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lundi 8 août 2011

La crise financière internationale et son impact sur l’ Algérie. Interview du Pr Abderrahmane Mebtoul, président de l’ADEM


Algerie-Focus.com : Quelles sont Les causes de la dégradation de la dette souveraine américaine par la Standards & Poor’s ?

Pr Abderrahmane Mebtoul* : Pour la première fois de l’histoire des Etats-Unis, la Standard & Poor’s dégrade, le 05 aout 2011, la dette souveraine américaine de son triple AAA à AA. C’est que les thérapeutiques conjoncturelles européennes de juillet dernier et américaines du début août 2011 ne s’étaient pas attaqué à l’essence du mal qui ronge le corps social mondial, soit la suprématie de la sphère financière sur la sphère économique réelle, aisni que la distorsion entre les profits spéculatifs dominants et les salaires en baisse. Il fallait donc s’attendre à des turbulences cycliques au niveau des bourses mondiales comme cela est le cas en ce mois d ‘août 2011a vec des tensions plus fortes pour les années à venir.

L’envolée de la dette publique occidentale depuis fin 2010 explique les tensions budgétaires actuelles tant aux USA qu’en Europe mais également en Chine, c’est à dire au niveau des trois espaces économiques les plus puissants du monde. En effet, Selon les statistiques du FMI en 2010 le PIB mondial est évalué à 61 963 milliards de dollars US et selon la FED américaine la dette publique US dépasse les 14. 294 milliards de dollars, soit 97% du PIB pour une population estimée à 310 millions.

Selon Eurostat, la dette publique de l’ensemble de la communauté économique européenne des 27, représente 80% du PIB, soit 12.885 milliards de dollars pour une population d’environ 500 millions. Les USA et l’Europe, qui représentent 12% de la population mondiale, concentrent 27136 de milliards de dollars de dettes publiques, soit 45% du PIB mondial. Cela démontre une concentration excessive du PIB près de 50% pour une population ne dépassant pas 900 millions d’habitants, alors que la planète approche 7 milliards d’habitants. Car pour la Chine, pourtant deuxième puissance économique mondiale depuis 2010, le PIB totalise seulement 5.745 milliards de dollars soit 9,5% du PIB mondial; pour une population de 1,33 milliard d’habitants. La Chine qui a placé une grande partie de ses réserves de change aux USA (environ 30%, sur plus de 3400 milliards de dollars de ses réserves de change), connait une explosion de sa dette publique et un retour à l’inflation.

Concernant l’Europe, en attendant l’opérationnalité du fonds de stabilisation, le président de la BCE a proposé, pour la première fois le 08 aout 2011, de racheter les obligations de la dette italienne et espagnole après avoir avalisé celle de la grecque démontant ainsi leurs dégradations réelles.

Faut–il s’inquiéter de la dégradation de la dette américaine ?

Effectivement, il faut s’inquiéter de la dégradation de la note américaine mais comme me l’a confirmé un ami algérine Trader entre Londres, New York et Hong Kong, il s‘agit d’éviter la sinistrose car si la Standard & Poor’s a dégradé la note américaine, après l’agence chinoise, elle n’a pas pour l’instant été suivie par des agences aussi importantes que Fitch Rating et Moodys. Selon mon ami, actionnaire et conseiller financier dans des bons de trésor américains aux USA, à Londres et à Kong Kong, cette perspective historique sur les défauts de paiement et le “debt ceiling” nous renvoie à l’histoire financière, la marché ayant été augmenté 10 fois dans les dernières années sans pour autant créer cette folie que l’on observe en ce mois d’août. Si on compare le Portugal et les USA les indicateurs quasi identiques. Pour le Portugal le total debt est de 87% of GDP, les USA sont à 99% of GDP. Le déficit public portugais est 8.6% of GDP et celui US est 8.9% of GDP. Si on regarde l’histoire des dettes souveraines, la Grande Bretagne par exemple a survécu à la 2 Guerre mondiale avec une dette de 240% of GDP et il n’y a pas eu de défaut de paiement. La Russie a fait défaut en 1998 avec seulement 12.5% debt to GDP. Le Japon a le taux le plus élevée dans le monde occidental avec 200% debt to GDP ratio et malgré cela il continue à emprunter sur les marchés avec des taux d’intérêt presque nul.

Il y a risque de dépréciation de leurs valeurs en cas de non résolution structurelle de l’endettement des Etats selon plusieurs spécialistes t traders que j’ai consultés. le 7 août, les chinois ont déclaré officiellement après la dégradation de la note américaine et ce pour le court terme, (le montant selon eux devant être plus important à moyen terme), que la dépréciation est estimée à 15 milliards de dollars pour des placements de 1150 milliards de dollars en bons de trésor américains (30% de leurs réserves de change), les Japonais eux parlent 10 milliards de dollars US pour un total de placement de 1000 milliards de dollars.

Quels impacts pourrait avoir cette crise sur l’économie algérienne ?

L’Algérie ne risque rien pour le stock garanti par les Etats déposé dans les banques centrales mais se pose la question de la dépréciation sur les marchés libres en cas de revente avant terme de leurs rendements et la partie placée dans des banques privées dites AAA qui ont été décotées depuis.

Pour l’Algérie il s‘agit d’analyser les rendements, de voir si les placements l’ont été à court terme ou à moyen terme, notre Ministre des Finances ayant affirmé devant l’APN que 80% de nos réserves de change sont placées à l’étranger. Elles sont passées de 33,42 milliards de dollars en 2004, à 78,00 en 2007, puis à 143,50 , 150,100 en 2010 et enfin à 162 en juillet 2011 selon les données officielles du FMI et de la banque d’Algérie en ma possessionau, et ce y compris pour les réserves d’or, démentant ainsi les informations colportées par une certaine presse et sites d’infromation. En effet, ces derniers avancent le chiffre de 173 milliards de dollars de réserves de change dont 50 milliards de dollars en bons de trésor américains, le reste étant déposé dans les banques centrales occidentales et asiatiques et une fraction infime dans les banques internationales cotées, dites AAA.

Il faut également tenir compte des taux directeurs de la FED qui varient ente 0-0,25%, ce relèvement de la BCE (1,5% depuis avril 2011), ceux de la banque d’Angleterre (0,5%) ainsi que celui du Japon qui tend vers zéro.

La hausse prévisible des taux d’intérêts avec le risque d’un ralentissement des investissements porteurs à maturation lentes, combinée avec la dépréciation du dollar, (98 % des exportations algériennes sont en dollars et 60% des importations en euros selon mes informations) permettra t-elle de contrebalancer cette baisse ?

Cette hausse des taux d’intérêts entrainera une poussée inflationniste. Pour l’Algérie qui importe 75% de ses besoins (entreprises et ménages selon les statistiques douanières) cela signifie également la hausse de la facture des importations. Il faudrait dresser donc une balance devises à partir de différents scenarios et entamer un débat serein sur les options d’utilisation des réserves de change pour éviter des rumeurs dévastatrices nuisibles à l’Algérie. Car la monnaie est avant tout un rapport social, un rapport de confiance entre l’Etat et les citoyens. Ce qui explique l’envolée des prix des valeurs refuges où le prix de l’once d’or est passé en moyenne annuelle de 300 dollars en 2001, 400 dollars en 2004, 600 dollars en 2005, à 800/1000 dollars en 2008/2009. Entre juillet et août 2011, avec la crise grecque dans la zone euro et la crise de l’endettement américain, l’or a franchi la barre des 1.600 dollars l’once (1662,75 dollars l’once plus exactement, le 08 aout 2011) avec un cours 1 euro=1,42 dollar.

Que doit faire ?

Il faut lancer un vrai débat qui permettrait de dépasser cette crise financière et de relancer la sphère réelle au niveau mondial car du fait de l’interdépendance des économies, l’accentuation de la crise, surtout de la première puissance économique mondiale, ne peut être que planétaire. Il s‘agit de repenser le fonctionnement du système économique mondial par une nouvelle gouvernance mondiale. L’émergence d’une économie et d’une société mondialisées et la fin de la guerre froide depuis la désintégration de l’empire soviétique, remettent en cause la capacité des États-nations à faire face à ces bouleversements.

Les gouvernements à travers les États-Nations – et la crise actuelle en est la démonstration- sont désormais dans l’impossibilité de remplir leurs missions du fait de la complexification des sociétés modernes, de l’apparition de sous-systèmes fragmentés, de l’incertitude liée à l’avenir et de la crise de la représentation politique.

En l’absence d’institutions internationales réformées tenant compte des nouvelles mutations mondiales et notamment des pays émergents, capables de prendre le relais de la souveraineté étatique défaillante, le risque est que le seul régulateur social demeure les forces du marché à l’origine d’ailleurs de la crise mondiale actuelle. Aussi s’agit-il de prendre au sérieux ces turbulences en prenant des décisions d’ordre structurelles au risque d’un krach mondial pire que celui de 1929. Faute d’une remise en ordre énergique des finances publiques notamment aux USA et en Europe, il y a un fort risque d’aggravation de l’économie mondiale.

Pour le cas Algérie, le vrai débat doit porter sur une transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales renvoyant à l’approfondissement de la réforme globale. L’Algérie dans le cadre d’une intégration magrébine qui est une nécessité historique et économique, par une libéralisation maitrisée, le renouveau de la gouvernance, la valorisation de la ressource humaine, richesse bien plus importante que toutes les ressources en hydrocarbures, grâce à l’Etat régulateur stratégique et un dialogue soutenu, privilégiant uniquement les intérêts supérieurs du pays, entre les différentes forces politiques, sociales et économiques, a d’importantes potentialités pour devenir un vecteur actif au niveau de l’espace euroméditerranéen et arabo –africain, son espace social naturel.

Interview réalisé par Algerie-Focuc.Com

(*) Abderrahmane Mebtoul est économiste et préside l’Association algérienne de l’économie de marché (ADEM)

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