’ origine des révolutions arabes étant seulement un « moyen » de diffusion de l’information. « En Tunisie et en Egypte, la plus part des usagers de Facebook sont des activistes politiques et des militants de droits de l’homme. Ce qui n’est pas le cas en Algérie », souligne ce journaliste pour qui le nombre de véritables blogs en Algérie est calculé sur les doigts d’une main.

Abdou Bendjoudi, membre du groupe MJIC, note, s’agissant des « medias citoyens », que l’Algérie enregistre un retard comparativement aux pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

Monopole des médias traditionnels

A l’origine de l’avènement d’une poignée de ces medias, il y a le monopole étatique exercé sur l’information et le verrouillage du champ médiatique. « Lors des émeutes de janvier dernier, l’ENTV a déformé la réalité. J’étais frustré. C’est la raison pour laquelle, on a investit Facebook en publiant des photos et des témoignages », raconte M. Bendjoudi.

Les médias citoyens peuvent jouer un rôle d’équilibrisme face à ce qu’il qualifié d’« idéologisation de l’information » par certains médias classiques.

M. Bendjoudi dont le blog est « censuré » en Algérie dénonce par ailleurs la surveillance qu’exercent les services de renseignements sur l’activité des bloggeurs sur ces réseaux.

leBloggers

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