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lundi 4 juillet 2011

Ferhat Abbas, Demain se lèvera le jour


C’est une voix venue d’outre-tombe pour encourager son peuple à faire « la République démocratique » et à aller sur le chemin de la dignité et de la liberté.

Demain se lèvera le jour est l’œuvre de Ferhat Abbas, l’une des figures centrales du mouvement indépendantiste algérien. Ce livre que vient de publier Algérie-Livre Edition, l’auteur l’avait écrit alors qu’il était mis en résidence surveillée par le chef de l’Etat Houari Boumediene entre 1976 et 1979. C’est un véritable testament qui est laissé aux Algériens. Y sont consignées les recommandations, les déceptions et les espoirs de l’auteur en 1943 du Manifeste du Peuple Algérien.

Dans un style où la ferveur religieuse d’Abbas illustre sa foi en la démocratie et renforce les arguments politiques développés, celui qui a signé L’Indépendance Confisquée vilipende la dictature de son geôlier. Sans se laisser dominer par la passion, il critique sévèrement un régime qui s’est brouillé avec la réflexion et l’innovation pour croire pouvoir se rehausser aux yeux du monde en imitant les modèles politiques étrangers. Après le premier président de l’Algérie indépendante Ahmed Ben Bella qui « prit pour modèle de chef d’État Fidèle Castro », Houari Boumediene a répété les politiques soviétiques au détriment du respect des libertés collectives et individuelles, cédé au culte de la personnalité aux dépens des intérêts du peuple algérien et de la communauté du « Grand Maghreb » et a érigé la médiocrité en autorité réduisant au silence l’intelligence et le mérite.

Le fait d’avoir été écrit dans les années soixante-dix n’ôte rien à la valeur de cet ouvrage dans cette période de l’histoire où les peuples nord-africains luttent pour changer les régimes qui les étouffent depuis les indépendances. Ferhat Abbas avait de l’avance sur son temps ; le pouvoir algérien est resté figé dans l’improvisation et les intrigues militaro-financières. Ainsi, l’auteur avait prévu l’ardoise lourde que les Algériens devaient régler au prix de centaines de milliers de morts pour payer les erreurs et l’incompétence de leurs dirigeants : « Lorsqu’on viole la conscience des masses populaires, on peut s’attendre à des retours de flamme dangereux et à des convulsions mortelles. »

Pour en finir avec ce régime politique, Ferhat Abbas édifie un programme politique dont l’opposition algérienne devrait s’inspirer, tout en tenant compte de certaines nouvelles exigences imposées par quarante ans d’histoire. L’homme politique, tant redouté par la France coloniale, aborde dans son ouvrage paru à titre posthume tous les secteurs politiques qui fondent l’Etat-nation : l’économie, la diplomatie, la culture… Il s’attarde particulièrement sur l’éducation et le capital que représente la jeunesse algérienne. « Le présent n’est rien, s’il ne prépare pas l’avenir. »

Ferhat Abbas finit sur un rappel historique qui explique le titre de son ouvrage. Il insiste sur le fait que toutes les dictatures que le monde a vu naître, comme le nazisme, ont eu un dénouement favorable aux populations opprimées et ayant condamné les dictateurs à finir leur vie dans l’humiliation, voire tués. Pour lui, le régime algérien connaîtra le même sort que ces pouvoirs. « Demain se lèvera le jour » grâce à la force du peuple qui n’oublie pas les luttes et l’espoir qui ont libéré le pays du joug colonial et qui aspire à tourner le dos aux haines et aux violences du passé pour se donner la possibilité d’écrire une nouvelle histoire.

Ali Chibani culturessud




leBloggers

1 commentaire:

  1. C'est un plaisir de vous voir revenir sur ce livre prodigieux, qui mérite analyses, réflexions...et qui malgré l'écho favorable obtenu auprès des Algériens, et le record de vente de l'édition algérienne, devenu best-seller en quelques jours, il est néanmoins regrettable que les intellectuels algériens n'aient pas saisi cette occasion exceptionnelle pour analyser l'ouvrage, le commenter ou le critique, une manière aussi de revenir sur l'itinéraire politique de Ferhat Abbas. La presse algérienne idem, qui a plus parlé des mémoires de Jacques Chirac, et de "indignez-vous" de stefan Hessel.

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