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dimanche 3 juillet 2011

Malgré les assurances de la compagnie pétrolière Le mystère reste entier sur le sort des tableaux disparus de Sonatrach


Où sont passés les tableaux représentant la tribu des Ouled Nails, peints par l’artiste américaine Nita Rice dans les années 30, et vendus à Sonatrach en 2004 ? C’est la question que se pose aujourd’hui son fils, le journaliste et écrivain Djelloul Marbrook.

Tout commence dans les années 30. Nita Rice est une jeune peintre américaine qui parcourt l’Europe et la rive sud de la Méditerranée. En Algérie, elle rencontre la tribu des Ouled Nails, dans la région de Bou Saada, et va vivre parmi elle pendant cinq ans. De ce séjour naîtront plusieurs dizaines de toiles de peinture à l’eau, à l’huile et de dessins. La jeune femme retourne aux États‑Unis, poursuit sa carrière et ses toiles algériennes tombent dans l’oubli.
Son fils en redécouvre une partie dans les années 80 et va passer quinze ans à réunir l’ensemble des tableaux. En 1999, peu après la mort de sa mère, il organise en Algérie une exposition d’une partie de ses toiles. Devant l’accueil enthousiaste, il décide que les Algériens doivent pouvoir avoir accès à ces œuvres et en 2004, grâce à l’action commune de la direction de Sonatrach, de Chakib Khelil et de l’ambassade d’Algérie aux États‑Unis dirigée à l’époque par idriss Jazairy, les toiles sont vendues à Sonatrach.
Mais selon Djelloul Marbrook, dont la mère avait réussi à nouer un lien particulier avec les Algériens qu’elle avait rencontrés et qui s’était toujours refusée à la tentation de l’orientalisme, largement répandu en Occident à l’époque, ce contrat était accompagné d’un accord moral non signé. Le travail de sa mère devait être exposé en permanence pour le public algérien, la collection ne devait pas être divisée et il exigeait d’être informé de ce que Sonatrach ferait de ces toiles. « Aucune de ces trois conditions n’a été écrite dans le contrat. Les participants étaient d’accord pour en faire une question d’honneur. Sonatrach n’a respecté aucune de ses promesses », écrit‑il dans sa lettre.
Et en effet, après l’arrivée des toiles sur le territoire algérien, le 17 mars 2004, il lui faudra deux ans pour avoir des nouvelles des œuvres de sa mère. Il lui aura fallu remuer ciel et terre pour obtenir des informations. Selon Sonatrach, elles sont exposées au siège de l’entreprise à Alger. Mais en réalité, seule une partie de la collection se trouve effectivement dans les bureaux de Sonatrach. Le reste a disparu. Certains accusent l’ex‑ministre de l’Énergie, Chakib Khelil, d’avoir accaparé plusieurs toiles, mais aucune preuve ne confirme ces soupçons.
Et la question demeure : où sont ces toiles et surtout pourquoi sont‑elles cachées aux Algériens ? « Il est sûr que quelqu’un est responsable pour le fait que Sonatrach n’ait pas tenu sa parole de rendre les tableaux accessibles au peuple algérien. Et il me semble que Sonatrach, avec tous ses problèmes, se serait épargnée bien des problèmes en respectant ses modestes promesses », écrit Djelloul Marbrook.
Depuis que l’histoire a été rendue publique par nos confrères du Matin, la mobilisation est en marche, notamment à Bou Saada où une pétition circule en ce moment pour demander la restitution des toiles. Pour Djelloul Marbrook, cette affaire est d’autant plus importante que le travail de sa mère représente un pont magnifique entre les États‑Unis et l’Algérie, et même plus largement avec le monde arabe. « Tous les jours livrent leur lot d’histoire sur des conflits entre le monde arabe et l’Occident, les incompréhensions et le manque de confiance. Et là, il y a une population qui réclame une partie de son histoire et de son héritage, créé avec amour pour eux par une jeune artiste américaine », écrit‑il. « L’objectif premier et l’inspiration initiale de Sonatrach ne doivent pas être ternis par son comportement par la suite et qu’elle pourrait facilement réanimer aujourd’hui. Pas seulement Sonatrach, mais aussi Idriss Jazairy et le Dr Khelil. Nous avons embarqué dans une noble entreprise et elle ne devrait pas être obscurcie par ce qui est arrivé ou ce qui n’est pas arrivé3, ajoute‑t‑il.

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