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mardi 31 mai 2011

Un syndicaliste algérien interdit de séjour en France

Un syndicaliste algérien interdit de séjour en France

La France refuse un visa à l’une des figures de l’opposition algérienne, Rachid Malaoui, président du seul syndicat libre d’Algérie.

Saisi par le Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien, le tribunal administratif de Nantes doit rendre sa décision mardi 30 mai.

Durant ses longues années de combat pour la liberté en Algérie, Rachid Malaoui a appris à s’endurcir. Le président du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap) –  seul syndicat libre né dans le sillage de l’ouverture politique des années 1988-1990 qui ait survécu à tout – est une forte tête, bien encombrante pour le pouvoir algérien.

Rachid Malaoui est un proche de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme. Il est l’un des instigateurs de la création de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), organisatrice en février dernier des deux marches dans la ville d’Alger interdite de manifestations. Ce qui a presque fait trembler le pouvoir.

Mais lorsqu’il s’agit de parler de lui, Rachid Malaoui s’enfonce dans son fauteuil et lâche timidement : « C’est un peu dur. »

La longue liste des intimidations subies

Parce qu’il avait trop peur pour leur existence, sa femme et ses deux enfants ont quitté l’Algérie pour la France en 2004. Côté intimidations, Rachid Malaoui en a subi un rayon : une suspension de salaire pendant six mois, la fermeture intempestive de la salle de la Maison des syndicats l’an dernier, ou dernièrement le vol des ordinateurs dans leur nouvelle salle.

La France alourdit la liste des mauvais traitements en lui refusant un visa depuis l’automne dernier, lui interdisant par là même de voir sa famille et d’entretenir ses précieux contacts avec les syndicats européens. Le motif ? Lors d’un de ses séjours en 2006, Rachid Malaoui est subitement tombé gravement malade et a été hospitalisé en urgence.

Or, la facture hospitalière de 16 000 € qui aurait du être acquittée par la caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés d’Oran, comme le prévoit la convention internationale de sécurité sociale franco-algérienne, est restée impayée. Une brimade de plus. Et la France se retourne contre… Rachid Malaoui.

Le refus de la France d’accorder un visa est critiqué

« Alors que le G8 décide un soutien aux pays arabes, la France entrave la circulation d’un syndicaliste qui a, plus que jamais en cette période difficile, besoin de l’aide de ses partenaires européens », s’émeut Boualem Hamadache, du Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (Cisa).

Le Cisa a saisi la commission de recours contre les refus de visa, qui a, par son silence, rejeté la requête, obligeant le Cisa à se tourner vers le tribunal administratif de Nantes, lequel doit rendre sa décision mardi 30 mai.

Rachid Malaoui pourrait pourtant réclamer un titre de séjour au nom du regroupement familial. Mais il a fait le choix, pour la force et la légitimité de son combat, de rester en Algérie, à un moment crucial de l’histoire du pays qui hésite entre printemps arabe et répression.

Canaliser les énergies des manifestants

Or, si la CNCD s’est délitée au cours du printemps, « elle a créé une dynamique, les deux marches de février ont libéré les énergies et brisé la peur ». Rachid Malaoui veut entretenir le petit brin de flamme, canaliser les énergies.

Des salariés de différents secteurs économiques, dans les banques, les télécoms, etc., osent défier le syndicat unique, rouage du pouvoir pour créer leur syndicat autonome sur le modèle du Snapap. « Les demandes de création ont jusqu’à présent été refusées pour le motif non argumenté de non-conformité à la loi. »

Contrairement aux discours, l’ouverture n’est pas encore à l’ordre du jour en Algérie. C’est précisément cette lutte pour des syndicats libres que veut poursuivre Rachid Malaoui, qui devrait être réélu pour un troisième mandat après l’été.

MARIE VERDIER, à Alger

leBloggers

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