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vendredi 12 août 2011

Plus d’un million d’emplois crées en six mois : l’Algérie a vaincu le chômage..!


Au moment où le monde est en crise, les services du premier ministre algérien, dans un communiqué repris par l’APS, annoncent la création de 1.090.435 emplois durant le premier semestre 2011, soit 181.739 emplois par mois.

Au 30 juin 2011, le taux de chômage en Algérie tendait-il vers zéro ?

Je cite la dépeche APS du lundi 8 août 2011 : « quelques 1 090 435 emplois ont été créés durant le 1er semestre de 2011, indique un bilan des services du Premier ministre ».

Donc, pour le gouvernement, la création d’emplois est ventilée ainsi : dans le cadre du dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP) 489.955 emplois ont été crées, soit 45% du total annoncé. Si l’on inclut la fonction publique avec 41 215 emplois créés, nous obtenons un taux qui approche 50% (exactement 48,73%). Selon le gouvernement, nous avons eu dans les entreprises du pays – inclues les entreprises publiques-, un recrutement de 61.831 personnes ; et si l’on prend uniquement Sonatrach et Sonelgaz 22.183 employés (alors que leurs filiales sont déjà en sureffectifs) ; 34.196 personnes dans l’agriculture et la création de 24.612 postes via les investissements financés par les banques (hors ANSEJ et hors agriculture).

Pour l’ONS et le ministre du travail, le taux de chômage s’établirait à 10,2 % fin 2010, soit une baisse de 1,1 % par rapport à 2008, contre 15 % en 2007. Ainsi en 2010, 1,072 million de personnes sont touchées par le chômage, sur une population active estimée à 10,5 millions de personnes, la population active occupée étant de 9,4 millions de personnes. Cela signifie, en supposant une demande additionnelle e 200.000 emplois durant le premier semestre 2011 (la demande est en principe de 400.000 par an avec une sousestimation de la demande féminine), que nous avons 1.272.000, moins 1.090.435, soit un total de 181.565 chômeurs au 30 juin 2011 !

Ainsi, en l’Algérie, le taux de chômage serait d’environ 1,65%, si l’on suppose que la population active est d’environ 1,1 million à la même période. Contre plus de 20% en Espagne, une moyenne européenne et américaine de plus de 9% et plus de 10% pour certains pays émergents dynamiques. Donc, il n’y a pratiquement plus de chômeurs en Algérie, devenant ainsi le pays miracle le plus développé du monde !

Pourquoi alors toutes ces tensions sociales dans toutes les régions du pays ? Il est absolument nécessaire que nos responsables visitent les wilayas d’Algérie pour vérifier leurs données, car qui n’a pas dans sa famille une ou plusieurs personnes au chômage, y compris des diplômés.

Des données fantaisistes

Ayant à eu à diriger un audit avec une équipe pluridisciplinaire exclusivement algérienne sur l’emploi et les salaires pour le compte des pouvoirs publics entre 2007/2008, je tiens à faire les remarques suivantes qui étaient déjà contenues dans ce rapport(1).

- Il existe une loi économique valable pour tout pays : le taux d’emploi est calculé en fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité. Comment avec un taux de croissance (selon les rapports internationaux) de 3 %, entre 2010/2011, contre une moyenne de moins de 3% entre 2004/2011, peut-on avoir créé autant d’emplois ?

Des calculs précis montrent clairement que sur les 6% de croissance hors hydrocarbures annoncés officiellement, 80% ont été fait par la dépense publique via les hydrocarbures et les entreprises évoluant dans le cadre des valeurs internationales contribuent à moins de 20% du produit intérieur brut. Pour preuve l’Algérie exporte 98 % en hydrocarbures brut et semi-brut et importe plus de 70% de ses besoins.

Toujours dans ce cadre, 70 % de la dépense publique ont été absorbés par les infrastructures, dont le BTPH, alors que le savoir est dévalorisé. Pour preuve le poste “services” est passé de 4 milliards de dollars en 2004 à plus de 11 milliards de dollars entre 2010/2011, avec ce paradoxe que représente la fuite des cerveaux algériens et donc la nécessité d’un recours à l’assistance étrangère.

Après la fin des chantiers en cours, que deviendront ces milliers de travailleurs qui espérent la non chute brutale du cours des hydrocarbures due à la crise mondiale et qui serait dramatique pour l’Algérie ?

Alors se posent plusieurs questions précises :

- Quelles sont les réalisations concrètes des agences de l’emploi et de l’ANDI (agence d’investissement) ?

Il ne suffit pas de donner des intentions mais bien les réalisations effectives, en distinguant la part devises et la part dinars, tant des équipements que des entrants, afin de dresser une balance devises prévisionnelle non biaisée, tenant compte de la concurrence internationale donc ouverte, et des accords internationaux que l’Algérie a ratifié en toute souveraineté.

- Quel a été le devenir des projets qui ont bénéficié des avantages financiers; combien ont réussi et combien ont fait faillite ?

Tous ces dossiers déposés par des jeunes à ANSEJ, se concrétiseront-ils par l’émergence d’entrepreneurs dynamiques alors que les entreprises déjà installées souffrent des contraintes d’environnent (bureaucratie, système financier inadapté, foncier, rareté de la main d’œuvre qualifié, etc. ) ?

A-t-on tenu compte des sureffectifs dans les administrations et entreprises publiques, de la productivité du travail en Algérie, qui selon les derniers rapports de l’OCDE est une des plus faibles au niveau du bassin méditerranéen ?

Il s’agit de ventiler les emplois à valeur ajoutée, des emplois non productifs ou faiblement productifs (commerce de détail qui connait une implosion selon le dernier recensement du registre de commerce en 2010), des emplois temporaires qui constituent le plus gros des effectifs, par exemple ceux du type faire et refaire les trottoirs ou désherber les routes.

Quelle est la structuration des effectifs recrutés par niveau de qualification, la ressource humaine étant une richesse bien plus importante que toutes les richesses en hydrocarbures ?

Quelle est la partde l’emploi informel, en distinguant les emplois à valeur ajoutée de ceux de la sphère informelle marchande spéculative dominante qui selon le Ministre du travail, représenterait plus de 25% des emplois totaux ?

Certaines estimations, en corrélation avec la masse monétaire en circulation entre 40% et 65% des segments de produits de première nécessité, évaluent la part de l’emploi informel entre 40 et 50% dans la création d‘emplois. Le taux officiel, redressé par les sureffectifs, les emplois fictifs temporaires, et non tenu compte de l’emploi dans l’informel, fait que le taux de chômage fluctuerait entre 20/25%.

Ouvrir un véritable dialogue sur les perspectives du développement

Grâce à un dialogue soutenu et à un débat serein et sans passion, je crois que le génie algérien, qui évolue favorablement dans d’autres parties du monde, est capable de trouver des solutions au chômage. Il s’agit pourtant de faire un constat sans complaisance pour pouvoir se corriger positivement. L’Algérie est une économie totalement rentière, n’ayant pas encore préparé l’après hydrocarbures alors que sa population passera dans 25/30 ans, de 36 millions à 50 millions et cela sans hydrocarbures.

Le niveau des réserves se calcule en fonction du couple coût intérieur-vecteur prix international des énergies substituables en corrélation avec les mutations mondiales énergétiques et du rythme des exportations et de la consommation intérieure. Aussi invoquer des données qui ne correspondent pas à la réalité, surtout à l’ère d’Internet où le monde est devenu une maison de verre, favorise, tant le divorce Etat/citoyens, que le discrédit de l’Algérie au niveau international.

C’est que corrigés, le taux de chômage et le taux de croissance officiel, sont des taux artificiels irrigués par la rente des hydrocarbures avec des salaires sans contreparties productives pour calmer le front social. Il en est de même pour l’inflation que l’on comprime artificiellement par des subventions généralisées et non ciblées, source de gaspillage et de fuite de produits hors des frontières, avec des impacts mitigés sur le pouvoir d’achat des algériens, faute de mécanismes clairs de régulation avec la dominance de la sphère informelle.

Cela traduit les liens dialectiques entre la logique rentière et l’extension de cette sphère informelle, loin de la nécessité de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, mais cela est un autre sujet, qui renvoie à la bonne gouvernance, que j’ai longuement abordé dans d’autres contributions à Algerie-Focus.com.

Professeur Abderrahmane MEBTOUL, éconimiste

(1)Sous la direction du professeur Abderrahmane MEBTOUL « audit avec une équipe pluridisciplinaire (démographes, sociologues, économistes) sur l’emploi et les salaires » (800 pages 2007/2008)

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