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mardi 10 mai 2011

Dégagez-moi !


Vous n’avez pas cessé de crier au changement! De me harceler de critique, régime honni et illégitime par-ci! Corrompu et anti-national par-là! Bon, je reconnais que vous n’avez pas tout à fait tort, je mérite sûrement des accusations. Je fais la chasse à l’intelligence, j’ai un faible pour l’incompétence et l’ignorance, j’encourage la bêtise à grande échelle. C’est vrai aussi que je vous maltraite et vous humilie. Je vous ai confisqué vos rêves et vos richesses et fait de votre pays un immense bidonville où la vie n’a plus de sens. Je ne parle pas du Club des pins, bien sûr, c’est mon territoire et plus tard, celui des miens, incha Allah.

En tant que régime totalitaire, je pense avoir fait le tour de la nuisance pour rendre la vie insupportable sous le ciel d’Algérie. J’avoue que même moi, ça ne m’amuse plus de vous faire souffrir. D’ailleurs, il m’arrive parfois de m’écoeurer moi-même de me savoir à ce point corrompu. Cette étiquette qui me colle à la peau devient pesante et j’en ai assez de la porter devant le monde entier. Convenez que c’est loin d’être une réputation enviable, mais je l’assume… et persiste comme vous savez.

De plus, je vous ai entendu dire « y’en a marre du pouvoir! » Vous ne le savez peut-être pas, mais je vous ai aussitôt répondu, à ma façon naturellement : « Dégagez-moi! », car j’ai vraiment cru mon heure venue. Surtout après la chute de mon copain Benali. Je ne pouvais pas y croire, au commencement, mais quand mon 2e copain s’est effondré, (pauvre Moubarek qui rêvait de léguer l’Égypte à son fils) les choses devenaient sérieuses et je m’y suis préparé. À partir… bien évidemment. Je me suis dit qu’en tant que peuple opprimé depuis si longtemps, vous ne pouviez pas rater ça, vous venger de moi, votre régime politique et provoquer ma chute. D’ailleurs, je n’ai même pas pensé envoyer l’armée dans la rue quand vous avez investi quelques parcelles. Ah bien sûr, j’ai envoyé les policiers, que voulez-vous, il faut bien que la dictature s’exerce, surtout quand elle est sur le point de s’effondrer. C’est un peu le baroud d’honneur, on sait ce que c’est, c’est dans nos mœurs. Bref, j’attendais qu’une vague populaire puissante nourrie de décennies de colère vienne me déraciner du pouvoir. C’était une chance inouïe pour tous mes détracteurs, et j’étais persuadé qu’ils ne pouvaient pas se permettre le luxe de la laisser passer. Je savais qu’ils portent encore les stigmates des virus que je leur avais inoculés pour qu’ils se haïssent, se déchirent, se corrompent et se méfient les uns des autres, mais la volonté peut tout surpasser. Et les exemples des autres peuples en révoltes démontraient qu’on pouvait tout dépasser si l’objectif est d’atteindre l’ennemi commun. Et j’en suis toujours UN pour vous. N’est-ce pas?

Pourtant j’ai survécu à la vague, grâce à vous. Et grâce à vous également, je vais encore vous nuire, ainsi qu’à vos enfants, voire vos petits-enfants, peut-être, et ce, même si je suis tanné de vous soumettre. Je constate que vous ne voulez pas plus que moi le changement. Je ne peux pas vous forcer à me dégager. Si je suis encore là, c’est que vous avez plus peur du changement que de moi, le régime oppresseur. En fin de compte, il faut croire que nous sommes faits l’un pour l’autre. Pauvre Algérie!

Zehira Houfani Berfas,
Écrivaine.

Source: Algérie-Focus

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