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jeudi 28 juillet 2011

Femmes et Violences : Malaise dans la maison Algérie.

Régulièrement les violences à l’égard des femmes reviennent faire la une des journaux. Le temps d’une conférence de presse donnée par des militantes à propos d’une expédition punitive particulièrement odieuse1 ou à l’occasion de la publication par un service de sécurité des chiffres relatifs aux violences ciblant spécifiquement les femmes.2



Femmes et Violences : Malaise dans la maison Algérie.
Malaise social et brutalités

Les expéditions punitives contre des femmes vivant seules sont généralement perçues avec un certain malaise par une société qui ne déplore que du bout des lèvres la brutalité de la meute des « redresseurs ». L’opinion dominante reste celle d’une condamnation plus ferme des écarts de conduite de la part des femmes que de la somme des écarts cumulés qui conduit des femmes par milliers à vivre dans ou par la rue. Dans la diversité des conditions de leur production il ne semble pas qu’un seul des milliers de mouvements de protestation populaires intervenus ces dernières années ait eu pour origine une injustice ou une violence occasionnée à une femme. Est-ce à dire, une fois établie la défaillance de l’Etat, que nous sommes en présence d’une société qui proteste contre tout : sauf contre le sort fait aux femmes ?
De l’absence de protection légale à l’absence de recours face à la violence et à l’exploitation, la stigmatisation des femmes s’avère être un dérivatif bien commode. Comme si la société cernée par la déliquescence voulait se persuader qu’il pouvait encore exister une morale privée une fois que la morale publique a été réduite à néant. Et n’eut été le formidable malentendu qui tient lieu de « normalité » il ya longtemps qu’on se serait rendu compte qu’une société contrainte à faire l’impasse sur le contrat politique citoyen n’a aucune chance de voir subsister le moindre contrat moral. Et encore moins de chances d’en corriger raisonnablement les déviances. Il ya plus de vingt ans alors que l’Algérie entrait dans une des périodes les plus dures de son histoire contemporaine, notamment pour les femmes, Said Chikhi écrivait : « L’oppression ne se réduit pas à une seule forme mais est caractéristique de l’ensemble de toutes les relations sociales qui forment le tissu d’une société. Les formes majeures de cette oppression peuvent être constituées par la religion, le clan, la région et le patriarcat. Ces derniers ne sont pas seulement juxtaposés mais reliés entre eux dans un processus commun d’oppression sociale. (…) Ce patriarcat public peut se caractériser par trois traits :
1/ Une mentalité collective qui considère que la violence contre les femmes- nos mères, nos sœurs, nos épouses- comme permise ou moins grave que d’autres formes de violence sociale.
2/ La proclamation théorique de l’égalité de tous devant la loi qui se transforme en son contraire : condamner les femmes à ne pas prétendre avoir accès aux droits civils dont jouissent les hommes.
3/ Une situation paradoxale qui consiste à ce que la démocratie devienne le slogan de ceux qui en ont le moins besoin et qui veulent la refuser à celles qui en ont le plus besoin. »3
Les violences contre les femmes, qui le plus souvent commencent dans un cadre domestique, font écho à des mutations sociales qui ne sont nulle part étudiées de manière à déboucher sur une véritable politique. Le cadre familial légal que le législateur continue à considérer selon une conception désincarnée ne tient aucunement compte des multiples dérèglements intervenus depuis des décennies. Rien n’est fait de manière concertée et multisectorielle pour identifier, prévenir et contrer légalement toutes sortes d’aberrations. Abandon par le conjoint des responsabilités familiales, précarité économique, détresse psychologique et sociale, sévices infligés aux enfants, brutalités contre les femmes ou contre les ascendants sont le lot quotidien de milliers voire de centaines de milliers de femmes forcées de subir dans leur corps ou dans celui de leurs enfants des horreurs que la société ne veut pas voir. Des violences le plus souvent commises en toute impunité car « les campagnes nationales » en faveur de telle journée ou de telle autre ne servent en définitive qu’à honorer un calendrier onusiendans lequel l’Algérie s’inscrit de manière purement formelle. La séparation entre l’univers des apparences et le monde des rapports réels n’étant pas un diagnostic réservé à la seule commission Bensalah.4

Femmes et Violences : Malaise dans la maison Algérie.
Une société coincée entre l’émeute et la meute.

La violence à l’égard des femmes déborde du cadre familial pour s’inscrire de manière plus large dans un contexte politique dont la régulation s’opère de manière biaisée. La logique émeutière5 qui vient remplir la vacance du politique voulue par un pouvoir qui refuse de faire de la concertation, de la médiation et du dialogue une des modalités du politique a son pendant dans l’expédition punitive contre les femmes qui, elle, va prendre lieu et place d’une politique de protection juridique absente.
Le même système de pouvoir qui refuse l’exercice politique au sein d’un espace public pacifié et régulé par des lois où pourrait s’exprimer la société, refuse aux femmes la protection juridique qui les mettrait à l’abri de la rue et de ses violences. Quitte à envoyer « la troupe » pour ramasser ensuite les pots cassés : Brigades anti- émeutes pour les exclus et meutes punitives pour les exclues. Et entre les deux quelques bandes maffieuses pour faire régner la terreur sur les trottoirs de la république.
La perversité d’une telle démarche découle essentiellement du fait qu’elle transforme l’incompétence des pouvoirs publics à résoudre des problèmes de gouvernance en violence sociale.

Fragmentation des savoirs et interactions bloquées

Cette démarche est conjointe à celle qui isole de manière bêtement bureaucratique les domaines de compétence. Le législateur légifère dans son coin, le chercheur universitaire est cantonné dans le sien, le militant est dans une autre case, l’imam s’enferme dans une exégèse qui ne tient pas compte de la société réelle ou fait feu de tout bois, et le responsable de chacun des départements concernés fait dans la gestion des clientèles et dans le meilleur des cas… de la com. Tout cela constitue un espace public fermé. Entre le problème et les multiples institutions et interactions nécessaires à sa résolution il ya le chainon manquant d’un lieu de débat et de délibération correctement informés à même d’éclairer l’opinion, autant que les pouvoirs publics, et en mesure d’orienter la décision. Pour que cette dernière soit suivie d’effet. C’est à cette seule condition qu’on peut parler de politique ou de gouvernance en matière de droits des femmes.
On peut à son aise annoncer l’adoption d’une politique de quota en termes de participation des femmes dans les partis politiques. La belle affaire ! Avec moins de 30%7 de l’électorat qui s’intéresse aux élections depuis plusieurs années on voit mal comment une telle mesure peut sortir un problème, aussi sérieux que le statut politique et social des femmes, du cercle des clientèles et impulser une quelconque dynamique au sein de la société.
D’autant que depuis des années ce ne sont plus les électeurs qui décident du résultat de l’élection mais la « chkara ». Même les plus hauts responsables6 du pays se plaignent (ponctuellement) de l’ampleur prise par la corruption dans la compétition électorale. Au point où l’expression «mercato politique8» est entrée dans les mœurs, il faudrait alors pour les 30% de candidates que la loi se propose d’imposer sur les listes des partis se battre aussi pour conquérir les 30% de la chkara.
L’association de certains mots comme : espace public- femmes-compétition-argent pose tout de suite la notion de corruption dans son acception morale la plus largement partagée. Reste juste à savoir jusqu’ à quel point la logique qui soumet le monde politique au monde de l’argent et de la corruption peut continuer à valser avec des normes d’égalité universelles dans un jeu politique national fermé. Par quelque bout que l’on prenne cette équation corruptive : des partis achetant des femmes ( en même temps que des hommes) ou des femmes achetant des voix ou des listes achetant des femmes ou des femmes achetant des listes et des voix, l’exercice met mal à l’aise dans un pays tellement malmené qu’on peut y faire croire qu’on peut tout vendre et tout acheter et garder les femmes à l’abri.

Société virtuelle contre désastre réel.

La pirouette avec laquelle le pouvoir veut en même temps garder les femmes dans un cadre juridique et social fermé par la violence tout en concédant aux normes universelles la question du quota de participation politique féminine est proprement aberrante. A moins que la fameuse Algérie utile, celle de la minorité qui avance soit celle de la « chkara » et l’autre Algérie, celle de la majorité qui recule, soit celle de la « hogra ». Chacune étant invitée à gérer ses femmes de la manière dont elle est gérée. On peut ainsi laisser se développer une société virtuelle qui débat « des avancées du droit » ou de la famille idéale dans le cadre de « nos valeurs ancestrales » tandis que la société réelle négocie sa place d’homme ou de femme dans un cadre où le seul langage qui compte est celui de la violence et des rapports de domination brute.

Salima GHEZALI La NationleBloggers

1 commentaire:

  1. thksssssssssssss pour cet article ,,, c'est un fait, une situation qui perdure et que l'on doit dénoncer bien au-delà de ce que nous percevons.
    bien trop souvent le silence et l'acceptation tacite fait force de loi et tue au jour le jour
    solidairement !!

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