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samedi 7 mai 2011

Une combattante de la guerre d'Algérie victime de propos "ignominieux"


Alger, Correspondance - "Sois un homme, Yacef ! Ne te cache pas, sors et viens en face de moi." A 73 ans, Louisette Ighilahriz, ancienne combattante de la guerre d'indépendance algérienne, dont le témoignage est à l'origine du "retour de mémoire" des années 2000 sur la guerre d'Algérie, se retrouve entraînée, malgré elle, dans un nouveau combat.

En marge de la présentation à Alger d'un film documentaire, Fidaiyett, consacré aux combattantes de la guerre d'indépendance, Yacef Saadi, 83 ans, ancien chef militaire de la zone autonome d'Alger, s'en est pris violemment, le 27 avril, à des "femmes qui prétendent avoir pris part à la guerre" et "excellent dans l'art de faire de la comédie".

Yacef Saadi a ciblé Louisette Ighilahriz, qui "dit avoir été torturée". "Je vous confirme qu'elle n'a aucun rapport avec la guerre de révolution", a-t-il déclaré, à la stupeur générale. Cette attaque soudaine a provoqué un tollé de la part de nombreuses figures de la guerre d'indépendance, telles Annie Steiner, Eliette Loup et Fettouma Ouzegane, qui se tenaient aux côtés de Louisette Ighilahriz, mercredi 4 mai, pour une conférence de presse.

Le matin même, Yacef Saadi avait lancé une nouvelle attaque contre Mme Ighilahriz, la sommant de montrer les "traces de balles sur son corps". Des propos "ignominieux et diffamatoires", s'est indignée Mme Ighilahriz dont le récit, à la "une" du Monde, le 20 juin 2000, a provoqué une onde de choc considérable de part et d'autre de la Méditerranée.

Le 22 juin de la même année, le général Massu a ainsi exprimé ses regrets pour l'utilisation de la torture pendant la guerre d'Algérie. Et le 23 novembre, toujours dans Le Monde, c'est le général Paul Aussaresses, alias "Commandant O", qui est passé aux aveux et a raconté comment il avait torturé et procédé à d'innombrables exécutions sommaires pendant la bataille d'Alger.

"Je n'irai pas jusqu'à me déshabiller devant l'assistance pour confondre [Yacef Saadi]", a déclaré Louisette Ighilahriz, mercredi, tout en se disant prête à accepter toute nouvelle expertise médicale. L'ancienne résistante a annoncé son intention de poursuivre Yacef Saadi en justice, avant de lui demander de se démettre de son statut de sénateur qui lui accorde l'impunité. "S'il ne démissionne pas, il ne sera qu'un lâche !", a-t-elle déclaré.

GRIÈVEMENT BLESSÉE

Issue d'une famille très engagée dans le combat nationaliste, Louisette Ighilahriz a été capturée par l'armée française en septembre 1957, après avoir été grièvement blessée par balles aux côtés de son chef de réseau, Saïd Bakel.

Transférée au siège de la 10e division parachutiste à Alger, la jeune fille, alors âgée de 20 ans, a été placée sous la garde du capitaine Graziani, torturée et violée. "C'était l'enfer, à tel point que je réclamais la mort. Un jour, Graziani m'a dit : 'voilà pour qui tu luttes !' Et il m'a montré la photo de Yacef Saadi en train de fumer le cigare, et de Zohra Drif. Tu vois bien qu'ils sont très bien traités !", a-t-elle raconté.

A mi-mots, Mme Ighilahriz a ainsi repris une thèse très répandue à Alger, mais jamais ouvertement exprimée, à savoir que Yacef Saadi a parlé trop facilement après son arrestation par l'armée française.

Mais pourquoi donc l'ancien chef de la zone autonome d'Alger s'en est-il pris ainsi, cinquante ans après, à une femme dont la participation à la guerre de libération est établie ? Beaucoup, à Alger, sont persuadés que Yacef Saadi croit avoir le monopole de l'histoire de la révolution. Il ne pardonne pas à Louisette Ighilahriz sa notoriété, ni le fait qu'elle ait brisé le tabou des viols commis par l'armée française pendant la guerre d'indépendance.

Amir Akef LeMondeleBloggers

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