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lundi 23 mai 2011

L'écrasante fortune des dictateurs


On savait que les dictateurs étaient riches, mais le printemps arabe a fourni, sur ce chapitre, quelques enseignements nouveaux. Les fortunes sont difficiles à évaluer avec précision, parce que les établissements qui les abritent, dispersés sur la planète, sont par nature peu bavards, mais les spécialistes avancent des ordres de grandeur : plusieurs dizaines de milliards de dollars pour Khadafi, près de 10 milliards pour Ben Ali, près de 5 pour Moubarak... La nouveauté, c'est l'importance de ces chiffres. La concentration croissante, dans ces pays, d'énormes fortunes entre quelques mains privées a des effets que les opinions occidentales n'avaient pas encore bien mesurés - alors que les slogans des manifestants, à Tunis comme au Caire ou à Alger, lient clairement, avec raison, la dénonciation de l'accaparement des richesses et la revendication démocratique. D'abord, parce que l'argent conforte le pouvoir politique : l'« arrosage » financier, sous des formes diverses, a permis de contenir les explosions populaires, aussi bien en Algérie que dans quelques monarchies du Golfe. Surtout, cette corruption prédatrice a des effets économiques longtemps sous-estimés : dans la liste des causes du sous-développement, elle devrait sans doute remonter à la première place. Elle se traduit par des transferts de capitaux d'une ampleur inédite - les avoirs de Ben Ali permettraient d'éponger la dette extérieure tunisienne. De façon moins directe, mais plus perverse, elle étouffe les initiatives en exigeant des tickets d'entrée décourageants et conduit à pénaliser les investisseurs nationaux : la dîme versée aux autorités est plus importante, plus discrète et plus facilement délocalisable quand elle provient d'une firme étrangère que d'un entrepreneur local. Conclusion pessimiste : pour les pays du printemps arabe en grande difficulté économique, la fuite de ces biens mal acquis, dont la restitution sera lente et partielle, représente un appauvrissement considérable. Conclusion optimiste : la chute des dictateurs supprime le principal obstacle à leur développement.


DE FAVILLA 23/05 | 07:00 Les Echos

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