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lundi 23 mai 2011

Les garde-chiourmes de la politique : le DRS ou les Partis ?


Louis XIV disposait de quarante-deux galères nécessitant au moins 12 000 rameurs, voire plus en raison du taux de mortalité élevé.

Les persécutions subies par les protestants après 1685 vinrent donc à point pour alimenter la chiourme au point de commuer la peine de mort en celle de galères à perpétuité.

De combien de rameurs de la politique dispose le DRS, et quels sont ses véritables besoins en fantassins tous corps confondus, entre journalistes, mercenaires, courtisans, intermédiaires, tortionnaires, proxénètes et adeptes de la matraque et des sales besognes ?

Nous savons, et ce n’est pas l’objet de ce papier, que toutes les dictatures se nourrissent de la misère de leurs favelas et que pour les basses besognes, personne ne fait mieux le travail qu’un condamné à la mort par misère qui troque ses haillons (que d’autres théoriciens appelaient « Lumpen ») pour un uniforme flambant neuf et une matraque en bonus.

Nul besoin de se salir les mains, tant que les victimes de n’importe quel système préfèrent l´anonymat, ne s’identifient pas comme tels, ne se reconnaissent pas dans la rue et continuent de souffrir en silence et surtout chacun dans son coin.

Le tout est que la masse des souffre-douleurs et des oubliés ne prenne jamais conscience qu’elle constitue en réalité toute une classe, sédiment muet et pourvoyeur d’une drôle de main-d’œuvre sur lequel reposent les dictatures et tous les systèmes de manipulation, d’asservissement, d’aliénation et d’exploitation.

Si les victimes se reconnaissent dans la rue et ailleurs, elles deviennent très vite solidaires entre elles et non plus agressives, défiantes et antagonistes prêtes à s’entretuer pour un os, formant ainsi toute une large classe sociale qui ne peut que se muer en une force et un contrepoids, risquant de déstabiliser dangereusement les fondations et les fondements de tout un système.

C’est d’une autre catégorie de garde-chiourmes[1] qu’il s’agit ici, ceux dont le rôle et la place ont évolué, exactement comme ce fût le cas pour leurs ancêtres, les fouetteurs de Galériens, noble métier qui donna sans doute naissance à celui de « gaïd », de contremaître, de chef d’équipe et pourquoi pas justement de chef de parti politique dans une « démocratie » comme celle de l’Algiré.

Cette prononciation-label qui a rebaptisé l’Algérie est presque un concept identitaire, voir politique qui a levé le voile sur toute une génération et ses rapports aux symboles et à la réalité.

C’est nos supporters de l’équipe nationale qui nous ont appris ce vocable, des supporters représentatifs de tout un monde qui ont chanté et écrit l’Algiré comme ils le sentent le voient et l’ont appris à l’école.

Transportés pour l’occasion dans les avions de l’armée populaire nationale, ils ont été pour un temps les maîtres de la rue et la seule véritable image de l’expression populaire de l’Algiré des « one two tré ».

L’expression politique et la politique du DRS

Censée faire partie des mœurs, us et coutumes de toutes les composantes d’une société affranchie, la politique chez nous se pratique au son du clairon, dans les salles confinées et les salons parfumés où se tiennent des conclaves dont les maitres penseurs et donneurs d´ordres sont totalement déconnectés des réalités et des attentes d’un peuple déçu, bâillonné et matraqué.

Pour beaucoup d’Algériens, la politique est le meilleur moyen d´améliorer sa situation à moindre coût, trouver une place au soleil, s´octroyer un standing, s’assurer un méga salaire de député, s’enrichir, avoir des entrées dans le sérail, des avantages et des privilèges et bien sûr accepter de se nourrir sans pudeur des supplices du « ghachi » sur lesquels on fait semblant de discourir à chaque festival électoral et à chaque émeute.

Aucun espoir de changement n´est envisageable tant que la politique est bannie de nos activités, tant que l’Algérien ne se sera pas réapproprié tous les espaces d’expression, qu’il s’agisse du comité de parents d’élèves, des comités de quartier, de la mosquée, en passant par les associations, les clubs de réflexion, les corps de métiers, les syndicats ou bien sûr de ces fameux partis politiques, l’Algérien s’il souhaite s’en sortir n’a pas d’autre choix que de se réconcilier avec la politique en forçant des portes, mais pas n’importe lesquelles.

Le DRS dont certains doutent encore du rôle, a pour priorité non seulement de museler l’opposition, mais aussi et surtout de fabriquer la sienne. Cette fausse opposition qui se chargera d´endormir le peuple, de le bercer d´illusions, mais aussi de veiller à la pérennité du système en déléguant des lièvres à chaque consultation et en contrecarrant les initiatives de ceux et celles qui luttent contre la médiocrité et pour l´instauration d´un état de droit en Algérie. Une opposition parodiée qui ne doit sa survie qu’à son soutien acharné et inconditionnel à toutes les « politiques » et réformettes du DRS.

C’est une des raisons qui fait qu’on ne peut parler dans ce pays d’aucun modèle économique et d’aucune vision politique.

Quel meilleur moyen que de créer à chaque tendance, à chaque courant de pensée, à chaque expression et à chaque velléité son contretype, son clone ou sa copie, n’épargnant ni les islamistes ni les communistes, ni les nationalistes et encore moins les « droits de l’hommistes ».

Les barrages et les verrouillages de la société civile qui accompagnent ces « politiques », quand les escadrons de la mort sont en année sabbatique, commencent au bas de nos portes, sur nos trottoirs, nos cours d’école, nos mosquées et nos universités pour atteindre tous les niveaux et gangrener tous les rouages et les cercles vitaux d’une société et d’un Etat.

Des concepts sont inventés, des ennemis de la nation sont créés, des mythes sont faits et défaits, de faux héros sont fabriqués, et des plumes serviles, dociles et ambitieuses sont ainsi recrutées pour ce faire et se retrouvent propulsées au rang d’éditorialistes de haut voltige devant les portillons desquels se bousculent d’autres recrues de la politique du DRS, les dits militants des partis de l’opposition.

On finalise ce dérochage et ce décapage des circuits de la pensée critique et surtout de l’expression à coup d’autorisations, accréditations et autres agréments distribués ou rétribués aux plus méritants parmi les scribes et les cabots, lesquels se retrouvent du jour au lendemain à la tête de partis politiques, associations et autres relais divers.

Ainsi toute aspiration ou tentative de faire de la politique autrement est une chimère et les rares militants sincères sont alors condamnés à quitter la table s’ils n’ont pas été déjà vilipendés, dénigrés, salis voire éliminés.

Le climat politique se résume à une acclimatation pavlovienne aux politiques du DRS, et nos partis politiques nous prouvent chaque jour qu’ils ne sont que les gardes-chiourme des logiques du pouvoir.

Ils acceptent honteusement de s’exprimer à partir d’une capitale « épargnée » par la levée de l’état d´urgence et tels de petits chahuteurs, on les chasse de la rue pour leur offrir comme défouloir des salles de fêtes et autres espaces à spectacle.

La politique du DRS, dont la plus grande victoire est d’avoir justement anéanti, idéologisé, dénaturé et perverti la POLITIQUE est aujourd’hui dans l’impasse, car dans un contexte où ils sont sommés de changer de vitrine, ils semblent à court de cheptel.

Les eaux stagnantes qu’ils ont entretenu à coup de sale guerre contre le peuple, et par les temps qui courent, ne leur permettent plus de survivre, incapables de produire un discours politique un tant soit peu solvable, ils sont pour une fois comme nous, en sursis !

L’image de l’armée et son rôle dans le façonnage du discours politique

La mise en coupe réglée de la société sous les fourches caudines du DRS n’aurait jamais pu autant réussir si les partis politiques, leaders historiques et élites n’avaient pas tous convergé à un certain moment pour ne pas toucher à la SACRALITE de l’armée.

Pourquoi tant de pudeur, de précautions et de méandres pour parler de l’armée dans notre pays ? N´est-elle pas une « institution » comme les autres soumise à des lois et non à des hommes ? Est-elle au dessus des lois de la République ? Que craignons-nous au juste, d’être traités de Harkis, d’anti-nationaux ou carrément de traîtres ?

Sommes-nous ainsi condamnés et tenus à ce rite initiatique qui consiste à chaque fois à faire cette révérence née d’un amalgame et d’une dépravation de l’histoire et qui consiste à confondre les vaillants Moujahidines de l’intérieur habillés de Kachabia et à peine nourris avec une armée de renfrognés, de barons, de traîtres, de sous-officiers de Schmidt, de jeunes harkis anonymes et de tant d’autres qui se sont empressés de liquider les rares poches de nationalisme pour occuper le pays, usurper les symboles de nos révoltes et le drapeau de notre révolution ?

Ce n’est pas un hasard si dans notre pays, tout le monde peut violement critiquer le président ou ses ministres mais jamais oser, ne serait- ce que songer à poser une seule question à l’armée.

Toucher à l’image de l’armée, c’est déshonorer le pays, c’est cracher sur la mémoire de nos martyrs (y compris sur ceux assassinés, pardon neutralisés par le MALG ou restés sans sépulture dans les caves pourries de nos casernes pendant des années suite à un petit oubli), c’est risquer la cour martiale, c’est renier sa patrie, c’est être un DESERTEUR qui, par peur « sûrement » d’aller affronter l’ennemi, a DESOBEI et a donc TRAHI.

La fabrication du consentement et des consensus se nourrit de ce type de discours presque axiomatique, qui tel des incantations, à force d’être répétées, acquièrent valeur de démonstration.

Des lignes rouges qui pendant plus de 50 ans, en plus de la censure et de la répression inouïe, ont imposé dans le champ politique des thèmes blasphématoires.

Et c’est ainsi que toute l’opposition se fait allégrement piéger, que le manège continue de tourner et que les Algériens n’en finissent pas de galérer[2].

Une opposition toujours en charge de maintenir la cadence et qui fait aujourd’hui semblant de s’émouvoir quand les plus « éclairés » sortent de leur réserve en faisant appel aux seuls maîtres qu’ils connaissent et se retrouvent à solliciter le DRS pour venir arbitrer, déloger et restructurer le climat politique.

On en est toujours aux acclimatations !

Ce pouvoir qui n’est autre que l’annexe et l’ombre de ses services soit disant secrets et qui n’ont de secrets que leurs geôles, leurs caves et leurs fortunes. Jusqu’à quand allons-nous continuer à y voir un interlocuteur ?

Est il encore permis d’espérer quoi que ce soit de nos bourreaux et des fossoyeurs de nos espoirs, de nos libertés et de notre dignité ?

Un discours politique construit depuis 50 ans sur des thèmes factices et des martyriseurs de substitution où même lorsqu’on a le courage inouï de parler de l’armée on prend des gants et des précautions pour ne pas risquer de tomber dans le délit de lèse-majesté, usant et abusant de l’expression « institution Militaire »

La peur des peurs est non pas de désigner le DRS mais de s’en ELOIGNER et d’imaginer une vie et un discours politique construit sur autre chose que les thèses héritées et les échéanciers électoraux dictés.

Toute la matrice des revendications et des protestations dans le pays est une avalanche de doléances adressée au bon vouloir du pouvoir, aucune ne suggère ne serait ce que de façon timorée la nécessité d’en découdre avec ce fameux « Nidham ».

Comment en serait-il autrement quand la production d’idées n’est orientée que pour répondre aux attaques et aux provocations du pouvoir au lieu de s’attaquer aux fondements de ce dernier ?

Ainsi, on continue d’aller manifester devant les dites institutions du pays, alors que tout le monde sait qu’elles ne sont que des annexes sans autre pouvoir que celui d’exécuter aveuglément des ordres parfois à peine lisibles. Ces postes de commandes à la tête desquels ne sont placés que les fidèles parmi les fidèles sont dans leur rôle quand ils nous rappellent à chaque fois que les doléances du peuple ont été transmises ou à l’étude, ils s’expriment tels « des courroies de transmission » convergeant toutes vers le même MDN et ne rendant compte qu’à leurs maîtres.

Le pays est géré au jour le jour, à vue sans autre priorité que celle qui permet d’ajourner le départ des derniers survivants d’Oujda et Ghardimaou.

La seule structure qui semble opérationnelle est celle du DRS qui maintient le cap, continue d’occuper la scène par de faux débats, de fausses marches, de faux matchs [3](comme celui qui a eu lieu entre le MOC et le CSC à Constantine et où, par craintes de débordements de joie ou de colère, dirigeants et joueurs ont été sommés de veiller à ce qu’aucun but ne soit marqué), de fausses oppositions aussi inoffensives qu’inutiles et surtout de FAUX ESPOIRS de révolution.

Les faux scoops, un scandale par ci, un attentat par là, distillés et triturés grâce á la complicité et la complaisance des médias soumis, et où le foot et ses trafics de billets et de scores continue bien sûr de jouer un rôle oh ! Combien central pour distraire l’arène et son peuple (pour ne pas dire sa plèbe) de plus en plus noyé dans des problèmes sociaux aussi inextricables qu’inextinguibles, un peuple dont les émeutes ne se comptent plus, un peuple qui ne brûle plus les pneus, mais qui s’immole dans cette indifférence ténébreuse écoeurante que même les torches humaines n’ont pas pu éclairer.

C’est dans ce climat où la Harga et l’immolation, dérivatif à l´alcool et à la drogue pour « fuir » la tyrannie et la Hogra, que nos alchimistes de la politique continuent de palabrer autour de la constitution, de l’assemblée constituante et de tant d’autres sujets assujettis aux cahiers de charge et calendriers du DRS.

Les pseudo-opposants ne savent d’ailleurs toujours pas s’il faut supplier l’armée pour supplanter Bouteflika ou au contraire solliciter Bouteflika pour qu’il supplie l’armée.

Dans l´ordre ou dans le désordre, le Tsunami est à nos portes malgré toutes ces apathies, ces déprimes, ces démissions et ces déceptions, car à force de tuer dans l’œuf tout embryon de révolte et tout souffle de liberté, on finit par créer des mouvements mutants essentiellement ingérables, surtout que l’ère des chars qui tirent dans la rue est un tant soit peu révolue.

A bon entendeur salut !

Par ZA, Le 14 Mai 2011 (LQA)


[1] Le seul motif de ce type de fonctions est de STIMULER et surtout de maintenir la CADENCE et le rythme, jadis des galériens, esclaves, forçats ou autres, ensuite des ouvriers et dactylographes au service des bourgeoisies naissantes, jusqu’à toucher enfin toute les couches de la population et toutes les modes de pensée.

[2] Un hasard linguistique fait que Galérien et Algérien soient des anagrammes !

[3] Voir par exemple Le match CSCONSTANTINE-MOCONSTANTINE a-t-il été truqué par le Wali ? http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20110427224400AAMSMQC

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