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mardi 23 août 2011

Il décide de rentrer au pays, mal lui en prit Les déboires d’un docteur de la Sorbonne


N’eussent été les nombreuses et insistantes demandes de ma famille et de mes amis pour que je fasse ce témoignage, je n’en aurais jamais pris l’initiative, tellement c’est humiliant d’en parler.

J’aurais préféré :
- que mon nom – porté par des gens aussi illustres que mon père et ma mère, moudjahidine qui ont tout sacrifié pour que cette situation digne des scénarios les plus obscurs de la période coloniale n’ait jamais lieu –, ne soit jamais lié à ceux-là qui se sont rendu coupables d’actes aussi irresponsables ;
- oublier et considérer ce qui m’est arrivé, juste comme un mauvais souvenir, le souvenir d’une faute, d’une horrible faute de jugement, qui m’a fait croire que les choses aient pu changer en Algérie et que moi, cadre installé à l’étranger, pourrais, comme n’ont pas arrêté de nous le marteler depuis des années les différents discoureurs politiques, prétendre, sans entrer dans le labyrinthe des interventions, du piston, du benamisme, des micmacs de tous genres, mettre mes modestes compétences au service de l’université algérienne.
Néanmoins, je vais témoigner – en défiant les personnes mises en cause dans ce qui suit de m’ester en justice si ce que je dis est faux – ne ce serait-ce que pour que les étudiants algériens sachent à qui s’en prendre et ne pas culpabiliser et affubler de tous les torts les intellectuels algériens qui ont choisi l’exil.

Aussi, pour que les citoyens en général sachent pourquoi l’université algérienne n’est plus que l’ombre d’elle-même, classée parmi les dernières d’Afrique, notamment derrière celle de Kigali au Rwanda, pour ne citer que ce pays qui a souffert de l’affreuse guerre civile que l’on sait, et enlever en l’occurrence l’argument de la décennie noire à ceux qui le mettent à toutes les sauces, et notamment pour justifier l’état actuel lamentable de notre université.

D’un autre côté, au-delà de mon cas qui relève en soi du simple détail qui pourrait à la rigueur n’intéresser que moi, c’est surtout la situation qu’il met en scène qui devrait être méditée : partout où je passe, il se dégage cette impression d’impunité, d’accaparement de la fonction publique, de sa considération comme une propriété privée par nos responsables, qui les fait se comporter comme des potentats, chacun dans son petit sultanat, sans peur ni crainte d’être inquiétés. Situation que je ne peux m’empêcher de mettre en parallèle avec celles que me rapportaient mes parents au sujet de comportements similaires de la part des caïds et autres administrateurs coloniaux envers «les indigènes». Ainsi, étant docteur en sciences du langage de l’université Paris III-Sorbonne Nouvelle, directeur de collection chez l’Harmattan à Paris, auteur et éditeur scientifique de plusieurs travaux, j’ai décidé, il y a quatre ans (en 2006), malgré les mises en garde de mes collègues et amis, de rentrer chez-moi en Algérie pour intégrer l’une des universités algériennes qui offraient des emplois en rapport avec ma spécialité.

Aussitôt les premières démarches entamées, j’ai vite fait de déchanter et de me rendre compte que je n’étais pour les différents établissements où je me rendais qu’un indésirable tentant de s’incruster, à qui il fallait à tout prix barrer le chemin.
Cela a commencé à la daïra (sous-préfecture) de Sétif dont le secrétaire général m’a traité comme on traiterait un voyou (allant jusqu’à dépasser ses attributions et me confisquer ma carte nationale pour ne me la rendre que quand il a bien voulu) parce que j’ai osé réclamer mon droit à ce qu’il applique à mon cas la loi telle qu’elle est édictée par les textes de la République algérienne et non telle qu’il la conçoit lui-même.

Ce à quoi il m’a répondu par : «Chaque administration a le droit de travailler comme elle l’entend».
Cette histoire est longue et date de plus de quatre ans. Je vous en épargne les détails dont j’ai fait cependant part dans deux courriers au wali (préfet) et au chef de daïra (sous-préfet) à l’époque sans réponse de leur part (1). Ensuite, vinrent les services des équivalences de diplômes du ministère de l’Enseignement supérieur dont l’un des agents administratifs alla jusqu’à me raccrocher au nez après m’avoir agressé verbalement parce que, une fois encore, j’avais osé réclamer que l’on m’établisse mon équivalence ou qu’on cesse de m’en faire la promesse chaque semaine pour la prochaine.Pour information, je ne reçus mon équivalence que trois mois après son dépôt alors qu’on me l’avait initialement promise pour quinze jours.

Passons. Je croyais que du côté de l’université, les choses allaient être différentes. Mal m’en prit.
J’ai présenté des demandes à plusieurs universités dont celles de Jijel, Tlemcen, Alger, Sétif desquelles je n’ai reçu aucune réponse, ou des réponses qui les arrangeaient comme pour le cas de l’université de Constantine. Seule l’université de Béjaïa me fit parvenir une réponse, mais j’aurais préféré qu’elle ne l’eût jamais fait au vu des comportements ultérieurs de ses responsables :
- Le chef du personnel, dont le rôle se limite, en principe, juste à la gestion administrative des dossiers de candidature, laissant l’acceptation ou le refus aux autorités scientifiques concernées, qui se comporte comme un véritable recruteur, se permettant de me répondre en son nom, et de me tutoyer sans m’avoir jamais vu et de me fournir de fausses informations qui m’ont fait prendre, sur leur foi, des décisions qui m’ont été très préjudiciables, dont ma démission de mon ancien travail.
- Le recteur qui ne leva pas le petit doigt après ma plainte de tels comportements et ne trouva rien de mieux à me répondre que de me proposer, après m’avoir reproché de m’adresser à son chef du personnel (2) «de les aider à perfectionner leur enseignement dans le domaine des sciences du langage du moment que je n’avais rien de mieux à faire maintenant que je suis sans travail» ; en d’autres termes : «Tant qu’à faire, profitons de cet oisif sans travail, corvéable à merci.» Ce même recteur qui ne m’a pas reçu à chaque fois que je lui ai demandé audience et qui a répondu par la voie de son chef du personnel par la négative à mes différentes demandes de recrutement dans des postes de ma spécialité (une dizaine de publiés chaque année par cette université) arguant que mon profil de formation ne répondait pas aux postes proposés.

De semblables comportements ont été aussi le fait de l’université de Sétif qui s’est permise d’ignorer mes nombreuses demandes, alors qu’elle connaît un manque flagrant de postes dans ma spécialité. Est-il normal qu’on se permette d’ignorer pendant plus de quatre ans la candidature d’un docteur de la Sorbonne alors qu’on recrute des licenciés pour encadrer de futurs licenciés (3).
Allez par exemple parler aux nouveaux diplômés du département de français de cette université et vous verrez combien leur formation a été bâclée. Je ne dis pas cela pour dénigrer les étudiants, ils n’ont eu que la formation qu’on leur a donnée, qui n’est que la juste conséquence d’une gestion abusive de notre université.

Laissez-moi enfin vous relater cette anecdote qui montre à merveille à qui voudrait s’y essayer comment on fait pour «se payer la tête» d’un linguiste algérien postulant à un poste d’enseignant chercheur, et l’envoyer balader : invité d’un forum sur Internet, le recteur de l’université de Sétif n’ayant rien trouvé à redire lorsque je le confondis devant les internautes en lui exposant mon cas, m’invita à lui faire une demande et d’attendre une réponse de sa part dans les meilleurs délais (4). Chose que j’ai faite comme l’attestent les différents courriers que nous avons échangés et où il attestait notamment la réception de mon dossier. J’ai attendu donc jusqu’au début de l’année universitaire sans réponse de sa part, et lorsque je le relançai il ne trouva rien de mieux à faire que de me répondre le week-end de l’expiration des délais et de me demander comme si de rien n’était de lui faxer une demande (encore !) alors qu’il en avait déjà au moins trois de ma part en sa possession. Belle leçon de cynisme, n’est-ce pas ?

Je vous laisse apposer les adjectifs que vous jugez adéquats devant de tels comportements. Pour moi, ce ne sont que de purs enfantillages et un manque flagrant de sérieux et d’esprit de responsabilité de la part de gens pour qui l’université algérienne n’est plus qu’une aubaine, une vanne à débiter des fonds pour financer des stages (ou, devrais-je dire, des shopping-tours dans les capitales européennes, comme j’ai eu l’occasion de le constater en France) ou des recherches qui n’ont jamais vu le jour. En somme, une poule aux œufs d’or qu’il faut tenir en otage par n’importe quel moyen et à n’importe quel prix.

Enfin, je tiens à vous préciser que si j’ai fait ce témoignage, c’était surtout pour que je comprenne le pourquoi de tels comportements, que l’on me donne une réponse, une explication, que l’on me dise franchement et sincèrement que parallèlement aux voies de recrutement normales il y avait d’autres (plus régulières) que je ne pourrai jamais satisfaire… et à ce moment-là, ce serait clair et je comprendrai. Cela dit, peut-être qu’au lieu de chercher des éléments de compréhension à mon cas, il faudrait voir dans ce qui m’est arrivé, une explication, des éléments de réponse, par une démonstration empirique, de la situation lamentable de notre université malgré les moyens colossaux qui y sont mis ; peut-être que mon cas n’est qu’une illustration de ce que d’autres chercheurs algériens ont vécu et les a fait préférer l’exil et ses tumultes à ce lieu de marginalisation, de hogra, d’accaparement, et de mesquinerie, qu’est devenue notre université.

Enfin, permettez-moi de vous citer deux expressions en usage chez nous à Sétif : «Dezz mâahoum» (pousse avec eux) et «Chki l’ Rabbi» (tu peux aller te plaindre au bon Dieu si tu veux) qui résument parfaitement cette situation, et montrent que si ces gens agissent ainsi, c’est qu’ils savent qu’il n’y a plus d’hommes (sur cette terre pour laquelle tant de valeureux hommes et femmes se sont sacrifiés) pour mettre fin à leurs agissements «malfaisants» qui font plus de dégâts que le réchauffement climatique, plus de mal que la pire des épidémies.

Note :
1) Pour information, je suis jusqu’à maintenant sans carte nationale valable parce que ce secrétaire général ne veut pas revenir sur «sa loi».
2) Comble de la mauvaise foi, lorsqu’on sait que mes demandes de recrutement lui étaient adressées (au recteur) nommément comme le veut le règlement, et que ce ne pouvait être que lui qui les a logiquement transmises à son chef du personnel et l’a chargé de prendre contact avec moi.
3) Des licenciés recrutés, je ne sais sur quel critère, qui s’«amusent» avec l’avenir de nos enfants.
4) Sachant que c’était la même réponse qu’il m’avait faite lorsque j’étais allé le voir deux années auparavant pour me plaindre que son université ne répondît pas à mes demandes.

Larbi Rabdi (Docteur es sciences du langage (Paris Sorbonne) )
ELWATAN

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