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mardi 19 juillet 2011

Ouverture des médias publics Les promesses du président de la République ont fait long feu


Trois mois après le discours du 15 avril du président Bouteflika, l’ouverture promise des médias publics n'aura pas duré très longtemps. Après quelques jours d’une timide ouverture en direction de l’opposition et de la société civile, le journal de l’ENTV a repris ses veilles habitudes : de longs sujets consacrés aux activités du président – y compris les plus insignifiantes comme les messages envoyés quotidiennement aux autres chefs d’État ou les audiences accordées à des ambassadeurs de pays africains – et à celles des ministres du gouvernement.
Certes, l’ENTV continue de diffuser parfois des sujets illustrant le mécontentement de la population lié aux problèmes quotidiens. Mais les sujets sensibles qui secouent le pays restent ignorés. L’ENTV fait l’impasse sur les émeutes qui secouent quotidiennement l’Algérie à cause des problèmes d’eau, de logement ou de coupures d’électricité. L’opposition est également nettement moins visible que durant les premiers jours qui ont suivi le discours du chef de l’État.
Illustration de ce retour en arrière, lundi, le journal de l’ENTV n’a pas soufflé mot sur le procès de Lounes Matoub à Tizi Ouzou, pourtant très attendu. Le même jour, dans un communiqué rendu public, SOS Disparus et le Collectif des familles de disparus en Algérie ont accusé la télévision nationale de continuer à faire taire leurs voix. « Les familles de disparus s’insurgent contre le refus de la chaîne de contribuer à l’instauration de débats contradictoires et démocratiques », indique le communiqué.
Dans ce document, les deux organisations rendent publique une lettre qu'elles avaient envoyé, le 30 mai dernier, à la télévision nationale en guise de mise au point aux déclarations faites par Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale pour la promotion et la protection des droits de l’Homme lors de son passage dans une émission télévisée le 20 mai. Il y avait affirmé que le dossier des milliers de disparus de la décennie noire était clos. La charte de la réconciliation nationale avait, selon lui, réglé définitivement cette question en indemnisant les familles. Des affirmations que SOS Disparus et le Collectif des familles de disparus contestent et qualifient de monologue entretenu par les médias publics.
Mais un mois et demi plus tard, les deux organisations n'ont toujours pas reçu de réponse. « Cette lettre n’a toujours pas été suivie d’effet et aucune réponse n’a été donnée malgré toutes les tentatives de rentrer en contact avec les responsables de la chaîne », expliquent‑elles dans le communiqué. SOS Disparus et le Collectif des familles de disparus rappellent le discours du chef de l’État. « Le président de la République, M. Bouteflika a luimême rappelé que la télévision algérienne était ouverte à tous les citoyens et que chaque citoyen avait le droit de s’y exprimer. Dès lors, et face à ces propos erronés et insultants à l’encontre des mères de disparus et de leur combat légitime, au nom des familles de disparu(e), Sos Disparus et le Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA) demandent à l’ENTV d’exercer leur droit de réponse dans le cadre de véritables débats », rappellent les deux associations.
Pourquoi un tel revirement, trois mois après les promesses de changement formulées par le chef de l’État ? L’attitude de l’ENTV illustre en réalité une reculade du pouvoir en matière d’ouverture politique et démocratique. En avril, le président Bouteflika avait prononcé son discours dans un contexte marqué par une forte contestation sociale et politique en Algérie conjuguée à une pression internationale notamment de la part des Américains et des Français. Depuis, la situation s’est aggravée en Libye et les pressions internationales sur Alger ont reculé. Désormais, le pouvoir veut prendre son temps pour mener les réformes promises. Les responsables algériens le laissent clairement entendre à leurs interlocuteurs étrangers.

TSA
leBloggers

1 commentaire:

  1. Vont-ils scier la branche sur laquelle ils se sont perchés ? Sont-il stupides pour se bouffer entre eux ?

    Naiveté quand tu nous tiens !

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