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lundi 10 janvier 2011

Me Ali Yahia Abdenour : « Il faut mettre fin à la dictature »


08/01/2011

Ces mouvements de protestation n’ont pas de mot d’ordre et de slogans clairs et unifiés, pourquoi ?

Cette explosion nous l’attendions depuis longtemps. Elle était dans l’air du temps depuis que Abdelaziz Bouteflika, auteur d’un coup d’Etat constitutionnel, s’est adjugé un troisième mandat, envers et contre tous, et en violation manifeste des lois et règlements et de l’opinion publique. Cette explosion était prévisible. Depuis l’été, il ne se passait presque pas un jour sans qu’un quartier, une cité, une région du pays… ne flambent. Les jeunes émeutiers de Annaba jusqu’à Tlemcen manifestent pour toutes sortes de questions les concernant : logement, emploi, hogra, etc. Jusque-là, le pouvoir ne s’était pas vraiment senti menacé, il pouvait toujours colmater, mais maintenant, la donne est toute autre dès lors que ces émeutes touchent désormais la capitale du pays et gagnent les grandes villes. Elles ont accédé à une dimension nationale et bientôt elles auront une dynamique politique et sociale. Le problème le plus important aujourd’hui, c’est le social. Les Algériens le posent d’une manière désespérée. Certaines gens vivent dans l’aisance et l’opulence, d’autres survivent, vivent mal, ou ne travaillent pas ou ont des salaires qui ne couvrent pas une semaine de dépenses.

- Ces émeutes ont pris de court aussi bien le pouvoir politique que les formations de l’opposition, les syndicats et organisations autonomes de la société civile. Ces derniers semblent complètement largués, impuissants face à un mouvement sur lequel ils n’ont aucune prise…

Il ne faut pas se presser. Il faut connaître la nature des mouvements de foule. Celles-ci prennent du temps pour ramasser et drainer les hésitants, les indécis… Il va de soi que ça ne fait que commencer. C’est un mouvement qui part de la base, qui a besoin de temps pour monter en puissance et finira par imposer de lui-même les problèmes politiques, socioéconomiques et culturels du pays. Pour ce qui est de la position attentiste, réservée, des anciens partis politiques, elle s’explique par le fait que chacun observe et attend de connaître l’issue du conflit qui oppose le DRS (Département du renseignement et de la sécurité) à la présidence de la République. Si ce mouvement de contestation est aujourd’hui l’émanation exclusive de la base, qu’il ait pu échapper à ces partis, c’est aussi le résultat de l’entreprise d’écrasement, d’oppression et de pacification de la société civile.

- Pensez-vous qu’il y a une part de manipulation dans ce qui est en train de se produire. Des pôles du pouvoir seraient-ils en train de régler leurs comptes par émeutiers interposés ?

Le mouvement social en Tunisie a décidément mis en état d’alerte le pouvoir algérien. Il a d’ailleurs anticipé un éventuel phénomène de contagion en augmentant conséquemment les salaires des policiers. Ils sont ainsi augmenté de 50% et recevront un rappel de 2008.
Si manipulations il y a, elles n’apparaîtront pas aujourd’hui. Il faut que le mouvement prenne assez d’importance pour que les partis politiques, les syndicats, la société civile puissent se retrouver et discuter des solutions qui mettront fin à l’impasse dans laquelle s’est engouffré le pays depuis plusieurs décennies.

Pour que l’Algérie retrouve la paix, ce processus doit intégrer la démocratie, la liberté, la justice et les droits de l’homme. Il faut dire que nous vivons dans un système dictatorial, nous vivons une dictature, si on y met pas fin, nous aurons, cycliquement, à revivre de pareils embrasements.

Mohand Aziri

elwatan du 08-01-2011

LADDH
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