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samedi 21 mai 2011

Proche et Moyen-Orient Obama : un discours historique en dehors de l’histoire


l est dommage que M. Geisser n'ait pas procédé à une revue de la presse
arabe avant de répondre aux questions de Céline Lussato. Il aurait réalisé
que là où lui décèle une approche démocratique, les peuples arabes bien au
contraire y décèlent une fois de plus un double langage teinté de mépris et
de racisme.
Outre qu'il fait de ces peuples une race distincte (le monde libre et le monde
arabe) mais en plus il se place en tuteur de ces peuples qu'il considère
encore mineurs ( "Je suis le garant de la démocratie dans le monde arabe, que
les dictateurs fassent très attention à ce qu'ils feront à leur peuple car
je suis là pour accompagner les peuples dans leur processus de
démocratisation"). Il serait très intéressant de demander à M. Obama qui de
ces peuples l'a investi de cette mission ? Sûrement pas la jeunesse arabe, et
encore moins celle du Moyen-Orient.
Après avoir soutenu sans réserve les dictatures qui brisaient les rêves de
ces jeunes, après avoir été pris de court par les mouvements de ces derniers
pour être demeuré aveugle à leurs cris de détresse, le voilà qui
s’improvise aujourd’hui protecteur de ceux qui vivaient dans la souffrance
qu’il a cautionnée et qu’il continue à cautionner là où les intérêts
de son pays ont la primauté (Arabie Saoudite, Oman, Jordanie…). Les
dictateurs auxquels il s’adresse doivent eux-mêmes sourire de ses propos.
Les révolutions tunisienne et égyptienne se sont faites sans lui et n’ont
nullement besoin que M. Obama les accompagne. La jeunesse a été plus
qu’explicite avec Mme Clinton lors de son passage dans ces deux pays. En
Tunisie, les journalistes lui ont fait comprendre qu’ils n’avaient aucune
leçon à recevoir d’elle alors qu’en Egypte les jeunes de la Place Tahrir
lui ont ouvertement signifié qu’ils refusaient de la rencontrer malgré des
appels personnels de sa part aux dissidents.
Le souvenir de la démocratisation de l’Irak et de l’Afghanistan sont
encore très présents dans les mémoires de ces peuples, souvenirs auxquels
vient s’ajouter la compréhension du véritable but de l’ »aide humanitaire
» apportée aux « insurgés libyens ». Et c’est justement les jeunesses
tunisiennes et égyptiennes qui sont les mieux placées pour en parler, elles
qui ont l’occasion de palper de près le désespoir des réfugiés libyens à
leurs frontières, réfugiés qui fuient autant les frappes de Kadhafi que de
l’Otan.

Le discours d’Obama n’apporte rien de neuf sauf qu’il est une simple
manœuvre pour cacher au monde que dans le monde arabe, les Etats-Unis sont en
perte de vitesse et que le temps ne joue plus en leur faveur. Et ce ne sont pas
les menaces faites au Président Bashar El Assad qui vont nous laisser croire à
un quelconque pouvoir sur les régimes qui ont toujours refusé de se plier à
l’hégémonie américaine. Il ne fait aucun doute que le peuple syrien a tout
à fait le droit de se révolter contre la répression exercée par le clan
Assad depuis plus de quarante ans, mais c’est à lui et à lui seul qu’il
revient de décider si son Président doit démissionner ou pas, tout comme il
revient au peuple américain et à lui seul de décider s’il va réélire M.
Obama ou pas. En bon père de famille, Papa Obama a décidé dorénavant de ne
plus discuter avec les élites mais de s’adresser directement au peuple.
Est-ce à dire que M. Obama va maintenant faire commerce avec les femmes
d’Arabie Saoudite (dont la moindre réclamation est celle de circuler
librement dans la rue ou de conduire une voiture) ? Par ces temps de crise où
l’économie américaine est au bord de la faillite, Obama osera-t-il dépasser
les Princes saoudiens, ses « grands amis « et pourvoyeurs de fond ? Pas si
sûr.
Pas si sûr pour un Président qui, non content de soutenir les monarchies non
constitutionnelles du Golfe, encourage les autres monarchies de la région à
rejoindre le cercle très fermé du Conseil de Coopération des Pays du Golfe
pour en faire le Conseil de Coopération des Monarchies du Golfe.
Pas si sûr pour un Président qui s’acharne contre le régime syrien quand
bien même celui-ci montre sa volonté d’ouverture et de réformes et qui
évoque timidement le Bahreïn où une sanglante répression a déjà fait des
centaines de morts depuis plus de trois mois.
Pas si sûr pour un Président qui demeure pieds et poings liés face à un
Israël de plus en plus arrogant, au point d’exiger d’un grand défenseur de
la laïcité de poser la reconnaissance de sa judaïcité comme condition
préalable à tout accord de paix.
Pas si sûr pour un Président qui tout en déclamant de belles paroles sur la
démocratie, ne cache pas son parti pris pour Israël, Etat le plus répressif
de la région, et omet de condamner le blocus sauvage de Gaza auquel ce pays
soumet plus d’un million et demi de personnes depuis plus six ans.

Au final le discours d’Obama n’est en rien historique. C’est bien plus un
discours en dehors de l’histoire d ans lequel l’orateur montre à quel point
il n’a pas encore pris la mesure des bouleversements en train de s’opérer
dans le monde arabe. Le15 mai, lors la commémoration de la Nakba, une large
frange de la population du Moyen-Orient lui a envoyé un message fort à travers
lequel elle lui a laissé entendre que sa façon d’aborder les problèmes du
monde arabe et particulièrement le problème palestinien est très loin de
rencontrer le consensus attendu.

Fatma BENMOSBAH
www.taamul.net

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