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vendredi 10 juin 2011

L’Ansej détournée : Un conseiller de Bouteflika impliqué dans une escroquerie à l'emploi? Lire l'article original : L’Ansej détournée : Un conseiller


Le trafic serait piloté par un conseiller de la présidence, à parti de son bureau. L’Ansej (l’agence nationale de soutien à l’emploi de jeunes) serait victime d’un gros trafic de détournement de l’argent public. Un dispositif maffieux aurait été mis en place par de gros barons de l’informel selon une enquête menée dans quatre wilaya (Alger, Boumerdes , Oran et Mostaganem) parue ce vendredi 10 juin dans le journal El Watan Week-end sous le titre : « l’argent de l’Ansej aux mains de la mafia ».

L’enquête révèle, citant une source militaire qui a requit l’anonymat, que Mohamed Ali Boughazi, ex-ministre, conseiller du président Bouteflika et membre de la commission de consultations de Bensalah, dirigerait l’Ansej à partir de son bureau de la présidence.

«Lorsqu’elle était semi-autonome, écrit le quotidien, l’Ansej était beaucoup plus performante et opérationnelle, actuellement elle est un instrument du DRS, affiliée au département Education et régentée par Boughazi, le conseiller du président Bouteflika».

Pour l’instant ni la présidence ni le gouvernement n’ont réagit à cette information qui implique un conseiller du chef de l’Etat.

Créé en 1996, l’ANSEJ est une institution publique chargée de l’encouragement, du soutien et de l’accompagnement des jeunes chômeurs porteurs d'idée de projet de création d'entreprise. Grâce à ce dispositif, des milliers de jeunes ont pu créer des micro-entreprises. Toutefois, à en croire cette enquête, ce dispositif a été dévié à des fins carrément maffieuses.

Ainsi, cette enquête décortique le processus mis en place pour détourner les fonds engagés pour le soutien à la création d’entreprises aux profits des jeunes, notamment après les dernières mesures d’apaisement prises par le gouvernement au lendemain des émeutes de janvier dernier qui on fait 5 morts.

Ainsi le plafond des crédits sans intérêt a été revu à la hausse atteignant les 10 millions de dinars (97 000 euros), une fortune quand on sait que le SMIG en Algérie est de 15 000 dinars (140 euros)

Autres mesures décidés par le gouvernement, il y a l’extension des exonérations fiscales ou encore le rééchelonnement dans le remboursement de crédit. Les mesures privilégient aussi les entreprises créées localement dans l’attribution des marchés publics.

Selon le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, 15 000 crédits au profit des jeunes auraient été octroyés depuis janvier 2011dans le cadre de l’Ansej. Depuis la date de sa création, les crédits octroyés à travers se mécanismes sont estimés à plus de 2400 milliards de dinars (23,2 milliards d’euros).

Autant de milliards qui n’ont pas servi à la création d’entreprises plutôt au financement de projets fictifs, personnels (achat de voiture, voyages, logement…). «J’attends avec impatience l’accord de l’Ansej pour réaliser mon rêve : quitter ce pays !», confié au journal un candidat au crédit.

Une source à l’Ansej confirme. «Vous savez, les jeunes profitent des dernières mesures d’apaisement prises par l’Etat pour se remplir les poches, avoue un haut responsable de cet organisme. Rares sont les projets qui vont aboutir. La seule motivation des jeunes, c’est de décrocher le crédit bancaire et partir à l’étranger.»

Plus grave encore, des réseaux maffieux versés dans l’importation, l’extraction de sable des oueds et des plages, achats et ventes voitures seraient mêlés à cette vaste escroquerie.

Leur méthode? Engager des intermédiaires et les envoyer dans les agences Ansej pour proposer leurs services aux jeunes candidats aux crédits publics. Issam, 31 ans, travaille au noir pour le compte d’un gros commerçant d’El Hamiz, gros bourg commercial dans la banlieue est d’Alger, surnommé Dubaï.

Pour ferrer son poisson il propose à un candidat le marché suivant : monter un dossier pour ouvrir une boulangerie, lui s’occuperait des factures pro-forma, du local, etc. Issam assure à sa recrue que le prêt serait décroché en l’espace d’un mois.

En contrepartie, Issam pose ses conditions. «Une fois le chèque encaissé, nous prenons 10% du montant global de la transaction et nous récupérons aussi les registres du commerce», tranche-t-il.

Mahmoud fait partie des clients d’Issam. Il a bénéficié de son crédit Ansej, un mois plutôt. «Issam m’a beaucoup aidé et en un temps record j’ai récupéré mon argent, j’ai acheté ma voiture et je compte passer mes vacances en Turquie», révèle-t-il à El Watan.

Que deviennent les registres du commerce ? «Ces registres serviront à obtenir des marchés publics, la restauration dans les écoles, les casernes, les grandes sociétés. C’est une couverture que mon patron utilise pour ne pas être identifié et ça marche pour lui», confie à un autre intermédiaire.

Via ce trafic, l’argent de l’informel se retrouve ainsi dans le circuit du transfert illicite de devises à l’étranger. Car le trafic ne s’arrête pas uniquement aux transactions fictives de vente et d’achat. Des barons profiteraient de ce business pour masquer des transactions douteuses dans les affaires d’import-export. Et blanchir de l’argent.

Ainsi, l’importateur peut justifier devant les impôts de son business. «La plupart de ces personnes importent des conteneurs vides qui leur permettent de transférer de l’argent. Puis ils profitent des candidats de l’Ansej en leur établissant de fausses factures de produits importés. Une fois le chèque de la banque encaissé, ils fournissent à leurs clients de faux bons de livraison», explique encore El watan week end un douanier.

Le membre d’une commission de l’Ansej confirme. «J’ai établi une liste d’entreprises douteuses et je révoque les dossiers systématiquement. D’autant que ces mêmes candidats ne connaissent pas l’objet de leur projet ni les spécificités du commerce qu’ils veulent exercer. Ils mettent sur la fiche technique la facture pro forma du matériel qui coûte le plus cher et aux caractéristiques techniques compliquées. Quand vous leur demandez à quoi servent ces machines, les candidats commencent à raconter des histoires. En vérité, ils ne sont là que pour l’argent !».

A Boumerdes, l’enquête établit un lien entre la mafia locale du sable et les groupes terroristes selon des sources locales. «les candidats profitent du matériel mis à leur disposition dans le cadre de l’Ansej pour le louer ou le revendre à de tierces personnes. La nature de l’activité nécessite du matériel lourd, tels que les camions, tracteurs, tractopelles pour extraire le sable des oueds».

Un employé d’un trafiquant se confie au journal «Il fait dans l’extraction de sable des oueds et de la plage. Il a beaucoup de clients. D’ailleurs, il lui arrive de donner des rendez-vous ici. Je suis chargé de le mettre au courant de leur arrivée ».

En 2007, le colonel Barour Sahraoui, chef du groupement de la gendarmerie de Boumerdès, avait établi le lien entre la mafia du sable et les groupes terroristes du GSPC. «Il existe une complicité entre les groupes terroristes du GSPC et la mafia du sable», et de préciser que «cette alliance a été confirmée, notamment à l’est de la wilaya de Boumerdès».

Des fils des hauts responsables militaires ou civils seraient aussi de la partie selon l’enquête «Effectivement, nous avons enregistré des demandes provenant de fils de hauts responsables locaux, militaires ou civils, pour la création de leur entreprise. Ils ciblent des domaines fort rémunérateurs pour profiter des marchés publics, surtout que la nouvelle loi privilégie les entreprises créées localement pour l’octroi des marchés de l’Etat ».

Comment l’Etat compte-t-il récupérer son argent si jamais il était dans son intention de le récupérer ? Les bénéficieras comptent soit prendre la tangente soit espérer la mansuétude du gouvernement pour passer l’éponge.

En attendant, c’est un conseiller du président Bouteflika qui est nommément cité comme ayant trempé dans ce vaste trafic.

Lire l'enquête d'El Watan

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