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vendredi 20 mai 2011

Révélations : La femme du ministre, le colonel et l'enterrement du mégaprojet Emaar en Algérie


C’était samedi 15 juillet 2006. Dans l’enceinte du Palais du Peuple, sur les hauteurs d’Alger, devant le président Bouteflika et un parterre de ministres, Mohamed Ben Ali El Abbar, président du Conseil d'administration du groupe émirati* Emaar, présente 5 mégaprojets qui devront faire d’Alger, la Dubaï du Maghreb. Montant de l’investissement : 30 milliards de dollars. Quatre ans plus tard, le projet est resté dans les cartons et le groupe a plié bagages. De nouvelles révélations sur ce retrait.

Gare ultra-moderne, baie avec marina, campus technologique à Sidi Abdellah, à 25 km au sud-est d'Alger, complexe de remise en forme, complexe touristique sur le littoral ouest de la capitale et mosquée, Emaar nourrissait de grandes ambitions en Algérie.

Montant du projet piloté côté algérien par le ministre de l'Industrie et de la Promotion des investissements, Abdelhamid Temmar : 30 milliards de dollars. Moins de quatre ans plus tard, en septembre 2010, le groupe venu des Emirats Arabes Unis ferme son bureau à Alger.

Pourquoi Emaar a-t-il renoncé à ces investissements - les plus importants en Algérie depuis deux décennies -, qui lui auraient ouvert les portes au Maghreb ?

Dans son livre « Bouteflika, le roitelet, le mégalomane, le chef de clan, l’intrigant... », le journaliste algérien Mohamed Sifaoui affirme que parmi les raisons qui ont poussé les émiratis à plier bagages il y a cette voracité de certains responsables algériens qui ont cherché à soutirer des avantages des émiratis.

Deux personnes sont particulièrement citées dans cet ouvrage à paraitre le 26 mai prochain en France : l’épouse du ministre Abdelhamid Temmar ainsi qu’un colonel qui officie comme secrétaire du chef d’Etat-major Gaïd Salah.

A en croire un haut cadre d’Emaar interrogé par le journaliste dont le nom n’a pas révélé, « les émiriens, à peine installés, reçurent la visite de l’épouse du ministre Temmar », écrit le journaliste. Que voulait-elle ? Une subvention.

« La bonne dame – qui possède un grand cœur – est à la tête d’une association de handicapés et a demandé aux dirigeants d’Al Emaar, sans rendez-vous préalable, une ‘subvention’ pour son association », ajoute encore l’auteur du livre.

La réponse des émiratis est négative. Cette demande, faite à deux reprises, est d’autant plus inacceptable, souligne le journaliste, qu’elle émane de l’épouse du ministre chargé de cet important dossier d’investissements. « Ce mélange des genres les choquera, d’après un cadre émirien interrogé », rajoute l’auteur.

La demande de l’épouse étant restée sans lendemain, le ministre a fait preuve de rétorsion à l’égard des investisseurs.

En effet, écrit Sifaoui, « le ministre de l’investissement décida, quelque temps plus tard, de réduire le nombre de projet, les faisant passer de cinq (…) à trois et à faire passer le coût de l’opération de 30 à 5 milliards. »

L’autre personnage qui a voulu obtenir des subsides des émiratis est un colonel qui occupe les fonctions de secrétaire du chef d’Etat-major, le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah. Quelques mois avant le départ des dirigeants d’Emaar d’Algérie, ce colonel « vint les voir dans leurs locaux. »

Objet de cette visite : une intervention pour favoriser des recrutements. « Il donnera aux émiriens, de la part de son chef, une liste de personnes à embaucher », écrit le journaliste. Cette liste, rédigée sur deux feuillets, comporte une quarantaine de personnes.

Là encore, les responsables du groupe ont opposé un refus. « Surpris par un telle démarche, les dirigeants de l’entreprise ne donneront aucune suite favorable à cette démarche », conclut Sifaoui.

Pour ce dernier, « ces agissement, la lenteur administrative, les blocages bureaucratiques, ainsi que le manque de sérieux qu’ils auraient constaté sur place, ont poussé finalement les responsables d’Al-Emaar à mettre fin à leur présence en Algérie. »

Vrai ou faux ? Les autorités algériennes expliqueront ce retrait par la crise financière internationale qui a obligé le groupe émirati à remettre en question ses investissements en Algérie.

« Emaar doit revoir un certains nombre de projets. Fondamentalement, c’est lui qui est touché. Le problème n’est pas dans l’économie algérienne. Notre économie est présentée comme une économie porteuse de croissance », affirmait en juillet 2009, le ministre algérien des Finances Karim Djoudi.

Quelles pourraient les réactions des personnes mises en cause par ces révélations ? Démentir publiquement les faits ou faire comme si de rien n’était.

* La rédaction de DNA a choisi d'utiliser le terme "émirati" alors que l'auteur du livre a opté pour "émérien"

Tayeb Belmadi DNA

leBloggers

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